Fiche Personne
Musique

Carole Demesmin

Chanteur/euse
Haïti

Français

Depuis trente ans, Carole Demesmin défend les valeurs de la culture traditionnelle du pays qui l’a vue naître : Haïti. A travers l’art, la musique et la peinture en tête, elle se bat ardemment pour transmettre la culture traditionnelle d’Haïti à la nouvelle génération. Elle travaille d’ailleurs énormément avec les jeunes afin que se valorise davantage la culture locale fortement ancrée dans les traditions africaines teintées par endroits de couleur caribéenne. 

Née à Léogâne, Carole passe pourtant une bonne partie de son enfance à Port-au-Prince. Adolescente, elle embarque pour les Etats-Unis pour poursuivre ses études secondaires à Boston. C’est durant cette même période qu’elle entame sa carrière de chanteuse, au sein du groupe « Haïti Culturelle ». Elle entame ainsi une longue carrière artistique qui se poursuit jusqu’aujourd’hui. Quelques années plus tard, elle commence à enseigner la culture haïtienne, la danse, les chansons du répertoire folklorique haïtiens aux jeunes enfants de Boston.

En 1976, épaulée par le grand pianiste haïtien Gerdes Fleurant, Carole intègre une des écoles de musique les plus renommées de Boston : le « Berkeley College Of Music ». Elle y a d’ailleurs acquis d’autres aptitudes artistiques durant ses études. Infatigable, Carole entreprend également des études en peinture -sa première passion- au réputé « Massachusetts College of Art ».

Dans la foulée, elle collabore avec le poète compositeur Jean-Claude Martineau et sort son premier album intitulé Carole Mawoule. Les textes et musiques de ce album écrit par Martineau l’a définitivement mise en orbite. L’hommage rendu, en 1978, à la grande vocaliste des années 1930, Lumanne Casimir, a popularisé Carole auprès d’un public de tous âges, tant en Haïti que dans les communautés Haïtiennes d’outre-mer. Des contemporains de Lumane Casimir y avaient vu un hommage doublement mérité vu, selon eux, le rapprochement étonnant du timbre de voix des deux chanteuses pourtant séparées de trois générations.

Toujours encadrée par la plume de Jean-Claude Martineau, Carole sort son deuxième album, Minrara, en 1983. Encensé par la critique, le projet est récompensé et remporte d’ailleurs le prix de l’album de l’année dans la communauté haïtienne aux Etats-Unis et en Haïti. Cet album lui permet de partir en tournée -notamment aux États-Unis et en Europe- et de rappeler à son public l’importance de l’influence des principes hérités des rites africains en Haïti. En chantant particulièrement en créole, Carole Demesmin entend développer le sentiment de conscience nationale par rapport à la langue, tout en célébrant la culture traditionnelle haïtienne et son histoire.

Parallèlement à la musique, elle entame un long voyage spirituel. Durant treize ans, guidée par le Ati Daagbo Max Beauvoir, elle suit une formation qui l’amène à comprendre et maîtriser les traditions spirituelles héritées d’Afrique. A la fin de cette initiation Vodou, elle accédé au rang de Manbo (prêtresse) -en 1984. Plus tard, elle suivra également une formation de sage-femme.

En 1987 sort son troisième opus, Lawouze, enregistré pendant la période de son initiation Vodou. Supportée par ses amis musiciens et poètes dont, René Philoctète, Paula Clermont Pean, Tiga, Ronald Derenoncourt,Henry Celestin. Andre Azemar, Jean Michel Clermont, Ralph Boncy, Claude Marcelin, Raoul Denis Jr, Mushi et Joel Widmaer, Robert Denis, cet album marque un virage vers des sonorités et des paroles ancrées dans la culture traditionnelle haïtienne. Une nouvelle fois, une énorme tournée s’en était suivi sur des scènes d’Amérique du Nord et d’Europe.

