FSM 2013 – Étape 2 : Valence

Entre la police et habitants, un accueil contrasté

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À l’initiative de Coordination internationale des sans-papiers, une caravane d’une dizaine de [sans-papiers et de militants]) se rend au Forum social de Tunis en passant par la France, la Belgique et l’Italie. Deux journalistes d’Africultures les accompagnent dans leur périple à travers l’Europe pour atteindre les côtes tunisiennes puis revenir en France.

Jeudi 21 mars, la caravane des sans-papiers en route pour le Forum social a rejoint Valence où ils ont défilé dans les rues escortés par un dispositif policier imposant face aux dizaines de manifestants avant de rejoindre une bourgade de l’Ardèche où ils ont cette fois été accueillis à bras à ouverts par les habitants.
« Mais ils sont où ? » s’égosille Françoise Carrasse, trésorière de l’association Droits ici et là-bas (Diel) debout à l’avant du bus lorsqu’elle réalise que l’équipe des caravaniers n’est pas au complet. La veille déjà, cette boule de nerfs avait refusé catégoriquement de nous indiquer l’heure exacte du départ du bus au départ de Paris. « Si je vous dis que le car part à 8 heures, vous arriverez à 8 h 30, alors non ! », nous avait-elle lancés du haut de son mètre cinquante-cinq. Et de nous avertir : « Soyez là à 7 h 30 parce sinon, nous partirons sans vous ». Une fois les trente-trois passagers installés dans leur fauteuil, celle que tous les caravaniers appellent « maman » va prendre place à l’avant du bus aux côtés, entre autres, d’Anzoumane Cissoko, porte-parole de la Coordination des sans-papiers (CSP) 75.
« On ne laisse pas un camarade derrière »
Nos voisins, Wahid et Abdullai, sont tous deux sans-papiers. Pour Wahid, installé en France depuis cinq ans, le risque de ne pas pourvoir retourner en Europe une fois le Forum social terminé semble d’autant plus grand qu’il est tunisien. « Je ne veux pas trop y penser », dit-il avant de clore la conversation : « Que ce soit ici ou là-bas, je suis dans les mains de Dieu ». Beaucoup répètent au cours du trajet que si les sans-papiers devaient être bloqués aux portes de l’Europe, personne ne rentrerait. « On ne laisse pas un camarade derrière ! », affirme Malika à une autre femme qui semblait inquiète.
C’est dans cette ambiance de colonie de vacances qui peut prendre des airs graves, que la caravane des sans-papiers rejoint Valence. Là-bas, les Parisiens sont attendus par des militants locaux pour une manifestation au départ de la gare du centre-ville. Certains ont été de toutes les batailles et connaissent bien la CSP : marche Paris-Nice en 2010, caravane Bamako-Dakar en 2011 et marche européenne en 2012 [article 10885].
Le collectif 2607 – Drome Ardèche de solidarité avec les sans-papiers et les sans-droits avait d’ailleurs déjà accueilli les participants de la marche Paris-Nice en 2010 à l’occasion du sommet des chefs d’État africains.
Après les retrouvailles, la manifestation se dirige vers l’hôtel ville, où des policiers attendent les manifestants afin de les empêcher d’accéder à la petite place située devant la mairie de cette commune d’environ 100 000 habitants. Les militants locaux s’indignent que le maire socialiste, Alain Maurice, et les élus Europe écologie les verts (EELV) ne leur accordent pas plus d’attention. Après avoir scandé quelques slogans à proximité de la mairie, les manifestants continuent leur route. Mais à mesure que le défilé se déplace, les forces de l’ordre semblent plus nombreuses. En plus de la quinzaine de policiers en uniforme, autant sont présents en civil. Le tout, pour une soixantaine de manifestants ! Un ratio pour le moins surprenant mais la présence de la ministre de la Santé à Valence ce jeudi 21 mars 2013 pourrait expliquer cet excès de zèle.
Valence, une longue tradition de soutien aux sans-papiers
La caravane a choisi de s’arrêter à Valence pour saluer la longue tradition de soutien aux migrants dans cette région. Les premières grèves collectives de la faim des sans-papiers ont eu lieu à Valence en 1972. « À l’époque, quatre paroisses avaient refusé de célébrer la messe de minuit et organisé une procession dans la ville. Après 14 jours de jeûne, les sans-papiers avaient été régularisés le soir de Noël », se souvient Odile Schwertz, militante de langue date, « la mémoire de la résistance », comme le définissent ces amis.
À une heure de route de Valence, à Saint-Michel-du-Chabrillanoux (Ardèche), les habitants sont fidèles à cette réputation. Dans ce village de 300 âmes, la caravane est accueillie dans la salle des fêtes pour la nuit. Sur la scène en bois, une chorale rend hommage à la mobilisation des sans-papiers et entonne la chanson Laissez passer les petits papiers. S’ensuivent plusieurs chansons en italien alors que le public s’activent autour d’un buffet préparé par les habitants. À l’heure des remerciements, les caravaniers répondent eux aussi en chanson et montent sur scène pour une marseillaise revisitée :
Égalité, fraternité
pour les sans-papiers, solidarité
Libérez les sans-papiers
La France, La France
L’égalité pour tous les sans-papiers

Après la soirée, nous resteront à Saint-Michel-du-Chabrillanoux où nous passeront la nuit sur des tapis de gym posés à même le sol. Au petit matin, debout face à la montagne, un habitant nous signale que l’on aperçoit les gorges du Vercors au loin puis de préciser : « un bastion de la Résistance ».

Retrouver tout le périple dans [le zoom] consacré à la caravane des sans-papiers.///Article N° : 11412

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© Anaïs Pachabézian
© Anaïs Pachabézian
FSM 2013 © Anaïs Pachabézian




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