La France de demain

Collectif immigré "Les Hôtels réunis"

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Vingt-quatre familles immigrées vivent dans un hôtel du 20e arrondissement. Après un avis préfectoral négatif portant sur l’hôtel, elles se sont constituées en collectif pour ne pas être déménagées une énième fois. Depuis cinq mois, elles luttent pour une régularisation de leur situation.

C’est un hôtel dans le 20e arrondissement, comme il en existe tant d’autres dans Paris et sa proche banlieue.
C’est un hôtel qui ressemble à ceux qui ont fait la une de l’actualité il y a quelques mois. Des personnes y avaient péri ; cela avait alors suscité l’émoi durant quelques jours. Les médias en faisaient leur une ; la classe politique en faisait un cheval de bataille, pour ou contre les immigrés, selon la couleur politique. Et la société manifestait dans la rue pour marquer son indignation, son soutien à ces familles éprouvées qui souhaitent vivre normalement, comme tout le monde. Décemment, tout simplement.
Depuis le mois d’octobre 2005, 24 familles ont décidé de lutter avec dignité contre les avis préfectoraux, les changements d’hôtels dépourvus de sens, l’attente indéfinie de papiers qui leur permettraient de vivre sans dépendre d’associations caritatives, sans dépendre des subsides de l’Etat. Ces familles ne sont pas venues en France pour cela. Ces hommes et ces femmes sont là pour offrir à leurs enfants un avenir meilleur que le leur. Ils ont parié sur la possibilité d’un avenir plus ouvert en France que dans leur pays, où la peur était de chaque instant.
Au nombre de 24, elles vivent dans des chambres de 9 mètres carré pour beaucoup, cinq ayant la « chance » d’avoir deux chambres (des studios). Elles sont d’origine africaine (Algérie, Congo, Mali, Sénégal), d’Europe de l’Est, de Tchétchénie.
Suite aux différents incendies de 2005, la préfecture est venue vérifier si ces locaux pouvaient continuer de les accueillir. La première réponse a été : des travaux sont nécessaires. Le propriétaire en a fait quelques-uns. Ces familles, en attendant l’avis définitif de la préfecture après ces travaux, ont donc constitué un collectif, décidant de rester dans ces locaux, même vétustes. Certaines connaissent là leur 34e hôtel en six ans. Leurs enfants sont scolarisés dans le 20e ; ils ont réussi à s’insérer dans le quartier et refusent donc de le quitter pour le bien-être de leurs enfants. Seules cinq d’entre elles ont des papiers. Les autres sont des sans-papiers. Les dates d’arrivée sur le sol français s’échelonnent entre 2000 et 2004.
Récemment l’avis de la préfecture est tombé : défavorable. Les familles sont donc menacées d’expulsion à tout moment, puisque considérées comme squatteuses. Les associations qui les aidaient ont suspendu toute aide financière, jusqu’à celles données pour les enfants. Certains vivent donc avec même pas 100 euros par mois pour une famille de 5 personnes, se procurant leur nourriture auprès du Secours catholique ou des Restos du coeur.
En attendant cet avis, au cours du mois de janvier 2006, l’eau chaude a été coupée pendant plus d’une semaine.  » Problème matériel  » selon le propriétaire ; l’eau est revenue après une discussion entre les familles et lui. Depuis le début de cette lutte, il ne reçoit plus le montant des loyers jusque-là réglés par les associations. Le loyer pour ces petits mètres carré : 80 euros par jour (je vous laisse faire le calcul…).
Petite lueur dans ce combat, les familles ont trouvé dans l’école élémentaire Vitruve qui se trouve juste en face un soutien considérable. Elles essaient de constituer un comité de soutien, ont fait venir des journalistes pour parler de leur situation.
Leur volonté, en montant ce collectif, était, avant tout d’obtenir leurs papiers et d’être relogés dignement. Pour eux, le plus important c’est les papiers. Avec cela, ils pourront enfin travailler, subvenir aux besoins de leurs familles, vivre dans un logement digne de ce nom.
Les nouvelles lois sur l’immigration provoquent beaucoup de crainte. Des hypothèses courent. Qui peut être régularisé ? Qui ne le sera pas ? Ces hommes et ces femmes vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Les enfants aussi. Tous vivent dans la crainte d’être expulsé de leur hôtel, du territoire français. Ils vivent avec cette crainte mais continuent de lutter parce que la dignité, ils y ont droit comme tout le monde. La dignité de pouvoir acheter un carnet de tickets, de pouvoir nourrir leur famille du fruit de leur travail, de ne pas déménager sans cesse. La dignité de pouvoir offrir à leurs enfants une scolarité normale.
Une dame congolaise qui vit là avec ses quatre enfants me disait un jour : « Quand j’étais en Afrique, je croyais que l’Europe c’était le paradis. C’est pas le paradis. On souffre ici. Moi, je veux parler, je veux dire ce qu’on vit ici. »
Et en regardant ces enfants rire, parler, grandir, une idée vient :  » C’est la France de demain.  » Avec ou sans papier.
Si vous souhaitez soutenir ce collectif, vous pouvez envoyer un mél à l’adresse suivante : [email protected]

///Article N° : 4344

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