Siraba, la grande voie

D'Issa Traoré de Brahima

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Un gouverneur a perdu son fils et pense qu’il a été assassiné dans le village où il était instituteur. Les villageois affirment que c’est l’esprit du boa qu’il avait tué qui a fait le coup… Pour se venger, il fait passer la nouvelle route par le bois sacré du village, où se trouve l’arbre aux fétiches… Magie du cinéma : les personnages apparaissent et disparaissent à souhait, jouant à cache-cache avec les autres acteurs. Pour les enfants, ça fonctionne à tous les coups. Les forces cachées sont ainsi bien réelles, et pas seulement animistes puisqu’un signe de croix permettra au prêtre catholique de démarrer sa 2CV… But affiché du film : inciter à prendre en compte les comportements culturels qui font appel au surnaturel – « L’Afrique n’est pas morte. Elle vit toujours dans ses mystères, loin de nous les habitants des grandes villes », indique le film en conclusion.
Un couple d’enfants a ainsi la faculté de se déplacer partout et même de survoler le paysage. Il retrouvera finalement le fétiche perdu, tandis que l’exode du village est inéluctable. C’est en effet en essayant de comprendre pourquoi un village a été abandonné par ses habitants que Traoré a élaboré ce film, son premier long métrage après notamment Gombélé qui mettait en scène les mésaventures d’un jeune albinos.
Le problème est que c’est fait de bric et de broc, bourré de clins d’œil au spectateur puisés dans le burlesque du cinéma muet (quand ça ne rappelle pas l’image du Noir dans le cinéma américain…). La peur fait fuir les personnages ou leur fait faire dans leur culotte… C’est atterrant : on voit ce type de cinéma régresser au lieu d’apprendre de ses aînés. Pour ne pas chercher plus loin, le Laada de Drissa Touré qui évoquait les mêmes thèmes était ainsi largement supérieur en thématique, narration et technique du plan. L’évocation d’une puissance occulte n’est ici que prétexte à rebondissements et sa signification pour le monde parfaitement occultée : un enfant initié dira ainsi à son copain que « si tout le monde a le secret, tout le monde est fort et que si tout le monde est fort, tout le monde est faible ». Restons faibles donc en attendant qu’on veuille bien nous prendre pour des adultes.

///Article N° : 2894


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