Politique et poétique de l’édition

En rendant accessible au grand public les travaux de grands auteurs guyanais, la nouvelle collection Orénoque publiée par les Editions du Manguier vise à combler un manque.

«  En Guyane, on trouve de nombreuses publications en direction de la jeunesse (contes, documentaires animaliers, …) ou pour un public averti (universitaire). Dans l’entre-deux, peu est proposé en matière documentaire » explique Monique Dorcy, co-auteure du premier ouvrage de la nouvelle collection des Editions du Manguier, Orénoque, lancée en septembre 2016. C’est le constat de ce vide qui a poussé cette documentaliste fraîchement retraitée de l’éducation nationale et Lydie Ho-Fong Choucoutou, enseignante d’histoire-géographie, à se lancer dans cette aventure éditoriale. Initiée par deux actrices du monde de l’enseignement guyanais, cette démarche propose aux élèves et étudiants de ce DOM amazonien des ouvrages richement illustrés, didactiques et accessibles, concernant des personnalités guyanaises absentes des manuels scolaires nationaux.

Hommage à Damas

C’est une biographie de Léon-Gontran damas, le poète guyanais de la négritude, qui ouvre le bal. « Contrairement à Senghor et à Césaire pour leur pays respectif, Damas est mal reconnu par le guyanais lui-même. Il nous semblait intéressant d’en faire un portrait, le plus juste possible, et de livrer aux jeunes l’histoire de cet homme » explique Monique Dorcy. Le titre de la collection Orénoque est d’ailleurs un clin d’oeil à l’oeuvre de Damas, qui fait référence au fleuve vénézuélien dans son recueil Black-Label. « Sans nier la portée du mouvement littéraire de la Négritude qu’il a créé avec ses deux compagnons de route, il ancre son projet et son poème dans l’Amérique latine » analyse Monique Dorcy. Créole et sous influence caribéenne mais également fermement ancrée sur le continent sud-américain : une situation toute guyanaise. Ce sont justement ces réalités guyanaises vues à travers le prisme de la littérature qui animeront les ouvrages à venir. Les deux prochains livres porteront sur le poète guyanais Elie Stéphenson et le roman guyanais Atipa, première oeuvre littéraire à être publiée en créole guyanais en 1885. « Les auteurs avaient ce projet pour les personnes de Guyane qui sont oubliés de l’édition. Cela correspond donc à une attente » argumente Claude Tsao, leur éditeur, qui n’a pas hésité à les accompagner dans ce projet. Il s’inscrit en effet dans la continuité des objectifs des Editions du Manguier créées en 2008, à savoir combler des manques. « On parle des soldats africains, des tirailleurs sénégalais, mais on ne parle pas des antillais dans les deux guerres mondiales » relate pour exemple Claude Tsao. Cet ancien informaticien, aujourd’hui à la retraite, fait ses premiers pas dans l’édition avec « un petit groupe de guadeloupéens qui avait un projet d’ouvrages concernant le 11 novembre « . Depuis, le fonds s’est diversifié pour s’intéresser « aux auteurs caribéens, parfois relégués par les maisons d’édition « . Dont certains ont été couronnés de prix, à l’instar de l’auteure guadeloupéenne Gerty Dambury lauréate du Prix Carbet pour Le rêve de William Alexander Brown, paru en 2015. Les Editions du Manguier restent toutefois une petite structure, où Claude Tsao, l’unique éditeur, mène un travail bénévole. « Chaque publication doit s’autofinancer, j’attends donc que les stocks soient écoulés pour faire un autre tirage ». Une commande initiale de la Collectivité territoriale de la Guyane de 120 exemplaires a ainsi permis d’éditer l’ouvrage sur Léon Gontran Damas, tiré à 300 exemplaires, et en vente à 12 euros.

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© Lydie Ho-Fong (c) DR
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