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Le cri d’alarme d’Idriss Diabaté pour la flore ivoirienne
Le dernier documentaire du maître du genre en Côte d’Ivoire Idriss Diabaté intitulé Le Bois Sacré du professeur Laurent Aké Assi est à la fois un hommage à cet émérite scientifique et un plaidoyer pour la flore ivoirienne.

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Le dernier documentaire du maître du genre en Côte d’Ivoire Idriss Diabaté intitulé Le Bois Sacré du professeur Laurent Aké Assi est à la fois un hommage à cet émérite scientifique et un plaidoyer pour la flore ivoirienne.
La salle de 200 places de l’Institut Goethe d’Abidjan s’est trouvée exiguë pour l’avant-première de la nouvelle œuvre d’Idriss Diabaté ce 23 novembre. Un public constitué essentiellement des générations d’étudiants que l’ethnobotaniste Aké Assi forme depuis 1964.
Le nom scientifique d’un rônier porte le nom de l’ivoirien
Le film de 65 minutes s’ouvre sur une visite guidée dans le jardin floristique de l’Université de Cocody créé par le Professeur Aké Assi. Le scientifique décrit les vertus thérapeutiques de certaines plantes avec des anecdotes qui y sont liées. On est tout de suite séduit par l’humilité de ce savant qui parle avec fierté de ses bons rapports avec les thérapeutes traditionnels, indispensables à son travail. Cette humilité qui le pousse à ne pas dire qu’il a découvert une deuxième espèce de rôniers mais qu’il a « fait remarquer » cela. Cette découverte a valu que la communauté scientifique baptise ce rônier du nom du professeur ivoirien.
Le musée de la flore ivoirienne se dégrade
C’est par contre avec tristesse qu’on découvre l’état désastreux dans lequel se trouve l’herbier national de Côte d’Ivoire comprenant plus de 22 250 espèces, que le Professeur Aké Assi répertorie depuis une quarantaine d’années. Ce musée de la flore ivoirienne se dégrade au fil des années. Heureusement que le botaniste de génie a eu la bonne inspiration d’envoyer des exemplaires de ces espèces, dont certaines ont disparues, dans des centres en Europe et aux Etats-Unis où elles sont mieux conservées.
Le Professeur Aké Assi est une référence en matière de botanique dans le monde. Il est l’auteur de 134 publications dans des revues scientifiques internationales et collabore avec des chercheurs allemands sur un remède contre le paludisme à base de plantes utilisées dans la pharmacopée ivoirienne. Bien que les travaux soient très avancés, le manque d’intérêt des grands laboratoires pour cette maladie qui sévit principalement en Afrique, n’est pas fait pour arranger les choses.
Un grand film malgré des moyens limités
Idriss Diabaté suit ce passionné de la flore alors qu’il va donner une conférence en France et aussi dans une collecte de plantes dans les eaux du fleuve Bandama. Il recueille également des témoignages ou plutôt des louanges de collègues du professeur dont d’anciens étudiants, au Burkina-Faso, en Guinée et en Côte d’Ivoire. Ils sont fascinés par sa connaissance quasi-illimitée de la flore africaine, mais surtout sa capacité à transmettre son amour pour les plantes. « Lorsque vous entrez dans la brousse avec le professeur Aké, vous n’avez plus envie d’en ressortir, » confie l’un d’eux.
Lors des échanges avec le public après la projection, le réalisateur a révélé n’avoir eu d’autre choix que de financer ce film par ses propres moyens. Une réalité qui pourrait excuser quelques imperfections techniques au niveau du son, par moment mal ajusté ou avec des parasites.
Idriss Diabaté a en tous cas le mérite, au bout de trois années de travail et de difficultés, d’avoir pu mener ce grand documentaire à bon port. Il relance aussi le débat sur la préservation de ce musée et la valorisation de la flore africaine.