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Le Louvre invite Toni Morrison
« Étranger chez soi » « The Foreigner’s Home » | Conférences, lecture, rencontres, journée débat, cinéma, musique filmée, concerts, slam.

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Depuis 2005, le musée du a choisi d’inviter de grandes personnalités extérieures au monde des musées. Penseurs, écrivains, compositeurs, chorégraphes, artistes, sont conviés à porter leur regard sur les arts visuels et leur histoire, à renouveler l’approche des collections et du palais du Louvre en suscitant le débat culturel. A l’automne 2006, l’écrivain américain Toni Morrison est la deuxième personnalité, après Robert Badinter à répondre à cette invitation.
En guise de fil conducteur de sa collaboration avec le Louvre, elle a proposé, sous le titre « Étranger chez soi » (The Foreigner’s Home), une thématique aux multiples résonances tant historiques que contemporaines. C’est autour des notions de maison, d’asile, de lieu d’ancrage, de communauté, que s’articule cette proposition : comment, au cours des âges, le sentiment d’appartenance à un lieu, à une identité, a été mis en péril par les aléas de l’histoire ; comment les mutations politiques, sociales ou culturelles peuvent donner lieu à une expérience de dépossession, par l’individu, de ce qu’il considère être sa demeure, son « chez soi ». Par delà la question du territoire et des frontières géographiques, cette interrogation invite aussi à réfléchir à l’idée du foyer, du lieu d’appartenance, comme référence symbolique majeure, redéfinie au fil des civilisations par chaque culture. On pense à François Villon : « en mon pays suis en terre lointaine ».
A partir de cette thématique, la programmation de Toni Morrison avec le musée se développe dans différentes directions, tant scientifiques qu’artistiques, s’adressant à tous les publics. En collaboration avec les conservateurs du musée, un itinéraire de visite dans les salles est mis en place. Les trois départements d’Antiquités ont identifié avec Toni Morrison une vingtaine d’oeuvres dans les galeries grecques, égyptiennes et assyriennes qui sont fléchées pour le public et accompagnées de commentaires spécifiques. De nombreux événements artistiques se tiendront à l’auditorium et dans les galeries, accueillant des invités prestigieux dans les domaines de la littérature, de la musique, de la danse, du cinéma et proposant une riche présentation d’archives filmées.
Cette série de manifestations commence par la proposition du chorégraphe William Forsythe, en collaboration avec le vidéaste Peter Welz d’une création dans une galerie du Musée.
Dans le domaine littéraire, Toni Morrison invite quelques grandes figures de la littérature internationale à donner des lectures et à dialoguer avec elle, afin d’ouvrir le débat sur les évolutions récentes des questions communautaires tant en Europe qu’en Afrique, au Moyen-Orient et dans les Antilles.
Et bien entendu en France. En cinéma, une rétrospective du cinéaste afro-américain Charles Burnett a lieu pour la première fois en France et en sa présence. Sur le plan musical, un concert de musique africaine métissée d’influences occidentales, des projections de musique filmée et des tables rondes présenteront de grandes créations d’artistes entre deux cultures, toujours « étrangers chez eux », dans le domaine lyrique, dans celui du jazz, et de la musique contemporaine.Prix Nobel de littérature en 1993, Toni Morrison a développé une oeuvre multiple et engagée, qui compte parmi les plus importantes et les plus significatives de la culture américaine.
Son livre Beloved (1987) a été choisi par le New York Times comme le meilleur roman américain des 25 dernières années.


Programme

Lundi 6 novembre à 18h30
Conférence – « The Foreigner’s Home », introduction par Toni Morrison
Le titre anglais « The Foreigner’s Home » que Toni Morrison a voulu donner à la fois à l’ensemble des manifestations qu’elle pilote au Louvre et à la conférence elle-même, trouve son explication dans sa double signification en anglais. L’apostrophe suivie du s marque, en effet, à la fois le génitif : la demeure de l’étranger et l’allitération moderne du verbe être à la troisième personne, s’pour is : l’étranger est la demeure. Cette polysémie oblige à se reposer les deux questions les plus simples : qui est étranger ? qu’est-ce qu’un foyer, un « chez-soi » ? L’histoire de l’homme se construit sur la variation des réponses qu’il a données à ces questions, qu’il se place sur le plan de l’identité nationale, sur celui du sentiment d’appartenance à une communauté, à une religion, ou qu’il réfléchisse à partir de la notion de citoyenneté. Au delà de l’analyse historique de ces thèmes, et de leur poursuite dans la littérature – ce qu’a beaucoup pratiqué Toni Morrison, il lui a été passionnant de chercher leur trace dans les arts. Un tableau du musée du Louvre, « Le Radeau de la Méduse » lui donne l’occasion d’approfondir le sujet. Cette conférence est une « lecture » méthodique de la toile de Géricault, à la lumière de cette confrontation entre soi et l’autre – l’étranger – autour des idées de lieu, d’origine ou de lieu d’origine.

