Fiche Personne
Musique Littérature / édition Poésie / Conte

Markunda Aurès (Markunda Awras)

Chanteur/euse, Ecrivain/ne, Compositeur
(Femme)
Algérie

Français


Markunda Aurès ou Markunda Awras (en arabe : ماركوندا أوريس), de son vrai nom Meriem Mebarki, née le 22 avril 1948 à Merouana, dans la wilaya de Batna en Algérie, est une chanteuse et auteur d’expression chaouie.



Markunda Aurès naît en 1948 à Merouana, dans la tribu des Aït Soltane,  dans les Aurès, région montagneuse de l’est algérien réputée pour ses paysages rudes, ses traditions amazighes et son histoire de résistance. Elle grandit dans cet univers chaoui où la langue, les rites agraires, les chants féminins et les récits oraux structurent la vie quotidienne, et où les femmes jouent un rôle central dans la transmission de la mémoire collective. Enfant, elle est profondément marquée par les chants des femmes, qui accompagnent les travaux des champs, les fêtes, les mariages et les moments de deuil, et elle développe très tôt une sensibilité particulière pour ces voix qui portent à la fois la joie, la douleur et la dignité de son peuple. Le nom même de Markunda renvoie à son lieu d’origine et à sa tribu, désignant, selon un texte de présentation de son œuvre, une personne issue d’une terre de « glace et de feu », image qui résume à la fois la rudesse du climat aurésien et l’intensité des passions qui traversent cette société montagnarde. C’est dans cet environnement, entre mythes, symboles et histoires de résistance, qu’elle forge son rapport à la langue chaouie, à la musique et à la condition des femmes.



Psychologue de formation, Meriem Mebarki poursuit des études supérieures et, en novembre 1971, quitte l’Algérie pour s’installer à Paris afin de suivre un cursus en psychologie. L’exil marque un tournant décisif dans sa trajectoire personnelle et artistique : la distance avec son pays et ses montagnes d’enfance fait surgir un besoin impérieux de retrouver, sauvegarder et réinventer la mémoire dont elle se sent dépositaire. À Paris, elle commence à composer, à collecter et à « restaurer » des chants oubliés du patrimoine chaoui, en écoutant des centaines de chansons et de contes, et en s’efforçant de les inscrire dans une forme contemporaine qui reste fidèle à leur esprit originel. Cette démarche patiente et exigeante s’inscrit dans une double volonté : d’une part, préserver une tradition menacée par l’urbanisation, l’acculturation et l’oubli ; d’autre part, donner une place centrale à la voix des femmes aurésiennes, longtemps marginalisée dans les récits officiels et les représentations dominantes. Loin des circuits classiques du show-business, elle construit peu à peu une œuvre discrète mais singulière, où la psychologie, la mémoire et la musique se nourrissent mutuellement.



Sur le plan musical, Markunda Awras s’impose comme une auteure-compositrice-interprète d’expression chaouie, profondément enracinée dans la tradition mais ouverte à des formes d’actualisation et d’expérimentation. Elle publie sa première cassette ou premier album au milieu des années 1980, en 1986 selon certaines sources, et se voit rapidement reconnue au sein du public amazighophone des Aurès et de la diaspora. Ses chansons abordent la vie quotidienne, l’amour, la nostalgie du pays (Thamurth), l’histoire et les fractures vécues par son peuple, dans une langue chaouie rythmée, poétique et souvent incantatoire. Elle sort au total quatre albums et proche d’une centaine de titres, parmi lesquels Anzar, Aghenja ou Si Melmi Ntough, qui deviennent des morceaux emblématiques de son répertoire et des références pour les amateurs de musique chaouie. Dans un texte de présentation d’un de ses disques « Chants De Femmes Des Aurès », on souligne combien elle prolonge la tradition des chants féminins tout en composant ses propres pièces, créant un pont entre la mémoire ancestrale et la modernité musicale.



