Sidewalk Stories de Charles Lane

Un souffle artistique au réveil des cinéastes noirs américains

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Film de et avec Charles Lane (l’artiste) et Tanya Cunningham (sa fiancée) datant de 1989, Sidewalk Stories sort en version restaurée sur les écrans français le 9 octobre, occasion exceptionnelle de voir ou revoir un film essentiel.

En 1989, tout le monde parle de Spike Lee qui signe Do The Right Thing et qui par son succès, contribue à l’ouverture d’Hollywood aux cinéastes noirs américains à succès que seront John Singleton (Boyz ‘N The Hood fait un tabac en 1991), Mario Van Peebles (New Jack City la même année) ou les frères Hughes (Menace II Society en 1993), avant les succès de la fin des années quatre-vingt-dix de George Tillman Jr. (Soul Food, Les Chemins de la dignité) et dans les années 2000 de Tim Story (Barbershop) ou Antoine Fuqua (Training Day). On ne compte plus aujourd’hui les réalisateurs noirs à Hollywood, non pas qu’ils soient si peu nombreux mais plutôt parce qu’à de rares exceptions près, on ne les reconnaît plus toujours. De blockbusters (2 Fast 2 Furious) en film de superhéros (Les 4 Fantastiques), les réalisateurs noirs américains ne font plus toujours des films reflétant de manière directe leur appartenance à la communauté noire.
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le succès de Spike Lee n’ait pas donné lieu à la plus grande visibilité de cinéastes qui, comme lui, cultivaient un esprit indépendant et surtout, non commercial. On pense tout de suite à Killer of Sheep de Charles Burnett, récemment ressorti en DVD et dont le réalisateur n’a pas su s’adapter à Hollywood. Il en sera de même pour Charles Lane dont le petit OVNI de 1989, Sidewalk Stories, se fait remarquer à sa sortie pour sa poésie nostalgique du cinéma muet. Charles Lane signera très vite avec Touchstone Pictures pour un deuxième film, True Identity (1991), qui se révèle un cauchemar en production et un fiasco commercial. C’en est fini des grosses productions pour Charles Lane, qui pourrait cependant refaire parler de lui avec deux films en production, annoncés pour 2014 (une biographie de Grandison Harris, Resurrection Man, et une comédie, Lady Be Good). En attendant, on ne peut que se réjouir de découvrir la version restaurée de Sidewalk Stories, dans les salles de cinéma le 9 octobre 2013.
Sidewalk Stories a surpris par son style, en hommage direct aux films de Chaplin : un artiste sans le sou recueille une petite fille dont le papa est assassiné sous ses yeux. Avant de retrouver la mère et de la séduire par son charme désinvolte, il doit s’assurer de subvenir aux besoins de l’enfant, alors qu’il y parvient difficilement pour lui-même. Si le scénario ne suffisait pas à rappeler Le Kid, le cinéaste choisit le noir et blanc et le muet (bien que quelques dialogues percutent la bande-son, sans crier gare).
Le charme de ce film âgé de plus de vingt ans est intact, certainement de par ses qualités propres, mais aussi certainement car ayant assisté au succès éphémère de la blaxploitation des années soixante-dix, à l’impact de Spike Lee, au succès commercial de John Singleton ou de Lee Daniels, le cinéma noir indépendant reste toujours aussi fragile, rare, et beau. Car il est toujours vivant, comme en témoignent Medicine for Melancholy (2008) de Barry Jenkins ou Tango McBeth (2012) de Nadine Patterson. Ces deux cinéastes expérimentés et expérimentaux franchiront-ils bientôt les portes d’Hollywood ? Et alors tout comme leurs prédécesseurs, à quel prix ?

///Article N° : 11827

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