Événements

Représentation de Bab et Sane
au Théâtre Nanterre-Amandiers

Français

Est-ce vraiment la fatalité ? Pour des motifs auxquels ils ne peuvent rien, deux hommes se retrouvent cloîtrés. Ils ne sont pas dans un souterrain humide ou un cagibi quelconque dont la porte serait bloquée, mais dans une maison luxueuse, ironiquement baptisée Villa Paradis. Ce sont les événements qui les emprisonnent : dans leur pays natal, le dictateur propriétaire des lieux a été renversé. Les voilà privés de légitimité et de ressources, à des milliers de kilomètres de leurs origines, dans un exil forcé. Alors ils organisent leur survie, ils se cherchent une raison d’être, ils se raccrochent à la parole, ils tentent d’imaginer un avenir et surtout, glissant toujours davantage hors du monde, ils s’inventent leur propre réalité : une combinaison de miroirs et de masques où s’abîment les repères, un quotidien qui oscille entre le duel et le duo, un petit théâtre du pouvoir hanté par la figure du Maréchal, ce tyran qui a manipulé avec un art diabolique leur peuple et même l’Histoire.

Quelle différence existe-t-il entre régner sur un pays ou régner sur une personne ? Quelles forces régissent l’attitude du dominé et celle du dominant ? Au secret de cette réclusion, il est peut-être possible d’approcher un mystère : la relation à l’autre et, par effet de balancier, à soi-même.
Toute cette matière, je cherche à l’aborder avec un goût prononcé pour le jeu et même un faible avoué pour cette cascade qui sait trouer le silence : le rire. On dit volontiers que c’est le propre de l’homme. Mais sommes-nous si certains que les dieux, dans leur tanière, ont déjà fini de rire ?

Inspiré d’un fait divers réel (deux gardiens restés dans une propriété de Mobutu après la chute de ce dernier), Bab et Sane est écrit pour Habib Dembelé et Hassane Kouyaté, mes deux frères d’Afrique. Et je suis très heureux que Jean-Yves Ruf vienne se joindre à notre tribu.