La carrière de Markunda Awras connaît un moment particulièrement symbolique en 1988, lorsqu’elle se produit sur la scène de l’Olympia à Paris, événement rare pour une chanteuse d’expression berbère, et plus encore pour une artiste chantant en chaoui. Cette apparition traduit à la fois la reconnaissance d’un parcours artistique original et la visibilité nouvelle accordée aux musiques dites « du monde » issues du Maghreb et des diasporas. Pourtant, sa trajectoire reste en marge des grands circuits commerciaux : vivant en France, refusant les compromis avec le show-business et souffrant, comme beaucoup d’artistes algériens de sa génération, du piratage et de la mauvaise distribution de ses cassettes en Algérie, elle demeure une figure respectée mais peu médiatisée. Certaines chroniques décrivent son rapport à la scène et à la création comme celui d’une artiste de contrastes, à la fois profondément enracinée dans la ruralité aurésienne et pleinement insérée dans les milieux intellectuels et culturels de la capitale française. Dans l’histoire de la musique chaouie, son nom est souvent mentionné aux côtés d’autres voix féminines comme Houria Aïchi ou Dihya, qui ont elles aussi contribué à faire entendre, sur la scène nationale et internationale, la richesse des chants des Aurès.



Au-delà de la chanson, Markunda Awras développe une œuvre littéraire qui prolonge et approfondit sa réflexion sur la mémoire, l’exil et la place des femmes. En septembre 2012, elle publie aux éditions Thélès un roman autobiographique, « Si on te nie, la mort t’oublie », qui condense sa devise intime : si l’on efface ton existence, si l’on nie ta parole, c’est la mort elle-même qui, paradoxalement, t’oubliera, comme si l’oubli devenait une seconde mort. Dans ce récit, écrit dans une langue sobre, poétique et dépourvue de plainte ostentatoire, elle revient sur son propre parcours, celui d’un départ, d’un déracinement et d’un long silence intérieur transformé peu à peu en chant puis en écriture. Le livre tisse sur quatre générations une mémoire familiale intriquée à l’histoire nationale : la guerre d’indépendance, les bouleversements culturels, la modernisation brutale et les exils successifs qui affectent les Aurès et l’Algérie tout entière. Elle y rend hommage à la lignée de femmes dont elle est issue – Dihya, Massika, les femmes de son clan – présentées comme des figures belles, rebelles, gardiennes des danses anciennes (les Azriates) et de la cohabitation des langues berbère, arabe et française, qui, dans son enfance, se parlaient sans s’exclure.



La reconnaissance de Markunda Awras, bien que discrète, s’exprime à travers différents gestes symboliques et hommages. En 2017, la ville de Merouana, dans la wilaya de Batna, lui rend hommage lors d’une cérémonie qui souligne sa contribution à la musique chaouie et à la valorisation de la culture des Aurès ; à cette occasion, le groupe Iwal interprète notamment sa chanson Chacha, signe que son répertoire a été intégré au patrimoine musical local et repris par une nouvelle génération d’artistes. Des articles de la presse algérienne et de médias spécialisés insistent sur son rôle de passeuse de mémoire, la décrivant comme une voix « contre l’oubli », qui, par le chant et par l’écrit, refuse l’effacement des langues minorées, la marginalisation des femmes et la disparition des cultures montagnardes. Cette image de gardienne de la mémoire s’enracine aussi dans le regard que portent sur elle certains chroniqueurs aurésiens, qui voient en son œuvre un chantier patient de collecte, de sauvegarde et de réinterprétation d’un patrimoine oral menacé. Son nom apparaît également dans des synthèses sur la culture et l’art dans les Aurès, où elle est citée parmi les voix féminines qui ont trouvé leur place sur la scène nationale et internationale, aux côtés d’autres chanteuses chaouies.



Markunda Awras s’est ainsi imposée comme une figure singulière, à la croisée de la musique, de la littérature et de la mémoire, incarnant la persistance d’une voix aurésienne qui refuse l’oubli et continue, loin des projecteurs, de faire vivre la langue et les chants de son peuple.



https://www.discogs.com/artist/4772681-Markunda-Aur%C3%A8s





 



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