Mercredi 8 novembre à 18h00
Rencontre – Dialogue entre Toni Morrison , William Forsythe et Peter Welz
Un écrivain, un chorégraphe et un vidéaste dialoguent autour de leurs perceptions de l’altérité et les possibles formes de cette expérience dans les pratiques créatives.

Vendredi 10 novembre à partir de 19h00
Slam session – Improvisations poétiques dans les salles du musée
On Louvre, on slam
Qu’il soit grandiose ou fragile, souterrain, explosif, ou qu’il refuse de sanctifier ; qu’il éclate de rire ou soit un pleur dénué d’alphabet, qu’il choisisse son mot ou préfère le silence, un langage non brutalisé jaillit vers la connaissance, pas vers sa destruction. (…) Le travail des mots est sublime (…) parce qu’il est génératif…(…).
(Toni Morrison, Discours de Stockhom, 7 décembre 1993, Christian Bourgois Editeur,1994, p.17).
Le slam est né au milieu des années 1980, dans le Get Me High Lounge puis dans le Green Mill Jazz Club de Chicago autour de Marc Smith. Popularisé entre autres par le film de Marc Levin, Slam (1998), cette « poésie de la performance » prend ancrage en France à partir de ces années-là. Entre rap a cappella et poésie traditionnelle, aucun sujet ne doit être tabou.
A l’occasion de la venue de Toni Morrison, grand invité du Louvre, dix slamers proposent leur interprétation de chefs-d’oeuvre de la peinture française et italienne. A partir du Radeau de la Méduse, de L’Enlèvement des Sabines ou encore des Noces de Cana, ces nouveaux chantres d’une poésie urbaine improvisée exprimeront leurs sentiments sur le thème de l’ « Etranger chez soi », retenu par Toni Morrison. Les oeuvres sont choisies en concertation avec la romancière américaine, dont l’oeuvre traite largement de l’esclavage, du déracinement et plus généralement de la mise à mal par les aléas de l’histoire du sentiment d’appartenance à un lieu ou à une identité.
Cette nocturne est organisée avec Canal 93 à Bobigny, un établissement public de développement et de diffusion dans le domaine des musiques actuelles. Depuis septembre 2005, Canal 93 organise des ateliers d’écriture et d’apprentissage de la prise de parole ainsi que des scènes ouvertes animés par le comédien, rappeur et slameur, D’de Kabal. Dans cet esprit, les artistes invités animeront également une scène ouverte à partir de 20h30 où interviendront notamment des élèves de collèges et de lycées de Bobigny sur des oeuvres de leur choix.
Le 25 novembre, Toni Morrison sera l’invitée de Canal 93 pour une soirée organisée avec les artistes en résidence à Bobigny.

