Le grand écart des travailleurs migrants

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Dans le webdocumentaire Grand Écart, douze hommes se racontent. Ils vivent ici et là-bas, entre le foyer de travailleurs migrants de Rouen et leur terre natale au Sénégal ou en Mauritanie. Le premier volet de ce projet du journaliste Moïse Gomis est une porte d’entrée intimiste sur l’immigration ouest-africaine en Haute-Normandie.

« Toute notre vie, on l’a passée en France à aider les autres derrière ». Samba Kassoré est un de ces nombreux hommes venus travailler dans la vallée de la Seine dans les années soixante-dix. Comme un sas entre le pays natal et la France, les foyers de travailleurs migrants dénommés Moïse et El Hadj Omar sont leurs premiers piedsà- terre lorsqu’ils arrivent à Rouen. C’était il y a quarante ans, et ils y vivent encore. Samba Kassoré et onze autres migrants se dévoilent ainsi chaque semaine derrière l’objectif discret de Moïse Gomis, réalisateur du webdocumentaire Grand Écart.
Raconter, transmettre
Ce journaliste roannais s’intéresse depuis longtemps aux trajectoires des migrants de sa ville. Il leur donne la parole sur les ondes de la radio associative qu’il dirige, HDR, dans le cadre du programme « Mémoires immigrées ». Pour parler d’une histoire ouvrière française, à travers des visages et des histoires de migrants, il choisit cette fois le format du webdocumentaire. Il est diffusé, depuis mi-octobre, sur le site d’information le Grand Rouen, et circule sur les réseaux facebook et tweeter. Moïse Gomis espère ainsi toucher le plus grand nombre. « Contrairement au documentaire qui s’adresse aux initiés, le webdocumentaire permet d’aller chercher des publics qui ne s’intéressent pas d’eux-mêmes aux foyers de travailleurs migrants, notamment les jeunes ».
Mémoire ouvrière
On écoute des hommes raconter leurs choix de vie. Puis, en écho viennent les paroles de leur famille restée en Afrique. Le grand écart entre ici et là-bas se fait ainsi dans l’intimité du foyer, avec des plans fixes sur des corps en mouvement, des yeux qui brillent : « Je veux qu’on sente que la personne pense lorsqu’on écoute son témoignage ». Moïse a pu capter des paroles fortes, comme des confidences. C’est un enfant du foyer : « Mon père était directeur du foyer Moïse et j’y ai vécu mes deux premières années. Comme « fils de », j’avais déjà une reconnaissance auprès des résidents, mais là je me suis dit : je suis journaliste, je dois faire quelque chose. J’ai eu un déclic en 2004, lorsqu’un incendie a dévasté ce foyer ».
Depuis, il écoute et porte la parole étouffée de ces hommes dont les vies dessinent l’histoire ouvrière de France : « Il y a eu beaucoup de luttes dans l’histoire des foyers mais on en parle peu parce que ce sont des célibataires, des travailleurs silencieux qui ne sont jamais en arrêt maladie. Il faut aussi donner la parole à cette mémoire ouvrière ». De quoi se laisser embarquer par ce webdocumentaire, où l’affiche d’un avion dans un foyer, puis un taxi en Afrique rythment le voyage entre les histoires de ces hommes… Ici et là-bas.

///Article N° : 12588

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