Nations Unies vues du XXIe siècle, de Patrick Kasongo Kalombo

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Dans son dernier ouvrage, sorti en août 2022, le congolais Patrick Kasongo Kalombo fait appel au réel et à l’imaginaire pour ouvrir notre regard au-delà de notre conscience humaine et des Institutions internationales.

Couverture du livre Nations Unies vues du XXIe siècle

Nations Unies vues du XXIe siècle de Patrick Santos Sarbruken Kasongo Kalombo

Le texte commence par un court extrait paraphrasé de la charte des Nations Unies, professant l’égalité de tous ses États membres. Il est suivi d’une introduction qui pose les jalons de la création de cette charte dont notre auteur ne manque pas de montrer les limites. La déclaration de Nicolas Sarkozy, adressée à la presse le 25 février 2022 devant le perron de l’Élysée, vient corroborer l’idée de repenser l’ordre mondial en vigueur et ladite charte avec. Un hymne aux virus Ebola et Coronavirus entame le premier chapitre de l’ouvrage. Commence alors la dimension imaginaire du livre, sans jamais trouver des réponses aux différents points d’interrogation que suscitent les méditations de Kulu, le principal protagoniste du texte. 

Kulu pense qu’il peut apporter des solutions idoines aux problèmes auxquels fait face  l’humanité et cherche à démontrer cela à son père, un haut fonctionnaire des Nations Unies, qui est au bord d’un burn-out. Car dépassé par les drames que provoquent les expériences issues des laboratoires scientifiques à travers le monde et dont son organisme n’arrive pas à apporter des solutions alors même que cela fait partie des principaux objectifs dont s’était assigné celui-ci dès ses fondements. Le premier geste de ce jeune garçon de 23 ans est de comprendre les origines du virus Ebola qui bat son plein en Afrique de l’ouest d’où sont originaires ses parents. Pour cela, il doit se rendre sur les lieux où sévit l’épidémie. Son père s’y oppose catégoriquement. Mais Kulu s’entête et émet des réserves sur l’organisation des Nations Unies. Nous sommes ainsi abasourdis. Crise de folie ? révélation divine ? Un complotiste, comme semble le croire son géniteur ? Ou tout simplement un révolutionnaire?

En variant les genres, passant de la fiction à l’essai, Patrick Kasongo renforce nos incertitudes et notre peur face à cette humanité qui devient de plus en plus conspirationniste mais en même temps nous donne des lueurs d’espoirs. Ce comportement engendre des questionnements mais pour nous, il nous pousse à la radicalisation, à la recherche des solutions pour un monde meilleur que celui dans lequel nous nous trouvons en ce moment même. Car c’est face à l’obstacle que l’Homme se découvre. Cette maxime de Jean Paul Sartre que nous paraphrasons ici doit donc nous servir de principe directeur dans notre position. Et la détermination de Kulu la conforte lorsqu’il ne cesse de questionner son père sur l’origine du virus Ebola qui fait des ravages en Afrique alors que ce dernier est en train de réfléchir sur quelques solutions à apporter pour l’éradication de cette maladie:

« Pourquoi avoir attendu tout ce temps ? Ce virus tuait déjà, non ? Je veux savoir comment seules les chauves souris et la viande de chimpanzés en sont à l’origine. Ceci ne pourrait-il pas faire partie d’un stratagème qui a mal tourné ? Celui consistant à dissuader les Africains à ne plus manger ces frugivores et ces primates à cause de leur extinction ? ». 

Dans ses précédents ouvrages, Le cauchemar des réfugiés, qui met en exergue l’insouciance des dirigeants des pays développés à accorder la protection internationale aux réfugiés, la transformant plutôt en une sorte de loterie, et Désintoxication au capitalisme, qui remet en question le libéralisme économique actuel qui échappe à tout contrôle légal et légitime de la démocratie, Patrick Kasongo remettait en question l’égoïsme humain qui préside aux destinées de notre humanité qui nous est tous très chère. Les réfugiés, croyant trouver un mieux être dans les pays où ils atterrissent,  sont abandonnés à eux-mêmes alors que la convention de Genève qui traite de leur statut est impartiale. Le Capitalisme, qui est l’œuvre d’une poignée d’individus dans le monde, contrôle la majeure partie des richesses et installe les guerres partout et particulièrement au Congo.

Ici encore, l’insouciance des dirigeants des pays développés, leurs manigances et la désacralisation de la vie humaine qu’elles engrangent sont dénoncées mais avec plus de virulence. Les guerres, les maladies, les famines : la première partie du livre pousse Kulu à la dénonciation. Il doit respecter les restrictions de son géniteur de ne point mettre ses pieds où sévit le virus Ebola mais est contraint de rompre avec le silence face à ce scandale pour que celui-ci comprenne son profond désarroi. Il doit surtout éviter de mettre son père dans une profonde inquiétude car l’amour d’un parent pour sa progéniture est inestimable mais il doit, à tout prix, agir autrement pour bousculer les bornes tracées par l’ordre mondial en vigueur qui conditionne notre entendement. Cela ne peut passer que par une actualisation des institutions internationales qu’il va entamer lors de son séjour en Suisse, après avoir pris le temps de parcourir toute la charte des Nations Unies. 

 Le dénouement de l’intrigue met très bien en lumière la vie dans notre société actuelle : La transgression de Kulu explique, à merveille, la violence de ceux qui la subissent. Mais ne perdons pas de vue que ce jeune garçon ne s’oppose aucunement au monde dans lequel il vit. Il cherche simplement à repenser l’ordre social établi qui profite à quelques-uns aux détriment du plus grand nombre qui subit toutes les injustices. L’air nouveau qu’il respire en Suisse, lors de son exil volontaire, où il apprend beaucoup de choses, peut s’inscrire comme une alternative à la vie de tous les jours que nous menons contre notre propre volonté. 

Grégoire Blaise Essono

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