Lundi 13 novembre à 18h30
Conférence – Les femmes dans les cités grecques : de l’usage politique de l’altérité
par Pauline Schmitt Pantel, Université Paris-1
Dans les représentations de la Grèce ancienne, la femme est tantôt associée à l’univers domestique, tantôt reléguée à des figures sauvages et étrangères à l’ordre social : ménades, amazones. Dans les cités grecques, et jusque dans le modèle de la démocratie athénienne, la femme n’accède pas plus que les métèques aux droits civiques. Son rôle et son statut social sont néanmoins fortement codifiés.
Pauline Schmitt Pantel est professeur d’histoire ancienne à l’Université Paris-1. Elle s’intéresse notamment aux moeurs, aux coutumes, et à la dimension religieuse des pratiques sociales dans le monde antique. Ses recherches se sont tournées en particulier vers l’image de la femme dans la cité grecque. Elle a notamment contribué à l’Histoire des femmes en Occident (sous la direction de Georges Duby et de Michelle Perrot, Paris, 1991) avec le volume 1, L’Antiquité (dernière édition : Paris, Perrin Editions, 2002), ouvrage traduit en sept langues. Parmi ses autres publications : La Cité au Banquet : histoire des repas publics dans les cités grecques, Rome, Ecole française de Rome/Paris, diffusion de Boccard, 1992), Histoire Grecque (avec Claude Orrieux, Paris, PUF, 1995), Public et privé en Grèce ancienne : lieux, conduites, pratiques (avec F. de Polignac), Ktema 23, 1996, et Le Corps des jeunes filles, de l’Antiquité à nos jours (avec L. Bruit-Zaidman, G.
Houbre et C. Klapisch-Zuber, Perrin, 2001). Elle poursuit actuellement ses recherches sur le genre dans les sociétés antiques et prépare un livre sur « Moeurs et politique dans les Vies des hommes athéniens du Ve siècle ».

Mercredi 15 novembre à partir de 10h00
Journée-débat – Le musée, lieu d’intégration culturelle ?
Quelle est la validité de l’institution muséale comme vecteur de reconnaissance d’une culture et, au-delà, comme facteur d’intégration d’une communauté? Témoignant de l’émergence de nombreux projets s’engageant aujourd’hui dans cette démarche, cette journée sera l’occasion de confronter de nouveaux modèles de musées à fort enjeu institutionnel, avec des initiatives relevant des communautés concernées ou conçues en étroite relation avec celles-ci.

Modérateur: Pap Ndiaye, historien, professeur à l’EHESS.

10h Ouverture de la journée, Henri Loyrette, directeur du musée du Louvre
10h15 « Harlem on my mind », la controverse du musée d’art moderne en 1968, par Toni Morrison
11h Musées d’art, musées de civilisation, par Mark Meigs, maître de conférences Paris-7 ; Yves Le Fur, directeur adjoint responsable des collections permanentes, musée du quai Branly, Paris ; Laurence Sigal, directrice du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, Paris
12h15 Au plus près de l’autre, par Olivier Meslay, responsable scientifique du projet Louvre-Lens; Alexia Fabre, conservatrice en chef du Mac/Val, Vitry-sur-Seine; Thomas Hirschhorn, artiste, Musée précaire Albinet, Aubervilliers
15h « Le musée comme habitation », par Henri Gaudin, architecte
15h30 Un musée pour une communauté ?, par Kellie Jones, assistant professor, history of art, African American studies, Yale University ; Enid Schildkrout, conservatrice en chef
et responsable des expositions, Museum for African Art, New York City
16h30 Un Ellis Island français ?, par Nancy Green, EHESS, pour Ellis Island; Jacques Toubon, président du groupe d’intérêt public Cité nationale de l’histoire de l’immigration (sous réserve)

Jeudi 16 novembre à 18h30
Conférence – Étrangers en Egypte ancienne et Egyptiens au Proche-Orient
par Kenneth Kitchen, University of Liverpool
Kenneth A. Kitchen est professeur émérite d’Egyptologie et d’archéologie à l’université de Liverpool. Grand spécialiste de l’histoire biblique et de l’histoire de l’Egypte ancienne, il a écrit plus de 250 ouvrages et articles sur ces sujets et notamment On the Reliability of the Old Testament (Grand Rapids and Cambridge: William B. Eerdmans Publishing Company, 2003), Poetry of Ancient Egypt (Jonsered: P. Aströms förlag, 1999), The Third Intermediate Period in Egypt (1100-650 BC) (3rd ed. Warminster: Aris & Phillips Limited, 1996), Pharaoh Triumphant: The Life and Times of Ramesses II, King of Egypt (Monumenta Hannah Sheen Dedicata 2. Mississauga: Benben Publications, 1982), Ramesside Inscriptions: Historical and Biographical, (8 Vols. Oxford: B. H. Blackwell Ltd, 1969- 1990), Ancient Orient and Old Testament (London: Tyndale Press. Chicago: InterVarsity Press, 1966). Au cours de ses recherches, il a pu remarquer que de l’Ancien Empire (environ 2700 à 2200 avant J.-C.) jusqu’à la période ptolémaïque (305- 30 avant J.-C.), on trouve de multiples évocations du statut d’étranger en Egypte ancienne. Ce thème est lié à la représentation des frontières, celles politiques qui délimitent les Empires et les Royaumes, celles symboliques qui séparent le monde terrestre du monde des Dieux et des Morts. La figure d’étrangers en Terre d’Egypte interroge les phénomènes de seuil, de passage, mais aussi d’intégration.

