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Festival Mondial des Arts Nègres

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HISTOIRE DU FESMAN

DAKAR 1966, le coup de tonnerre

C’est grâce à l’initiative et à l’impulsion de l’intellectuel Alioune Diop, fondateur des éditions Présence Africaine et de la revue du même nom, et du président-poète Léopold Sedar Senghor que le Festival mondial des arts nègres a pu voir le jour. Une personnalité telle qu’Aimé Césaire a ensuite marqué la première édition du Fesman de son empreinte. Retour sur les premiers pas de ce festival d’exception…

Le Festival de Dakar, du 1er au 24 avril 1966, s’était donné pour thème « Fonction et Importance de l’Art Nègre et Africain, pour les Peuples et dans la Vie des Peuples ». Le président Senghor en avait fixé les objectifs : contribuer à la compréhension entre les peuples, affirmer la contribution des artistes et écrivains Noirs à la pensée universelle, et permettre à tous les artistes Noirs de confronter les résultats de leurs recherches. Le FESMAN’66 fut un véritable coup de tonnerre : le Festival rendait visibles, palpables, pour le plus grand plaisir du public et des critiques assez ouverts pour en comprendre l’importance, des années de reconquête de la dignité des peuples Noirs. Et il le faisait sur une terre d’Afrique rendue depuis peu aux Africains, dans une explosion créative réunissant les disciplines et les générations. Qu’ils aient été à l’époque pour ou contre le concept de Négritude sur un plan théorique, les artistes et intellectuels comme Césaire et Diop qui participèrent au Festival n’en tinrent pas moins leurs promesses artistiques. Où donc, si ce n’est au FESMAN, aurait-on pu à l’époque croiser à la fois l’American Negro Dance Company avec Arthur Mitchell et Alvin Ailey, les grands capoéristes de Bahia comme Mestre Pastrinha et l’Ensemble National de Ballets du Sénégal ? Où donc le public aurait-il pu écouter à la fois les immenses Duke Ellington et Marion Williams, les deux débutantes qu’étaient alors Julie Akofa Akoussah et Bella Bellow, et une reine de la Samba comme Clementina de Jesus ? Dans quelles circonstances des membres d’un jury littéraire international nommés Aimé Césaire et Langston Hughes auraient-il pu couronner les trentenaires Tchicaya U’Tamsi (pour Epitome) Wole Soyinka (pour The Road) et l’auteur d’un premier livre édité l’année précédente, sous le titre No Easy Walk to Freedom, un certain Nelson Mandela ?

LAGOS 1977, l’influence mondiale
La seconde édition, du 15 janvier au 12 février 1977, se déroula à Lagos, au Nigeria – l’invité d’honneur du premier FESMAN. Sous le nom de FESTAC et le sous-titre « 2nd World Festival of Black and African Arts », elle avait pour thème « Civilisation noire et éducation ». Confirmant les apports culturels et artistiques des peuples négro-africains à la civilisation mondiale, les nombreux colloques qui l’accompagnaient définirent les bases d’une politique culturelle en Afrique. Les programmes furent là encore exceptionnels. Dans le domaine musical en particulier, le FESTAC fit sensation, avec non seulement un rassemblement rétrospectivement impressionnant (liste non exhaustive : Stevie Wonder, Myriam Makeba, Gilberto Gil, King Sunny Ade, Gil Scott-Heron, Tabu Ley Rochereau, Sun Ra, mPongo Love, Carmen McRae, Pépé Felly, Caetano Veloso, Donald Byrd, Hoballadii Waaberi, Isaac Hayes, Les Amazones de Guinée, Randy Weston, Mighty Sparrow, Sidiki Diabaté…) mais aussi un impact sans précédent du Sud au Nord de la planète, grâce au développement de la radio, du disque et des cassettes. Car le Festival, au-delà des rencontres entre les artistes eux-mêmes et des influences qu’elles favorisent – que l’on songe aux créations de Caetano Veloso ou Randy Weston qui ont suivi leur participation à Lagos – est aussi un formidable accélérateur de vocations. Angélique Kidjo ne déclarait-elle pas récemment qu’adolescente elle avait ressenti une émotion incomparable en écoutant en direct le concert de Stevie Wonder au FESTAC ?