Tous les autres s’appellent Germain, Sam’s K., Ebou, Hadiza, Seri, Adama…

Entretien de Marian Nur Goni avec Anaïs Dombret

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Au cours de cette interview, la photographe Anaïs Dombret revient sur le projet « Mon Faso », un webdocumentaire disponible sur Internet qu’elle a créé avec le réalisateur Sylvain Pioutaz et qui donne à voir le portrait de six personnes issues de la société civile au Burkina Faso, venus d’horizons divers et porteurs d’expériences différentes.

Vous présentez, sur le site du projet « Mon Faso » (1), le portrait de six citoyens burkinabè : un photographe (2) un journaliste radio (3), une femme au foyer (4), une étudiante (5), un responsable associatif (6), un chef cavalier (7)…
Comment avez-vous effectué le choix de vos sujets ?

Dès le départ, nous voulions donner une image positive du Burkina Faso en montrant qu’en Afrique aussi, il y a des gens qui font de hautes études, qui se battent pour leur liberté d’expression ou pour l’écologie.
C’est en effectuant beaucoup de recherches que nous avons décidé de parler de grands thèmes que l’on trouvait importants et intéressants à traiter à travers ces personnes. Comme nous ne voulions pas de fixeur sur place, l’organisation depuis la France n’a pas toujours été très facile, et certaines de nos rencontres ont été le fruit du hasard si l’on peut dire cela ainsi… Par exemple pour Hadiza, l’étudiante en médecine, nous étions en contact avec le directeur de l’école qui a choisi lui-même l’étudiante, mais pour Ebou, la femme au foyer, ou Séri, le responsable associatif, ces rencontres se sont faites lors de mon premier voyage au Burkina Faso.
Une fois avoir choisi les différents sujets et les personnes qui allaient les incarner, comment avez-vous procédé pour les prises de vue (vidéo notamment) : y avait-il un canevas préparé à l’avance et à suivre ? Quelle part laissée à l’improvisation dans ce projet ?
Nous avons beaucoup réfléchi à la cohabitation de la vidéo et de la photographie. Nous nous sommes dit que certaines images se prêteraient beaucoup plus en vidéo qu’en photo et vice versa. Nous avons écrit des synopsis comme on en écrit pour un film de fiction et donc, cette cohabitation photo-vidéo était pensée dans l’écriture du webdocumentaire. Mais, finalement, tout cela était un peu théorique ! Sur place, au moment du tournage, nous avons décidé par exemple qu’il était plus intéressant de filmer toutes les interviews (plutôt que de faire du son et des photos). C’était plus pratique et ça donnait, d’une certaine manière, de la vie au portrait.
Et puis, pour le reste, c’était plutôt au « feeling » : avec Sylvain Pioutaz, on parlait
chacun de nos envies sur le moment et de comment on voyait certains plans ou certaines séries de photographies.
Quels aspects du pays vous tenait-il à cœur de faire ressortir à travers ces reportages ?
Notre volonté était de parler d’un pays africain différemment de ce que l’on a l’habitude de voir dans les médias. On en avait un peu marre de ce misérabilisme ambiant où la place de l’Afrique n’est là que pour montrer les guerres de pouvoir, la famine et cetera.
Nous voulions aborder différents aspects du pays, autant pour la modernité que pour le côté traditionnel, qui lui sont propres.
Lors de mon premier voyage, j’avais été frappé par la quantité de travail réalisée par les femmes et la fierté des hommes à vanter le fait que le 8 mars, jour de la fête des femmes, était important dans le pays. J’avais très envie de revenir et de réaliser un reportage sur ce sujet. Nous étions donc chez Ebou, à Boromo, pour le 8 mars mais, finalement, cela ne ressort pas du tout dans le reportage car même si les hommes nous ont effectivement faits à manger ce jour-là, la réalité est tout autre. Et c’est ce que j’aime aussi dans ce portrait : on est parti avec nos idées préconçues, très occidentales : on aurait aimé qu’Ebou se lâche et critique sa situation mais, finalement, elle nous fait comprendre que pour elle, c’est normal et qu’elle n’a pas envie de changer sa place en tant que femme.
Pouvez-vous nous parler du choix du webdocumentaire qui allie photographie, vidéo et son ?
Le fait que « Mon Faso » soit un webdocumentaire nous donnait une liberté.
D’abord, d’un point de vue narratif puisque nous ne voulions surtout pas de voix off afin de donner entièrement la parole à nos portraits. Cela nous permettait aussi de pouvoir ajouter des informations sur le pays et des « bonus » tout en laissant le choix aux gens de les regarder quand ils le souhaitent.
Etant photographe et Sylvain Pioutaz réalisateur, il nous a semblé évidemment de mélanger nos médiums. Nous avons réfléchi et travaillé à ce que les deux se complètent et s’enrichissent l’un et l’autre.
Quels sont vos projets pour le futur ? Est-ce que ces portraits pourront connaître d’autres modalités pour être vus, au-delà de leur accès sur Internet ? Prévoyez-vous de prolonger ce projet multimédia en réalisant d’autres portraits au Burkina ou bien en travaillant dans d’autres pays africains ?
Nous souhaitons proposer ce travail dans des festivals sous forme de projection et d’exposition. Et nous voudrions organiser une grande et belle soirée autour de différents projets sur l’Afrique de l’Ouest avec de la musique, des expos et des projections.
D’autre part, une association burkinabè nous a proposé de faire des portraits de ses collaborateurs dans le même esprit que « Mon Faso ». Ils sont en train de rechercher des financements pour cette réalisation.
Et puis, avec Sylvain, nous voulons bien sûr continuer à travailler ensemble dans cette voie, même si nos prochains projets ne sont pas encore vraiment définis pour le moment.

1 : Pour visionner le site du projet :[ici]
2 : Germain Kiemtoré, qui est l’auteur de plusieurs séries présentées sur le site d’Afriphoto. Voir : [ici]
Il a publié également son travail dans la collection Afriphoto (coffret n. 3, livret n. 12).
3 : Sam’s K.
4 : Ebou.
5 : Hadiza.
6 : Seri.
7. : Adama.
///Article N° : 10050

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Les images de l'article
Sam's k anime son émission de reggae sur Ouga FM à Ouagadougou. © Anaïs Dombret
Germain dans son studio photo à Ouagadougou. © Anaïs Dombret
Ebou, femme au foyer, va chercher l'eau à la pompe à Boromo. © Anaïs Dombret
Hadiza, étudiante en médecine, est en cours pratique dans son école à Bobo-Dioulasso. © Anaïs Dombret
Hadiza, étudiante en médecine révise ses cours chez elle à Bobo-Dioulasso. © Anaïs Dombret
Ebou, femme au foyer, va chercher l'eau à la pompe à Boromo. © Anaïs Dombret
Adama, chef cavalier, prépare son cheval pour se rendre au festival hippique de Barani. © Anaïs Dombret
Germain dans son studio photo à Ouagadougou. © Anaïs Dombret
Séri, président de l'association La Voute Nubienne, fait visiter sa maison à Boromo. © Anaïs Dombret




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