Amour, sexe et mobylette

De Maria Silvia Bazzoli et Christian Lelong

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Amour, sexe et mobylette se définit comme un film d’amour. Effectivement, il prend un sujet sensible mais ne traque rien et ne farfouille pas dans les coins : il pose seulement un tendre regard d’écoute, en attitude documentaire, c’est-à-dire qu’il propose à des gens de s’exprimer sous l’œil d’une caméra, et respecte leur langage et leur rythme. Il prend l’amour comme sujet, « pour essayer de comprendre comment l’Afrique projette son devenir ». Ce n’est pourtant pas en Afrique en général que se situe Amour, sexe et mobylette mais à Koupéla, une ville du Burkina Faso, à 137 km de Ouagadougou. L’idée du film est venue du travail d’une association de cinéma ambulant, Cinomade. Munis d’un micro et d’une caméra vidéo, ses animateurs interrogent les habitants sur leur rapport à l’amour et en projettent le montage le soir pour provoquer le débat après le film et sensibiliser à la protection contre le sida.
Le dispositif était idéal pour se débarrasser de l’ambiguïté qu’aurait inévitablement amenée des Blancs venant poser des questions indiscrètes ! Il manque cependant clairement d’intimité et les réponses sont loin d’être aussi concrètes que celles des femmes d’En attendant les hommes de Kati Lena Ndiaye : interrogés au pied levé dans la rue, les gens répondent souvent évasivement, timidement, sans toutefois jamais refuser la question. Dans cette petite ville du Burkina Faso, l’amour n’est pas un sujet tabou.
Pour aller plus loin, il fallait donc construire une fiction. Maria Silvia Bazzoli et Christian Lelong le font en installant des personnages. Ce sera un vieux dont la chaleur humaine réjouit, qui se met en quatre pour dépanner un photographe en panne de voiture sur le bord de la route, et qui finalement installera sa famille pour une émouvante photo. Et ce sera ce photographe bloqué dans la ville pour la réparation, qui se fait lui-même documentariste – et dragueur à l’occasion ! De ce portraitiste qui sait mettre les couples en scène aux animateurs de Cinomade, de ceux de la radio locale Radio Kourita qui organisent un concours de poèmes pour la St Valentin aux lettres d’amour endiablées d’un jeune éloigné de son amoureuse et qui « chaque nuit ne fait que compter les tôles de la maison », tout le monde fait ainsi le travail des réalisateurs en un ripolinage savamment organisé. Le tout est habilement monté et orchestré par les douces chansons de Yoni, célèbre chanteur mobilisé pour l’occasion, et le film coule comme une love story.
« Si tu pouvais m’accorder un visa pour ton amour… » La fleur du langage frappe de bout en bout, dans cette extraordinaire capacité de s’approprier le français pour lui donner la saveur voulue. A cela s’ajoute une façon très directe de s’interpeller entre amis que le film provoque aussi volontiers. « Tu es la commandante de bord dans mon esprit », mais tous ne sont pas prêts à lâcher le pantalon. Les débats sur le respect des traditions, l’excision, la fidélité et la polygamie vont bon train.
Quand on demande aux couples si leur amour est sans faille, la réponse est oui. Diraient-ils le contraire face à la caméra ? Peu importe sans doute, car personne n’est dupe. Les jeunes hommes disent aux filles qu’elles ne s’intéressent qu’aux garçons à moto et les filles jurent le contraire, mais chacun sait que l’argent joue son rôle dans un monde de survie. De la passion à la lucidité, l’amour cherche cette voie incertaine qui sonne bien familière à chacun d’entre nous, si bien que cette heure et demie passée en compagnie des amoureux de la ville de Koupéla résonne comme une tendre musique, ou comme le dit un des protagonistes : « Quand tu écoutes, ça frappe le cœur ».

///Article N° : 8231

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