Pour un nouveau type d’acteur

Entretien de Hassouna Mansouri avec l'acteur Ibrahima Mbaye

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Vous avez été sélectionné dans trois films présentés au Fespaco de 2009 : Les Feux de Mansaré, de Mansour Sora Wade, l’Absence de Mama Keïta et Ramata de Léandre Alain-Baker. Cela fait trois tournages la même année ?
La même année, oui.
Cela fait de vous l’acteur africain le plus demandé du moment. Comment le vivez-vous ?
Écoutez, je suis un petit acteur de mon pays, le Sénégal. Et voilà. Les choses ont coïncidé. Ce n’est pas un hasard, c’est le choix de chaque réalisateur. Je ne suis pas le meilleur chez moi ; je ne suis pas non plus le meilleur acteur africain de mon âge. Non, c’est simplement que je suis convaincu de ce que je fais et que certains réalisateurs s’en sont rendus compte.
Comment êtes-vous venu au métier d’acteur ?
J’ai fait une formation à l’École des Arts du Sénégal et, présentement, je suis depuis dix ans à la Troupe Nationale Dramatique, donc je travaille dans une certaine constance. J’ai découvert le monde du cinéma en 1993 avec Moussa Sene Absa dans son long-métrage Ça twiste à Popinguine. Tout de suite après, j’ai épousé ce métier. Je suis d’abord allé apprendre et je continue encore à apprendre
Dans les trois films, vous jouez toujours le rôle d’un jeune Sénégalais moderne. Votre profil correspond donc à l’Africain moderne.
Eh bien, je le suis, et puis les sujets des trois films aussi sont modernes. Avec, bien sûr, des visions différentes.
Vous discutez du rôle avec les réalisateurs ?
Oui, on parle de tout. Ce sont des collaborations très saines. C’est une confiance mutuelle et je fais de mon mieux pour véhiculer le message du réalisateur à travers le personnage que j’incarne.
Pensez-vous qu’on puisse vivre du métier d’acteur en Afrique ?
Oui, je le crois. Et si les réalisateurs se mettent à faire des films avec des acteurs vraiment impliqués, je crois que ça peut aller loin dans la perspective d’un nouveau type d’acteur moderne africain.
Avez-vous envisagé la mise en scène ou la réalisation ?
Pour l’instant, je joue. Je me suis fixé un objectif. Je pense qu’à 50 ans, je pourrai. Là, pour le moment, j’apprends.
Le théâtre vous aide-t-il dans votre métier d’acteur de cinéma et vice-versa ?
Pour moi, le théâtre c’est la base d’un acteur. Mais l’acteur n’est pas obligé, n’est-ce pas, de faire du théâtre. Il y a des acteurs de profil comme on dit, des acteurs-nés. Tout ça, c’est des appellations. J’ai eu l’expérience de me frotter à des gens qui n’ont jamais fait de théâtre et qui sont bien, qui dégagent, qui ont une gueule. Mais j’ai aussi travaillé avec des comédiens professionnels qui ont fait du théâtre et qui sont extraordinaires. Donc, pour moi, c’est une question de choix. Je pense que si un réalisateur porte son choix sur un balayeur de la rue pour lui donner un rôle de ministre dans son film, un rôle principal, je pense qu’il a ses raisons. Avec une bonne direction d’acteurs, ça peut faire quelque chose… Mais par rapport à l’actoring ici en Afrique, je pense qu’il y a beaucoup à faire. Mon ambition est d’y contribuer au Sénégal :je suis en train de monter un Actor Studio africain qui pourrait sélectionner des gens et qui pourrait produire aussi des films. Mais pour l’instant, j’en suis à la formation, c’est-à-dire qu’on va chercher ensemble des professeurs du monde entier, de toutes sensibilités, qui pourraient nous propulser encore davantage… Qui pourraient faire de nous des acteurs révélés.
Vous n’avez pas suivi d’études à l’étranger.
Non.
Vous voulez donc reproduire ça et former les gens sur place.
Effectivement. Et plus encore. C’est mon souhait. Je pense qu’aussi bien le Fespaco ou les autres structures cinématographiques d’Afrique adhèreront à cette initiative. Nous, nous avons appris en Afrique et nous continuons d’apprendre. Nous avons eu également la chance d’avoir des profs belges, des profs français qui nous ont apporté leur expérience, leur soutien pour ce que nous faisons. Parce que pour moi, l’essentiel maintenant, c’est de parler d’acteur. Mais pas d’acteur américain, ou français, ou africain. L’acteur, c’est l’acteur. C’est la personne. On peut être de cultures différentes mais la communication entre deux personnes, elle passe tout de suite. Et quand Mansour parle de nouveaux types d’esthétique, effectivement, l’esthétique c’est la sensibilité, pour moi. La sensibilité de chacun, donc… Aussi bien qu’on est libre de créer une nouvelle esthétique dans un film, l’acteur aussi, si on le lui permet bien sûr, est libre de créer une nouvelle vision d’acteur, un nouveau « type ». Qui soit moderne, qui soit universel.
Est-il important pour vous de remporter un prix d’interprétation ?
Je suis optimiste. Mais je crois à l’Afrique, je crois à son cinéma et je pense que c’est l’Afrique qui gagne toujours.

interview réalisée au Fespaco de Ouagadougou, mars 2009
transcription Maud Blachier///Article N° : 8824

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