Déyé Kaz Bernarda Alba

D'après La Maison de Bernada Alba de Federico Garcia Lorca

Une tragédie du désir
Print Friendly, PDF & Email

Etouffant gynécée où les femmes sont recluses à l’abri de tous les désirs, la pièce de Federico Garcia Lorca dit l’enferment et la frustration. Toutes les filles de Bernarda Alba ne se soumettent cependant pas à l’interdit ; elles nourrissent des rêves et des désirs irrépressibles – et le désir muselé, enfoui, conduit inexorablement à la mort.
Odile Pédro Léal réalise un travail remarquable de sensibilité, où le confinement loin des pouvoirs mâles passe par une relation aux linges et aux étoffes, draps, rubans et dentelles, à ces jupons qui protègent les filles, en même temps qu’ils les engoncent et les musèlent. Ces jupons qui construisent leur confort sont aussi leur bâillon. La maison semble à l’image des dessous des jupes de Bernarda, cette mère qui protège ses filles et les étouffe. Le décor n’est que tentures de coton, hamacs, indolence, abandon ouaté, tension où s’exacerbent chaque nuit les désirs inavouables. Toute la scénographie joue sur les robes et les corsets qui coupent le souffle des jeunes femmes pour mieux éteindre le désir. Puis peu à peu les corps se libèrent, s’émancipent et rejettent corsets et ceintures pour des voilages et des dentelles aériennes et transparentes.
Mais les corps ce sont aussi les âges et les peaux. Odile Pédro Léal a réuni une palette d’actrices de plusieurs générations, de Jenny Alpha qui joue la grand-mère à la toute jeune Laetitia Guédon dans le rôle sensuel d’Adéla, ou la ravissante Stana Lecalme dans Amélia, en passant par des comédiennes plus mûres, comme Micheline Dieye, magnifique dans le rôle de Martirio ou Lima Fabien pleine de retenue dans celui d’Angustias, ou encore Anne Massoteau qui joue les pétillantes servantes, et même Jean-Marc Lucret, le garçon, extrêmement touchant dans le rôle de Magdalena. Il s’agit aussi d’une palette d’actrices dont les peaux, les accents, les allures disent la diversité créole de la plus chabine à la plus noire, de la plus chaloupée à la plus posée. Nicole Dogué qui joue Bernarda est remarquable de raideur et d’autorité, telle Bette Davis dans Elisabeth 1ère, face aux rondeurs chafouines de La Poncia qu’interprète avec tonicité Viviane Emigré. Une distribution de haut vol qui est bien plus qu’une affaire de femmes.

Lire sur www.africultures.com notre entretien avec Odile Pedro Leal.
Compagnie  » Guyane Art Théâtre  » (Guyane)
adaptation et mise en scène : Odile Pedro Leal
costumes : Erick Plaza-Cochet et Carmen Bagoë.
lumières : Nadine Rassic.
avec : Jenny Alpha, Micheline Dieye, Nicole Dogué, Lima Fabien, Laetitia Guédon, Jean-Marc Lucret Anne Massoteau, Stana Roumillac, Viviane Emmigré.///Article N° : 3156

  •  
  •  
  •  
  •  
Les images de l'article





Laisser un commentaire