A côté de ses concerts de chants, elle organise des évènements, tels que le « Festival Anacaona a Leogane » ou encore le « Tom Tom Fest a Jeremie ». En collaboration avec feu Jean-Claude Garoute, dit Tiga, Dr Symphar Bontemps, elle a été l’instigatrice du Mouvement Drapeau Culturel National dont l’objectif est de promouvoir l’enseignement de l’histoire d’Haïti et ses authentiques valeurs culturelles aux jeunes de tous les départements géographiques du pays. Elle s’investit également aux Etats-Unis, où des ateliers de réflexions ont été mis en place en vue d’encourager les enfants d’origines haïtiennes à se rapprocher de leur culture -notamment dans les universités de Floride et du Vermont. Elle met également sur pied des cours destinés aux haïtiens désirant se reconnecter avec leur culture et le Vodou de leurs pères.

Le 20 avril 1990, elle est présente à` New York sur le Pont de Brooklyn pour manifester avec plus de 100.000 compatriotes haïtiens et sur la scène du Brooklyn Collège avec le génial chanteur et compositeur Ansy et Yole Derose dans leur grand spectacle « FDA ou anraje », une manifestation culturelle contre le gouvernement américain, et plus particulièrement contre la FDA – Food and Drink Administration- qui avait interdit à tous les haïtiens de donner leur sang. Motif ? Les haïtiens sont, plus que tout autre peuple, porteurs de la maladie du Sida. Et à ce titre, les laisser donner leur sang représente un énorme risque sanitaire. Ce rassemblement est le plus important recensé depuis l’enterrement de Martin Luther King en 1968. Il réunit les haïtiens vivant aux Etats-Unis, mais aussi beaucoup d’afro-américains –notamment le révérend Jesse Jackson- et d’autres sympathisants venus marquer leur soutien au peuple haïtien. Après d’autres manifestations à travers le pays, Washington reviendra sur sa décision d’interdire aux haïtiens de donner leur sang à la fin de l’année 1990.

En 1999, Carole préside une série de conférences sur la culture haïtienne destinées aux haïtiens vivants aux États-Unis et aux afro-américains. Cette même année, elle revient à la musique et sort son quatrième album, "Carole Bel Congo", qu’elle produit avec le grand compositeur et arrangeur Pierre Rigeau Chery. Mais son combat ne s’arrête pas à la chanson. En effet, poussée par son désir de prouver son amour pour sa communauté, elle décide de mettre ses talents spirituels et médicinaux au service de jeunes handicapés en Floride.

L’année 2001 a marqué un tournant important dans la vie de Carole. Pour marquer ses vingt-deux ans de carrière, elle a réuni sur la scène du grand Hôtel Fontaine Bleu de Miami Beach, tous les artistes qui l’ont soutenue depuis le début sa carrière. C’était l’occasion pour elle de présenter le troisième drapeau culturel haïtien en Floride.

Les années qui suivent ramènent Carole à son combat de toujours : la sauvegarde de la culture traditionnelle haïtienne. Elle met en place des séminaires destinés aux haïtiens-américains désireux de découvrir ou redécouvrir leurs racines culturelles. Mais l’évènement marquant, c’est surtout la création de l’organisation sans but lucratif supporté par un groupe d'artistes basés à New York : Michael Brudent, Gina Samson, Maryse Edouard, Dominique Volcy, Mario Baptiste, Ulrick Jean-Pierre, Michael Grahm, Ricles Garcia, Patricia Brintel, Paula Pean, Jean Claude Martineau, Jean Marie Eliscard, Joseph Moise, Darly Raphael, Pierre Richard Lespes, Roland Magloire, Dorcely III, Josselyn Joseph, Jerry Georges, Jean Guillot, Annel Stephan Nogaisse, Yvon Nicolas. La United Haitan Artists (UHA) propose l’éducation et le partage des racines de la culture folklorique haïtienne à travers le monde. Elle organise également des conférences et des séminaires, ainsi que des concerts permettant à des artistes haïtiens de démontrer toute l’étendue de leur talent en dehors de leurs frontières. 



Fort logiquement, elle crée son label, The Rainbow Of Yawe, dont le but est encore et toujours d’offrir une meilleure exposition médiatique aux artistes issus de son pays natal.

