Punishment Park (1971)

De Peter Watkins

Petite parano pour grandes idées
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PunishmentPark est un faux documentaire réalisé aux Etats-Unis en 1971 alors que les objecteurs de conscience, les Black Panthers ou les Chicanos font trembler dans les chaumières. Dans un camp californien, un groupe de jeunes militants est jugé pour trahison. Certains laissent un avocat commis d’office tenter de faire valoir les principes fondamentaux inscrits dans la constitution, selon lesquels chaque citoyen américain a droit à la vie, la liberté et la recherche du bonheur. La plupart se défendent eux-mêmes, avançant des arguments stériles face au profond mépris du comité, un mépris parfaitement mutuel.
Les procédures judiciaires sont creuses, les formulations hypocrites, les points de vue absolument sincères, au point de se demander si un procès politique n’est pas par nature injustifié. Des deux côtés, les discours sont extrêmes, caricaturaux, et pourtant chaque camp se reconnaîtra. Qu’on pense simplement aux récents documentaires de Michael Moore.
Cependant si l’on peut douter que la vérité soit uniquement tenue par les prisonniers, la violence des procédures relègue les puissants dans le camp de l’injustice. Impossible cette fois de ne pas penser à Guantanamo, aux laissés pour compte de l’ouragan Katrina, au passage à tabac de Rodney King ou au drame de l’université de Kent State, en mai 1970, où plusieurs étudiants ont été tués par les gardes nationaux lors d’une manifestation pacifique. Punishment Park, bien que dystopique, est très fortement ancré dans son contexte historique.
Le procès se conclut par de lourdes peines de prison, suspendues si les accusés acceptent de passer trois jours à Punishment Park. Leur mission : atteindre un drapeau américain à 80 kilomètres de distance dans le désert. Ils ne savent pas à quoi ils s’engagent, ni qu’ils évitent ainsi au gouvernement de leur trouver une cellule dans les prisons surchargées. Encore un détail qui renvoie à la réalité américaine d’aujourd’hui.
Ce film étonnant, dont l’économie de moyens renforce l’efficacité, parvient à imbriquer tant de questions toujours d’actualité, depuis l’inégalité de la répartition des richesses à la manipulation des soldats. Ainsi celui-là pleure alors que ses supérieurs sont ravis qu’il ait provoqué une tuerie.
Peter Watkins fait-il de l’antiaméricanisme primaire ? Le film n’est jamais sorti aux Etats-Unis parce que venant d’un Anglais, il a été perçu comme tel. C’est certainement une façon (d’aucuns diraient primaire) de voir ce film qui s’attaque plutôt aux abus de pouvoir en tout genre et refuse de compartimenter les combats à mener vers le progrès politique et social. La même année, Melvin Van Peebles faisait exploser les écrans avec Sweet Sweetback’s Baadassss Song, un film anti-flic qui se termine aussi dans le désert, à racler les fonds de budget. Punishment Park ne défend pas une cause spécifique, n’est pas centré sur une communauté ; c’est un film inclassable, qui laisse perplexe.
Convaincant ? Non, simplement provocateur.

Distribution française Shellac. Sortie USA New Yorker Video et Project X Distribution///Article N° : 6658

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