De l’utilité de la coédition

Entretien d'Amande Reboul avec Jean-Claude Naba, responsable des éditions Sankofa & Gurli (Burkina Faso)

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Quelle expérience récente avez-vous de la coédition et quel intérêt lui trouvez-vous ?
L’intérêt de la coédition est pour nous de créer des partenariats avec des acteurs locaux pour élargir notre représentativité et de mettre des ouvrages ancrés dans l’actualité, qui rendent compte de notre patrimoine culturel, à la portée d’un lectorat non initié, et souvent défavorisé au Burkina. Nous avons à cet effet monté un partenariat avec Samandé films, une agence locale de communication et de diffusion audiovisuelle qui s’est récemment lancée dans l’édition, pour publier de la bande dessinée. L’idée est aussi de faire connaître et d’échanger une culture éditoriale. Nous rapprocher d’un système éditorial étranger, africain ou européen, est un enrichissement important d’un point de vue identitaire, qui nous permet de montrer au public que l’on sait éditer des livres et les diffuser au-delà de nos frontières, même avec des moyens limités. Le marché burkinabé du livre est en effet insignifiant : les tirages avoisinent les 500 exemplaires, que nous écoulons généralement en plusieurs années. Pour ce qui est de la circulation des textes, la coédition permet aussi de couvrir une zone de diffusion plus importante. La traduction, qui était jusqu’à présent peu répandue, est devenue possible dans un projet comme Héritage, qui prouve que lorsqu’on alimente un réseau de collaborateurs, les processus de traduction et de cession de droits se font spontanément. On assiste aussi à l’émergence d’une conscience intellectuelle forte de la part des auteurs, qui revendiquent l’originalité de leur œuvre et une rémunération décente, au regard du contexte de production et de diffusion. Nous pensons à ce titre qu’il est important de défendre le droit d’auteur attribué selon un pourcentage de ses ventes.
Quels sont les problèmes structurels que vous rencontrez pour exercer votre métier ? Empêchent-ils les projets de coédition auxquels vous participez de devenir rentables ?
La difficulté majeure concerne bien sûr l’approvisionnement en matières premières. Prenons un cas concret : nous avons lancé avec Édilis, une maison ivoirienne, un projet de coédition pour publier Héritage en cinq langues (français, anglais, jula, moré et gulmancema). Nous aurions voulu utiliser du papier un peu vieilli. Mais en dehors du papier blanc, nous n’avons pu accéder aux tarifs du papier recyclé, qu’il fallait faire importer… L’ouvrage a dû se faire tel quel.
La faiblesse des infrastructures de communication rend de même le métier difficile à exercer : nous avions prévu avec Édilis une publication pour la rentrée 2003, qui a dû être abandonnée au dernier moment pour cause de rupture totale des voies de communication : téléphone, internet, difficulté redoublée des envois postaux… Ces difficultés illustrent les aléas auxquels nous faisons face dans un contexte de coédition interafricaine, pour lesquels la tolérance est primordiale. Dans un contexte de crise, l’exercice du métier est d’autant plus incertain que notre capital économique ne permet pas d’ample marge de manœuvre. Les transferts de fonds, accordés à des tarifs exorbitants, sont également problématiques. Les projets sont difficilement rentables si l’on ne fait pas appel à des partenaires dans la production, qui puissent nous faire profiter de leur assise sur le marché, ou bien à des organes de soutien à l’édition. Nous ne manquons cependant pas de ressources, en auteurs, illustrateurs et traducteurs, ce qui nous apporte beaucoup de confiance pour l’avenir.

///Article N° : 3210

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