Carole, jamais fatiguée, continue, par l’art, de promouvoir à tout prix ses racines culturelles. Elle expose des toiles de l’époque précolombienne au Musée Martin Luther King à New York. Pour la première fois, elle s’essaye en tant que comédienne dans le film Life outside of Pearl faisant la promotion du « lifestyle » haïtien aux Etats-Unis. Avec son association U.H.A, elle crée les Zepi Mayi Award, qui récompensent les pionniers et tous ceux qui combattent pour la mise en valeur de la culture et de la musique haïtienne.



En 2009, elle redouble d’efforts ! A Chicago tout d’abord, où elle crée un comité avec différentes organisations pour soutenir le projet humanitaire de rouvrir l’hôpital de Sainte-Croix dans sa ville natale Leogane. Ensuite, elle demande au gouvernement de reconnaître deux dates très importantes pour le peuple haïtien : le 14 août, jour où ses ancêtres ont fait le serment de « Vivre libres ou de mourir » ; le 5 décembre, jour traditionnellement dédié à Christophe Colomb et qui devrait en fait l’être pour les Tainos, Arrawaks et les Caraïbes qui furent massacrés par les espagnols. Toujours en Haïti, elle encourage la création de constructions sociales qui doivent changer l’image traditionnelle du ghetto, tout en veillant à une meilleure qualité de vie, en termes de style de vie, d’éducation et de soins de santé. Cette même année, presque anecdotique, Carole fête déjà ses trente ans de carrière musicale lors d’un événement où elle en profite encore pour rendre hommage à son peuple.



Le 22 novembre 2009, la « Haitian Artists Assembly of Massachusetts », en collaboration avec des officiels de la ville de Boston, lui rend le plus grand hommage pour ses 30 ans de lutte et d'engagement sur la scène culturelle défendant le nom d’Haïti. Une trentaine de trophées lui ont été décernés ainsi qu’un certificat signé du maire consacrant la date du 22 Novembre comme le « jour de Carole Demesmin ».

Le 12 janvier 2010, la vie de Carole bascule. En effet, son île est terriblement frappée par un séisme ayant dévasté les vies et les biens de plusieurs centaines de milliers de ses compatriotes. L’immense médiatisation de cette tragédie ainsi que les mouvements d’aide arrivant de tous les secteurs venus de l’extérieur n’ont pas empêché Carole de s’investir corps et âme pour un autre combat. Elle convainc des grands groupes financiers d’investir en Haïti afin de reconstruire le pays et d’en faire un pays attractif pour les touristes. Lors d’une tournée européenne l’année suivante, elle contacte différents organismes ainsi que des gens issus de la diaspora haïtienne pour les convaincre d’investir en Haïti.

Jusqu’à aujourd’hui, Carole Démesmin aura consacré sa vie à la défense de la culture de son pays et aura travaillé ardemment à la sauvegarde des valeurs traditionnelles haïtiennes. Elle est d’ailleurs impliquée dans diverses associations. Par exemple « Ti Moun Lakay », qui s’implique dans la création de centres pour jeunes en vue de reconstruire un espoir culturel dans chaque grande ville en utilisant l’art moderne comme outil d’éducation et en utilisant des chansons africaines, la danse haïtienne et les proverbes Vodou comme thème principal pour reconnecter les jeunes à la culture haïtienne. 

Le Mouvement Écologique National (MEN). Supportée par un groupe d'agronomes dont l’ingénieur agronome Joseph Felix, ce mouvement était dédié à la défense de l’environnement via les étudiants universitaires et les fermiers dans une collaboration nationale avec les agents du ministère de l’agriculture haïtien. Des suggestions de festivités devaient être organisées chaque mois de mai par le ministère de la Culture avec les étudiants qui pour l’occasion réunissaient des arbres à fruits pour leurs écoles afin de les utiliser pour faire refleurir leur région. Enfin, Carole est évidemment toujours active dans l’éducation permanente à travers le « Kole Zepol Pou N Sove Kilti Lakay », qui fut créé pour promouvoir la nouvelle vague de musique traditionnelle « RACIN » en encourageant les jeunes musiciens à s’inspirer du répertoire Vodou pour créer un style de musique unique, influencé par la riche variété des sonorités africaines laissées par leurs ancêtres et la promouvoir au sein de la diaspora haïtienne à travers le monde.

Malgré son agenda surchargé, elle se permet cette année de sortir son cinquième album : Lakay Se Lakay.
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