La Rivale

D'Edouard Carrion

Print Friendly, PDF & Email

Phénomène nouveau lié à la possibilité de faire des films avec de plus faibles budgets mais aussi à la volonté de prendre son vécu en mains par les moyens du cinéma, des films apparaissent qui traitent du vécu de la diaspora en France. Africa Paradis de Sylvestre Amoussou s’attaquait ainsi aux discriminations que subissent les immigrés en mettant en scène l’inversion des rôles entre Noirs et Blancs. La Rivale témoigne de la pression exercée par la famille restée au pays : les parents de Maurice, qui vit avec Prudence, une femme plus âgée qui ne peut avoir d’enfant, lui envoient du Congo la jeune et jolie Thérèse pour assurer une descendance. Sans consulter Maurice, le mariage a été célébré au pays et les parents de Thérèse ont reçu la dot. Pour ne pas exposer sa famille à l’affront de devoir la rendre, Thérèse, telle une intraitable mais fascinante Mami Wata, met toute sa force de sirène dans la balance et se révélera pugnace pour conserver son bien…
Coécrit par l’actrice Laurentine Milebo qui interprète Prudence avec la force de conviction qu’on lui connaît, La Rivale est à situer dans ce contexte diasporique d’un retravail du vécu immigré. Ce qui importe ici est de mettre en scène une situation piégée et son infernal engrenage pour dégager une morale, la profondeur humaine n’étant à chercher que dans les choix et les comportements. Pour le public concerné, la réussite du film sera dès lors de servir au mieux cet objectif, quitte à enfoncer le clou par la théâtralité du jeu de Thérèse ou l’insistance à évoquer l’étau dans lequel se trouve pris Maurice. En dépit d’un flash back au départ, le récit est strictement chronologique, puisqu’il s’agit de développer la trame d’un drame dans lequel s’identifiera la communauté.
Dans ce huis clos des sentiments, la dénonciation des pièges de la coutume ne vient jamais troubler le conservatisme des rôles sociaux. Chacun est désespérément à sa place : venant bouleverser un amour idyllique, la belle femme séduit et l’homme faible craque tandis que la vieille reste sage et généreuse. La beauté triomphante se fait possessive et tyrannique. Si crise il y a, c’est que Maurice, suivant le mauvais conseil de Papa Simon (le toujours excellent Marius Yelolo), a transgressé les règles de la loyauté et doit en porter le fardeau. C’est donc bien une conscience morale que veulent éveiller des films comme La Rivale dont le propos tiendrait en un proverbe, lequel est ici mis en exergue en début de film : « Je ne possède que ce que j’ai donné ».

///Article N° : 8230

Les images de l'article
Claude Alexandre Eclar
Tatiana Rojo
Claude Alexandre Eclar
Laurentine Milebo
Tatiana Rojo et Claude Alexandre Eclar
Tatiana Rojo





Laisser un commentaire



Africultures a franchi le cap des 10.000 articles depuis sa création en 1997
Nous remercions tous nos contributeurs et nos lecteurs
Inscrivez-vous à la newsletter pour suivre nos publications