Vendredi 17 novembre à 20h30
Lecture – Lecture par Toni Morrison d’extraits inédits de son prochain roman à paraître, Mercy, en duo avec François Marthouret pour la version française.

Samedi 18 novembre à 14h30
Rencontre – « En mon pays suis en terre lointaine »
Déjà pour François Villon, l’étrangeté du quotidien était une question qui valait qu’on écrive.
Ecrire ailleurs que chez soi, environné d’une autre culture, baigné d’une autre langue? C’est le destin des écrivains qui dialogueront avec Toni Morrison. Quel rapport le familier et l’inconnu entretiennent-ils, quel rapport y a t il entre la fiction qui vous habite et le monde qui vous entoure et qui ne vous appartient pas dans les souvenirs? Quel lien entre le quotidien et l’exceptionnel quand on vit partout et ailleurs puisque ailleurs c’est aussi partout? Et quelle place tiennent vos racines dans cet aller-retour entre ici et là-bas? Tout l’après-midi, des écrivains se lisent puis échangent leurs expériences entre eux et avec Toni Morrison.
Avec (sous réserve) : Michael Ondaatje, Assia Djebar, Boris Diop, Edwige Danticat, Fatou Diome

Lundi 20 novembre à 14h30
Musique filmée – Carmen Jones (séance jeune public)
Avec Dorothy Dandridge, Harry Belafonte, Olga James, Pearl Bailey, Joe Adams, Nick Stewart, Roy Glenn, Diahann Carroll, Brock Peters, Sandy Lewis …
Réal.: Otto Preminger, 1954, 97 min, coul.
Dans le Sud des Etats-Unis, un caporal noir tombe amoureux fou d’une belle et sauvage mulâtresse, employée d’une manufacture de parachutes… Inspiré par l’opéra de Bizet, ce musical d’Oscar Hammerstein fut longtemps censuré en France par les ayants droits de Halévy, l’auteur du livret original, parce que le film faisait jouer des acteurs noirs !

Lundi 20 novembre à 18h30
Conférence – Le sort des étrangers dans l’Empire assyrien
par Sylvie Lackenbacher, CNRS
Sylvie Lackenbacher est directrice de recherche au CNRS. Ses travaux portent tout particulièrement sur les origines de l’écriture à Ougarit. Elle a notamment édité le volume Textes akkadiens d’Ugarit (Le cerf, 2002). Elle s’est également intéressée aux récits de construction en Assyrie (Le palais sans rival, le récit de construction en Assyrie, La Découverte, 1990 ; et Le roi bâtisseur: Les récits de construction assyriens des origines à Teglatphalasar III, Erc/Adpf, 1982).
Sylvie Lackenbacher a mis au jour les spécificités du statut d’étranger dans l’Empire assyrien à partir de récits et de descriptions d’éléments architecturaux. Représentation instructive à ce titre, les reliefs de Ninive (actuelle Kuyunjik), remontant à environ 645 avant notre ère, offrent un impressionnant récit visuel de l’itinérance des populations lors des campagnes de Babylonie. Constitutives de l’Empire assyrien, les populations déportées sont intégrées par le travail dans différents niveaux de la société.

Jeudi 23 novembre à 18h30 et 20h30
Cinéma – Rétrospective Charles Burnett, cinéaste afro-américain (cycle de films inédits en France)
Depuis plus de trente ans, le cinéaste afro-américain Charles Burnett développe une oeuvre originale, à la marge des circuits de distribution établis et des grandes sociétés de production hollywoodiennes dont il n’a cessé de critiquer les représentations stéréotypées de la communauté noire. Cette première rétrospective de ses films en France permet de prendre la mesure du talent de l’une des figures majeures du cinéma indépendant américain, un artiste récompensé dans de nombreux festivals.

