entretien de Samy Nja Kwa avec Trilok Gurtu

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Dans son album précédent « African fantasy », Trilok Gurtu envisageait une rencontre des musiques indiennes et africaines. « Beat of love » scelle la rencontre des deux mondes. L’artiste parle ici de ses recherches et de son travail avec l’arrangeur béninois Wally Badarou.

Tu voyages de plus en plus en Afrique
Oui, j’ai été en Afrique du Sud, à Khartoum, au Soudan, un peu partout en Afrique de l’Est.
Tu ouvres ainsi de plus en plus ta musique vers l’Afrique
J’ai toujours voulu le faire. Les musiciens africains voulaient le faire avec moi et c’est une bonne chose. Lorsque j’étais à New York, Salif Keïta et Angelique Kidjo étaient mes invités sur scène, j’ai trouvé qu’ensemble nous étions très forts. L’Inde et l’Afrique sont forts, c’est un point de vue qui ne peut pas être partagé par un homme politique, mais c’est possible dans la musique : ensemble, nous sommes forts, moralement et spirituellement. En Afrique, les gens adorent les films hindous,. La rencontre entre l’Afrique et l’Inde est inattendue mais nous pouvons faire des choses ensemble, la musique est indivisible.
Pourquoi avoir choisi Wally Badarou comme directeur artistique ?
Nous avons décidé ensemble comment travailler. Et j’ai décidé de combiner la musique indienne et africaine. Qu’elle soit afro-pop ou india-pop, ce n’est pas grave, à partir du moment où elle illustre l’idée que je me fais d’elle. Je pense qu’on a fait un travail fantastique. Wally connaît l’Afrique. Prenez le titre « jhulelal » chanté par Angélique Kidjo, cette chanson parle des dieux en Inde, elle dit que toute forme est un dieu. Il y a du rythme à travers cette chanson, elle swingue. Et Wally a pensé qu’elle pourrait plaire en Afrique, la même chose en Inde. Il y a aussi « Dance with my lover », qui est d’inspiration juju. Tous ces éléments rythmiques africains existent aussi en Inde. Je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un avant moi qui ait fait ce genre de musique, alors je crois mériter des encouragements.
Tu combines les musiques indiennes et africaines : à l’écoute de l’album, il y a pourtant beaucoup plus de voix africaines…
Parce que la voix africaine pour nous est le premier instrument, ensuite viennent ceux qu’on joue. C’est très important.
Tu parles souvent de Dieu et de la musique…
Tout le monde parle de Dieu. Mais si Dieu était quelqu’un, on l’aurait trouvé. Tout le monde le cherche, mais du mauvais côté. C’est comme la musique, tout le monde en parle, mais ne peut que l’écouter et la ressentir. Comme Dieu, on peut ressentir sa présence, comme le vent
Comment as-tu travaillé cet album ?
J’ai commencé à travailler dessus en Normandie, ensuite je me suis rendu en Inde ou on a enregistré tous les instruments indiens d’origine, ensuite Wally l’a retravaillé chez lui, puis nous sommes allé joué à New York où nous avons gravé la voix de Angélique, puis Salif Keïta. Ensuite, je suis allé en Afrique du Sud ou j’ai enregistré d’autres instruments traditionnels, et enfin Paris où j’ai pu rencontrer Wasis Diop. La dernière étape fut l’Angleterre. J’y ai enregistré et mixé des titres dans le studio de Chris Difford.
Tu gardes toujours la même équipe autour de toi….
Oui, et il y a en plus Nicolas Fiszman et des invités.
N’est-ce pas difficile de ne pas avoir tout le monde ensemble ?
C’est la chose la plus difficile. Je n’ai pas peur d’utiliser les machines, je le fais, je sample les voix. Je ne fais pas de la musique pour être à la mode, je joue pour le public et je dois pouvoir rendre ce que j’ai enregistré. J’essaie de conserver mon son. Je fais cette musique parce que j’y crois et les gens qui travaillent avec moi n’ont pas peur du challenge.

Trilok Gurtu, The Beat of love (Bluethumg / Universal)///Article N° : 1893

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