L’ingénu de Harlem

De Langston Hughes

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En 1942, Langston Hughes écrit régulièrement dans le Chicago Defender. Dans ces chroniques qui sont autant de prises de position politiques apparaît alors le personnage de Jesse B. Semple ou Simple qui devient l’un des personnages phares de l’œuvre de Langston Hugues et qui est ici magistralement mis en scène dans L’ingénu de Harlem.
Succession de conversations entre l’auteur narrateur et son héros Jesse B. Semple ou Simple, le roman est découpé en courts chapitres qui, sur le mode du questionnement philosophique qui n’est pas sans rappeler Le Neveu de rameau, fait partager au lecteur la vie quotidienne d’un habitant de Harlem. Chaque soir, ils se rencontrent dans un bar et s’entretiennent sur les vicissitudes de l’existence de Simple, un ouvrier qui a fui le Sud raciste. Ces rencontres tour à tour cocasses, émouvantes et drôles sont l’occasion d’aborder les questions de la ségrégation raciale, de la bombe atomique, du jazz…
Qui est Simple ? « Il parle de la femme avec laquelle il n’a pu s’entendre, de celle qu’il aime maintenant et qu’il veut épouser, de Zarita, sa « copine des nuits de bringue ».(…) La plupart du temps il est de bonne humeur et ses histoires sont drôles mais, parfois, une douleur fulgurante le traverse (…). Parfois il lui faut rire pour ne pas pleurer (…) S’il n’y avait pas eu à Harlem, des milliers de gens comme Simple, bavards chaleureux, joyeux et lucides qui, dans l’enfer même pas climatisé de la ségrégation, vivent le courage du sourire aux lèvres, ce livre pareil à eux n’aurait pas vu le jour. Simple c’est mon frère de lait, ma mascotte et mon chevalier. » (p.14)
Obsédé par la question raciale, Simple élabore rencontre après rencontre un projet de société où la population noire américaine aurait enfin les mêmes droits que la population blanche. C’est ainsi qu’il imagine la mise en place d’une réserve pour la protection des Noirs, un livre de comics dénonçant la folie du comportement des Blancs et qu’il fustige, non sans humour et ironie, les associations culturelles qui entendent faire du Nègre un Américain civilisé « – Comme c’est la Semaine d’Histoire Nègre, dit Simple, Joyce m’a emmené écouter une conférence hystérique faite par un professeur noir. – Historique, dis-je. – L’hystérique a parlé, continua Simple. Ben, mon vieux, il l’a pas placée bien haut notre race. Il a dit qu’on était mal fichu, mal dirigé (…) Au lieu de nous pointer pour bosser et gagner des sous, on préfère se trémousser à faire du jazz. Ça, faut le dire, il s’est bien marré aux dépens de la race noire, bien qu’il soye aussi noir que moi-même. Pour de la conférence, c’était de la conférence ! » (p. 341)
Ces discussions à bâtons rompus sur le mode de l’improvisation forment un ensemble époustouflant qu’il était urgent de traduire. Figure centrale de la Renaissance de Harlem, Langston Hughes n’a cessé de se battre contre la ségrégation raciale que ce soit dans ses pièces de théâtre, ses romans, ses essais, ou ses poèmes. Un livre majeur.

L’ingénu de Harlem
de Langston Hughes
Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par F.J. Roy
La Découverte, 350 p., 2003. 13,50 euros///Article N° : 2901

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