18h30
Nightjohn E.-U., 1996, coul., 86 min, réal. : Charles Burnett avec Carl Lumbly, Alisson Jones, Beau Bridges, Lorraine Toussaint…
Dans une plantation du Sud des Etats-Unis, quelques années après la Déclaration d’indépendance (1776), la vie d’une jeune esclave change à jamais lorsque un autre esclave, un adulte, Nightjohn, lui apprend, secrètement, à lire et à écrire.

20h30
Olivia’s Story E.-U., 2000, coul., 14 min, réal. : Charles Burnett avec Charles Burnett, Sungya Moon, Ilyon Woo… Sur la mémoire et la perte, un court métrage où Burnett évoque la relation d’une jeune américaine d’origine coréenne avec sa grand-mère.

To Sleep with Anger E.-U., 1990, coul., 105 min, réal. : Charles Burnett avec Danny Glover, Paul Butler, Mary Alice… La vie d’une famille afro-américaine de la classe moyenne de Los Angeles est bouleversée par l’arrivée d’un ancien ami, aussi inquiétant que fascinant, qui va en catalyser les conflits latents. Ce film a valu à Burnett de nombreux prix.

Vendredi 24 novembre à 18h30 et 20h30 Cinéma – Rétrospective Charles Burnett. Séance de 20h30 suivie d’une rencontre entre Charles Burnett et Toni Morrison.

18h30
The Horse E.-U., 1973, coul., 14 min, réal. : Charles Burnett Dans une ferme en ruine, un enfant et sa communauté se préparent à la mort d’un cheval. Cet événement dramatique provoque des réactions bouleversées et contrastées.

Nat Turner : a Troublesome Property E.-U., 2003, coul., 58 min, réal. : Charles Burnett Ce film présente la vie de Nat Turner en 1830-1831, lors de sa rébellion violente, première révolte véritable dans l’histoire de l’esclavage américain, et montre de quelle manière il est devenu, par les témoignages, la fiction, un héros de la communauté noire.

20h30
Film surprise
La projection sera suivie d’une rencontre avec Toni Morrison et Charles Burnett.

Samedi 25 novembre à 14h30, 17h et 20h30
Cinéma – Rétrospective Charles Burnett

14h30
Several Friends E.-U., 1969, n.b., 21 min, réal. Charles Burnett Premier film de Burnett réalisé lors de ses études à l’université d’UCLA (Los Angeles). Portrait d’une famille afro-américaine confrontée au chômage à distance des stéréotypes du cinéma hollywoodien. Un film politique qui annonce Killer of Sheep.

The Final Insult All.-E.-U., 1997, coul., 54 min, réal. : Charles Burnett avec Ayuko Babu, Charles Bracy Un film qui associe des images documentaires et des images de fiction pour évoquer la condition des sans abris à Los Angeles. Un regard amer, non dénué d’ironie parfois, sur la mégapole de la côte Ouest. The Final Insult a été réalisé pour la « Documenta X » de Kassel.

17h00
When It Rains E.-U., 1995, coul. 12 min, réal. : Charles Burnett avec Ayoku Babu … Dans le ghetto de Watts, au sud de Los Angeles. Une mère et ses enfants sont menacés d’expulsion. Un musicien cherche à les aider.

Warming by the Devil’s Fire E.-U., 2003, coul, 89 min, réal. : Charles Burnett avec de très nombreux chanteurs et musiciens de blues.
Elevé part une mère qui adorait le blues et une grand-mère qui considérait ces musiciens comme des envoyés de Satan, Charles Burnett revient sur ses années d’enfance dans le Mississippi et sa découverte de la musique. Gospel et blues sont traités de façon splendide et originale dans ce film parmi les plus réussis de la série The Blues, initiée et produite par Martin Scorcese.

20h30
My Brother’s Wedding E.-U., 1983, coul., 83 min, réal. : Charles Burnett avec Everett Silas, Jessie Holmes, Gaye Shannon-Burnett, Ronnie Bell, Dennis Kemper… Un jeune homme, contraint de prendre des décisions importantes, doit faire le choix entre ses amis et sa famille. Une tragi-comédie qui est aussi un portrait de la communauté afro-américaine du sud de Los Angeles.

