Fiche Personne
Chanteur/euse Auteur-compositeur/trice

Lounis Ait Menguellet

Algérie

Français

KATEB YACINE disait de Aït Menguellet:’Il est incontestablement notre plus grand poète.’
Aït Menguellet (55 ans) est un pur produit du terroir kabyle. Troubadour, chanteur-compositeur, il perpétue cette tradition orale des montagnes kabyles qu’a si bien mise en évidence le grand poète Si Mohand, décédé en 1906, et qu’a chantée Marguerite Taos Amrouche, soeur du poète Jean Amrouche, décédée en exil, en Tunisie.
Longtemps marginalisée, réduite à un genre mineur, la chanson kabyle, grâce à Menguellet, a renoué avec le fonds traditionnel berbère qu’a chanté avant lui Slimane Azzem, interdit d’antenne dans son pays durant plus de vingt-cinq ans.La puissance de ses chansons réside dans la qualité de ses textes, la force du verbe et des mots.’La paix demande la parole: je suis contrainte de t’abandonner, pays pour qui j’ai l’âme en peine/ Ils m’aiment en me comparant à une perdrix/ Belle quand je leur sers de festin…’, dit l’un de ces textes. Ou cet autre, qui clame:’Nous avons chanté les étoiles, elles sont hors de notre portée/ Nous avons chanté la liberté, elle s’avère aussi loin que les étoiles’.
Le poète refuse l’étiquette de chanteur engagé.’Je préfère jouer mon rôle de chanteur et de compositeur’, affirmait-il récemment. En 1986, durant les années de plomb du parti unique en Algérie, Aït Menguellet – dont les chansons ont fait plus que mille discours sur la revendication identitaire berbère – a été mis en prison pour… trafic d’armes! En réalité, comme beaucoup d’Algériens, il possédait un fusil de chasse. La raison était autre. Menguellet dérangeait. Pour le pouvoir de l’époque, pour qui les Algériens ne sauraient être que des Arabes, Menguellet, en revendiquant le droit à la différence et à la reconnaissance de l’identité berbère dans des textes exprimés en images et métaphores, ne pouvait être qu’un élément subversif. Car même s’il s’en défend, ses textes contiennent cette dose de subversion nécessaire à la prise de conscience d’un peuple qui revendique son identité.


C’était en 1967, Lounis Aït Menguellet avait tout juste dix-sept ans quand il passa pour la toute première fois dans une émission radio. C’était alors « les Artistes de demain » assurée par Cherif Kheddam. Notre jeune poète y interpréta Ma trud (Si tu pleures). Celui qui avait l’habitude de chanter entre copains sous le clair de lune d’Ighil Bwammas, son village natal, devient, en quelques mois, cet idole qui bouleverse les coeurs. La transition vers la chanson engagée n’est pas aussi brutale qu’on le dit : l’ébauche de ce que sera plus tard son oeuvre est esquissée dès la première chanson Idaq wul (le Coeur oppressé).
Plus tard, il rouvre le dossier de l’amour pour le clore avec Tayri (l’Amour). Dans l’intervalle, il se livre à un jeu de mots dans la chanson Qim deg rebbi-w (Mets-toi sur mes genoux !) s’adressant en fait à sa guitare. Il donne le ton à partir de la chanson Ali d waâli (Fin des années 70) qui retrace l’itinéraire d’un despote. Son style ira en s’affirmant avec des chansons fondatrices comme Agu (le Brouillard), Tibratin (Missives)… Certains thèmes comme la fraternité, la désunion utilisés dans ces titres seront repris plus tard. A titre d’exemple, les allégories déjà sollicitées dans Lxuf (la Peur) en 1981-1982 reviennent dans son dernier album. Aït Menguellet a chanté divers thèmes qui confèrent à sa poésie la totalité qui lui vaut d’être apprécié par tout le monde













L’album contient six chansons et deux instrumentaux.Sur le plan thématique, il n’y a pas réellement de nouveautés, car l’artiste ne fait qu’attirer l’attention des gens sur leur vécu et interpeller leur conscience. C’est déjà une mission et je ne me crois pas capable d’apporter les solutions aux problèmes », ajoutera-t-il.Néanmoins,la grande nouveauté du produit, c’est la place importante accordée à l’instrumentation. Celle-ci est confiée à Djaffar Aït Menguellet, fils du chanteur, « qui a taillé un bel habillage musical aux textes », reconnaît Lounis. Lounis Aït Menguellet avouera que cela lui a pris plus de 3 ans pour produire l’album. « La composition d’une chanson, texte et musique, prend seulement le temps de l’écriture. C’est très rapide, mais ça ne m’arrive pas souvent. C’est un don de Dieu et j’en suis heureux. C’est l’inspiration qui commande mes créations et c’est pour cela que je me qualifie de chanteur provisoire, mais ça dure depuis 1967 », dira-t-il. Il ajoutera qu’il n’était pas un chanteur engagé par vocation, ni un analyste politique. « Je suis un artiste qui observe ce qui se passe autour de lui, et je m’exprime selon ma sensibilité »