[Zoom] Eddy Paye, l’artiste tembeman

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Eddy Paye est un artiste habitant le village saamaka de Kourou et pratiquant l’art bushinenge du tembe. Il a installé son atelier dans la partie ndjuka du village, le peuple bushinenge dont il fait partie. Rencontre avec un art et son histoire.

Pour l’association Mama Bobi de Saint-Laurent du Maroni qui possède une collection de tembe peints, le mot viendrait de « ten » le temps et de « membe » la conscience. D’autres y voient la trace du mot anglais  « timber », bois, premier support des entrelacs du tembe. Quoiqu’il en soit, le tembe est porteur d’information. Messages d’amour, de séduction, conseils de vie… Les motifs qui le composent forment des messages pour qui sait les lire.

Le tembe, un art bushinenge 

Six peuples descendant d’esclaves rebelles ayant fui les plantations de la colonie hollandaise du Suriname composent les Bushinenge. Le tembe est intrinsèquement lié à leur histoire de marronnage et de résistance à l’esclavage. « En constituant de façon créative sur la base de leur passé commun, les premiers Marrons ont synthétisé les principes esthétiques africains, les ont adaptés et ont remodelées des arts nouveaux bien que organiquement liés à ce passé » écrivent les anthropologues Richard et Sally Price dans Les Arts des Marrons.

 « J’ai l’impression que quand je fais un tembe sur le fleuve, ça a plus de valeur »

Le tembe, prisé par les consommateurs, est devenu une source de revenus pour les tembeman. En Guyane, on retrouve ses motifs tortueux des paréos de plage aux exercices de géométrie des collégiens.

Les artistes bushinenge distinguent généralement une production vernaculaire, utilisée dans les villages sur les fleuves et une production destinée à la vente, façonnée par les goût des acheteurs. « Les artisans sont confrontés à un goût, à une esthétique de référence, qui est celle de commanditaires à 90 % européens » explique Patrick Lacaisse, artiste plasticien et fondateur du CARMA (Centre d’art et de recherche de Mana) où sont notamment exposés des pièces d’artistes bushinenge.

Les évolutions du tembe

Initialement, le tembe était pratiqué en sculpture (koti tembe). Ses entrelacs caractéristiques étaient gravés dans le bois des pagaies, des pirogues, des plats à vanner le riz… Puis à partir des années 1940 s’est développé le tembe peint (ferfi tembe) avec l’usage de peintures industrielles. Quant aux supports, ils se diversifient d’années en années.

« Je peins sur tout ! »

Chez les marrons, la situation créatrice est partagée par tout un chacun. Tout le monde est artiste, esthétise son habit, son canot… C’est une situation rarement atteinte ailleurs dans le monde” décrivait Patrick Lacaisse dans un entretien accordé lors de l’ouverture du CARMA en octobre 2014.

Pour Mama Bobi, « le Tembe exprime enfin ce que le marronnage a découvert de facto : le fruit réel de la liberté recouvrée, une récompense insoupçonnée : le goût du Beau ».

 

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