Peinture gabonaise et modernité

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La peinture gabonaise moderne commence à proprement parler au début des années soixante avec l’ouverture de la section Arts plastiques du Collège Technique de Libreville animée par le professeur d’Arts Basile Allainmat-Mahinè. Cette section sera plus tard détachée du Lycée Technique pour devenir en 1970 le Centre National d’Art et Manufacture (CNAM) puis en 1983 l’Ecole Nationale d’Art et Manufacture d’où sortira la première génération de peintres gabonais modernes.
Le Centre National d’Art et de Manufacture a tenu ses promesses en favorisant l’éclosion de nombreux talents, notamment Jean Prosper Ekoré, Marcellin Minkoë Mi Nzé, Nalvad, Jean Baptiste Onewin-Walker, Maurice Mombo Mubamu.
A travers leurs expressions artistiques les peintres gabonais sont tout naturellement influencés par les courants artistiques européens modernes parmi lesquels l’abstrait, le surréalisme, l’expressionnisme et le figuratif avec une prévalence des thèmes liés à l’univers cultuel. La plupart des jeunes artistes gabonais (Georges Mbourou Dondia est le porte flambeau de cette génération) puisent l’essentiel de leur inspiration dans la tradition et plus particulièrement dans la symbolique initiatique, notamment l’aspect profane ou même néophyte des sociétés secrètes des peuples de la forêt équatoriale : Bwiti, Okuyi, Ndjèmbé, Ndjobi, Mouiri, Mvett etc. L’idéalisation du masque anthropomorphe, l’usage des couleurs tropicales : ocre, vert, rouge, constituent dans ce courant les ingrédients essentiels de la composition artistique.
Il existe parallèlement aux peintres sortis de l’ENAM de jeunes artistes formés dans l’Atelier du maître Minkoë Mi Nzé, auxquels on peut associer de nombreux autodidactes dont Mondo Guypa, peintre aux formes originales dont il est difficile de tracer les influences, Bertrand Nzamba, Mendome Fourn, graphiste dont le style libre et sans inhibition permet la réalisation de toiles étonnantes. Il faut également considérer Nzorlyn et Ntoutoume Moon, peintre abstrait, qui explorent d’autres voies avec bonheur.
Malgré la beauté des œuvres caractéristiques de cette tendance, on peut craindre de voir le masque se vider de contenu à force de focalisation à outrance, au point d’engendrer un sentiment de thème éculé et banalisé chez l’amateur, sentiment confus entre le plaisir que procure les œuvres, leur réalisation et un sentiment à la fois d’overdose et d’inachevé. On pourrait par contre voir une quête identitaire dans cette cristallisation de la mémoire du mystico-religieux dans le contenu et la forme de la peinture gabonaise moderne. En tout cas davantage qu’une simple réponse à la demande du marché qui à terme risquerait de circonscrire la production artistique des peintres gabonais a une source unique d’inspiration.
Au Gabon, pour l’heure, le marché de l’art n’offre pas les garanties indispensables à l’artiste pour vivre essentiellement de sa production. Cette situation de précarité a contraint à l’exil Nal Vad et Martine Nzé, tous deux artistes à la croisée des cultures par leur naissance et leur vécu. D’autres, parmi les meilleurs demeurés au pays, ont tout simplement choisi le secteur tertiaire pour s’assurer un revenu dans un environnement où la fonction d’artiste attend toujours d’être reconnue.

///Article N° : 1804

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