Fiche Groupe
Musique
Toumast
Niger

Français

Moussa Ag Keyna est né en 1972 dans un campement, au nord de la vallée de l’Azawagh, dans le Tamesna, une région frontalière reculée courant de chaque côté de la frontière nigéro-malienne. Il y grandit en menant l’existence simple des enfants de pasteurs nomades, entre jeux dans la vallée, commerce, élevage et transhumance. En 1987, alors que la situation politique des Touaregs s’aggrave, il quitte sa région natale en toute discrétion et prend la direction de la Libye avec quelques hommes et d’autres jeunes de sa famille. Comme nombre de Touaregs, ils ont décidé de rejoindre le mouvement politique installé en Libye qui prépare une offensive armée sur les régions nord du Mali et du Niger. Là-bas, il intègre la difficile formation commando-militaire du mouvement touareg. Quand il n’est pas dans les casernes, il circule de ville en ville, dans les quartiers de Sebha, Ubari, Djanet ou Tamanrasset. Il y passe alors son temps à apprendre la guitare à la façon des ishumar, brodant sur les lignes mélodiques issues du répertoire traditionnel, des textes simples d’émulation protestataire ou de sensibilisation des oreilles extérieures aux objectifs de la tanakra. Avec d’autres amis et cousins musiciens, il fonde le groupe Toumast, terme désignant l’identité, individuelle ou collective. En 1990, Moussa rejoint clandestinement le maquis de l’Aïr avec d’autres combatants touareg qui revendiquent les premières attaques du mouvement armé touareg au Niger. Gravement blessé à la cuisse lors d’une attaque a Ingall en 1993, il est évacué vers l’Algérie qui le refoule à trois reprises puis accepte de le prendre en charge suite à l’entrée de ce pays dans le groupe des médiateurs du conflit. Après une longue convalescence et six opérations, qui laissent une jambe paralysée et innervée, il décide de rejoindre le maquis une nouvelle fois. Après quelques mois de négociations officielles entre le FLAA et le gouvernement nigérien, Moussa bénéficie de l’offre de la France, nouveau médiateur du conflit, de prise en charge sanitaire des blessés graves du côté touareg. Il est évacué vers la France en 1994 où, grâce à la bienveillance d’associations et l’aide gracieuse de plusieurs médecins et centres hospitaliers privés, il recouvre l’usage partiel de sa jambe.
En 1995, deux mois après la signature d’un accord de paix entre les fronts armés touaregs et l’Etat du Niger, Moussa apprend l’assassinat de douze de ses compagnons d’armes tombés dans une embuscade douteuse. Il écrit alors la chanson « Douze lunes » en leur hommage. Tout en cherchant activement les moyens de relancer le groupe Toumast, il participe à l’aventure musicale de Digital Bled.Finalement, c’est avec des musiciens rencontrés en France qu’il va pouvoir donner vie à son projet d’album. Les chansons présentées ici témoignent des années de tourmente et de désillusions qu’ont connu les combattants du mouvement. On y retrouve aussi les thèmes chers aux ishumar : la nostalgie de la vie nomade, les scènes de vie du campement en brousse, le goût amer de l’exil, la critique sociale et politique de la société touarègue contemporaine chanté sur une musique pulsant au rythme du blues du désert.



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