De l’identité à l’identité nationale

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Il faudra bien un jour s’entendre sur une chose. Je veux parler de cette notion d’identité appliquée à l’être humain. A mon sens, c’est une aberration de vouloir enfermer un être dans une identité. Jusqu’à preuve du contraire, l’être humain c’est du vivant, avec un corps et un esprit, c’est du mobile, c’est en perpétuelle évolution, c’est différent à chaque moment de sa vie, c’est traversé par toutes sortes d’influences, c’est sensible, c’est imprévisible, c’est plein d’inconnus et d’imaginaire, c’est baigné d’ascendance et de transcendance, c’est gros de potentialités et de descendance, ce n’est ni du fini ni du définitif. En un mot l’être humain c’est pas une machine. On peut déterminer l’identité d’une machine mais pas celle de l’humain. L’être humain n’est pas réductible à l’identité et ne saurait l’être. On peut isoler chez l’être humain quelques constantes identifiables (ADN, empreintes génétiques, génitales, digitales, vocales, nom, prénom, lieu de naissance, ascendants, descendants, etc.), mais on ne pourrait saisir l’infinité de variables et d’inconnus qui participent entièrement de sa constitution et de sa personnalité. L’être humain c’est du fixe et du mobile, du l’un et du multiple, du connu et de l’inconnu. C’est différent à chaque seconde. Et comme le dit si bien l’écrivain Blaise Ndjéhoya:  » son identité, on la refait tous les jours devant son miroir ». A la rigueur, si l’on tient à ce concept d’identité appliqué à l’être humain, on peut dire que son identité est la résultante des identités diverses qui le constituent à chaque instant. Comme on le voit il y a du boulot. A vouloir tout maîtriser, tout clôturer, poussé en cela par sa peur et sa fragilité, l’homme n’a de cesse qu’il n’ait capturé l’être le plus vivant et le plus rétif à cette entreprise totalitaire qui est de ficher son semblable et de le figer dans une identité. Ce qui finira bien sûr par arriver, mais nous n’en sommes pas encore là. La fièvre identitaire est assurément une des maladies de notre temps. Ce qui en dit long sur la peur, la misère et la fragilité des gens, car celui qui est présent et puissant ne se fatigue pas à savoir qui il est, quelle est son identité. L’identité ou la quête d’identité c’est une affaire qui ne concerne que les faibles et les fragiles. Curieuse manie que de passer son temps à se demander: « Qui suis-je ? Quelle est mon identité ? Est-ce que c’est bien moi ? ». Moi c’est qui ? Moi c’est quoi ? Comment puis-je le cerner, l’attraper, l’épingler ? Où commence ce « moi » et où finit ce « moi » ? Où commence-t-on ?/ Où finit-on ?/ Quand le son du moi/ N’est plus moi/ Qui va au loin/ Sur les ailes du Con/ C’est encore moi./ Où commence-t-on ?/ Où finit-on ?/ Dans la panse du Con/ C’est encore moi/ Ce n’est plus moi/ Qui va et vient…/ Au loin./ Où commence-t-on ?/ Où se retrouve-t-on ?/ Dans l’onde du Con/ Finissons-en !/ C’est encore moi. Ce n’est que par l’articulation des conventions et de certaines règles qu’on peut dire de quelqu’un qu’il est de telle origine, de telle race, de tel sexe, etc. Ce qui à la rigueur ne ferait que mettre en évidence une identité de cette personne mais en aucun cas son identité. Ce qui voudrait aussi dire que l’identité telle qu’elle semble être comprise serait une simple question d’apparence, de forme. Car dire par exemple que je suis de sexe masculin, c’est obturer toute la part de féminité qui me porte; dire par exemple que je suis de telle race, c’est évacuer toute la complexité de la notion de race; dire par exemple que je suis de telle origine, c’est se refuser à remonter au-delà d’un certain nombre d’ascendants. Aussi à la question : Qu’est-ce donc qu’un Français ? Qu’est-ce donc qu’un Allemand ? Qu’est-ce donc qu’un Québécois ? Qu’est-ce donc qu’un Camerounais ? Qu’est-ce donc qu’un Ivoirien ? il serait plus juste de répondre que c’est celui qui en possède administrativement la nationalité, et basta; dès lors exit les échelles de valeurs et autres degrés de nationalité.

Marcel Zang est écrivain. Dernière publication : « Pure vierge » (Ed. Actes Sud-papiers, avril 2007).///Article N° : 5901

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