Dimanche 26 novembre à 14h30
Musique filmée – Voix noires, figures de l’émancipation
Voix noires, figures de l’émancipation La musique occupe une place importante dans l’univers romanesque de Toni Morrison. Trois de ses ouvrages portent des titres qui y font explicitement référence : Jazz, Song of Solomon et Recitatif.
L’irruption de chanteurs noirs sur les scènes lyriques suscitera des réactions violentes.
Cette histoire mouvementée a un événement fondateur : le concert donné par la contralto noire Marian Anderson au Lincoln Memorial de Washington en 1939.
En 1955, l’année même où Anderson faisait ses débuts au Metropolitan, se produit un autre scandale. La soprano noire Leontyne Price est engagée par la télévision NBC pour chanter Tosca. Price s’identifiera à un autre rôle symbolique, celui de l’esclave nubienne Aïda.
D’autres artistes n’auront pas la chance de surmonter les discriminations. Ce fut le cas de Nina Simone qui se vit refuser l’accès au Curtis Institute de Philadelphie. Elle dut s’orienter vers une autre forme de musique qu’elle revendiquait sous le terme de « black classical music ».
Cette séance est complétée par la projection de Margaret Garner, un documentaire sur l’opéra du même nom dont Toni Morrison a écrit le livret basé sur son roman Beloved. Une oeuvre qui est une réflexion sur les relations raciales dans l’Amérique d’aujourd’hui et actualise, par la présence de Denyce Graves, interprète principale de l’opéra, la question des black divas.
Programme musique filmée animé par Jeanne-Martine Vacher (productrice à France Culture de l’émission Décibels).

Marian Anderson
Airs du répertoire classique et negro spirituals Années 1950, n.b.

Paul Robeson
Beethoven : Symphonie n°9 op.125 (extrait du final) Années 1950, n.b.

Grace Bumbry
Aimez-vous Wagner ? Extrait de « 5 Colonnes à la Une ».
Prod : Ina, Fr. 1961, 4 min.
Le Tannhäuser du scandale : une Vénus noire à Bayreuth.

Margaret Garner
Réal : Mustapha Hasnaoui. Prod.: La Huit. France. 52 min.
Margaret Garner, opéra composé en 2005 par Richard Danielpour sur un livret de Toni Morrison inspiré de son roman Beloved est basé sur un fait divers: une esclave noire décide de tuer ses enfants plutôt que de les faire vivre dans la même condition. Au-delà de l’évocation d’une page tragique de l’histoire américaine, la brutalité du sujet amène une réflexion sur les relations raciales dans l’Amérique d’aujourd’hui.
Le film de Mustapha Hasnaoui met l’accent sur cette relation évidente entre passé et présent, notamment par la présence de Denyce Graves, l’interprète principale de l’opéra. Née dans le ghetto de Washington, elle revit à travers le sujet de Toni Morrison une part douloureuse de sa propre histoire et nous incite à une réflexion sur la manière dont un art traditionnel, l’opéra, peut transcender un drame social.
Projection suivie d’un débat avec Toni Morrison.


dimanche 26 novembre A 20h30
Concert – Kathleen Battle (sous réserve)
La chanteuse américaine Kathleen Battle donne ici son premier récital en Europe depuis Aix il y a deux ans. Parmi ses interprétations, des airs d’André Prévin et de Richard Danielpour sur des textes de Toni Morrison.


Mercredi 29 novembre à 20h30
Concert – Toumani Diabaté (en trio : kora, guitare acoustique et calabash)
On connaît Toumani Diabaté comme accompagnateur génial des plus grands musiciens africains, notamment d’Ali Farka Touré pour son dernier album In the heart of the moon récompensé d’un Grammy Award le 9 février dernier ; on l’a découvert en Europe dans le fameux Songhaï pont extraordinaire entre le flamenco et la musique de l’Afrique de l’ouest ; on entend aujourd’hui Toumani Diabaté dans son nouvel opus enregistré chez lui à Bamako avec la grande formation du Symmetric Orchestra et on sait la tournée qui s’en suit : acclamée en Europe au printemps et poursuivie tout l’été.
Ce qu’on connaît moins c’est le Toumani Diabaté, fils de Sidiki Diabaté roi de la Kora, héritier de la grande tradition de son père à laquelle il a ajouté un sens éminemment moderne de la ligne mélodique. En demandant à Toumani Diabaté de travailler avec une petite formation, le Louvre donne au public l’occasion – et la chance exceptionnelle- d’être au plus près de cette musique, de ses sources, de son souffle originel.