45 bavures indépendantes : Independence Way

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Plein de militaires dans les rues kinoises, plein de balles les unes en l’air et d’autres pas, des morts… Un destin comme un autre a l’occasion des 45 ans d’indépendance congolaise ? Tu parles !

Ils sont en train de sabler le champagne. Ils sont contents d’avoir gardé leur fauteuil et leur pouvoir…
Le 30 juin est passé, et il n’a pas été celui de leurs cauchemars. Car tout le monde leur avait promis la fin de leur règne, avec le fameux refrain 1 + 4 = 0.
45 ans d’indépendance !
Ils pensent l’avoir échappé bel, et pourtant ils ont commis beaucoup de bavures. Et puisque personne n’aime être pris ni pour un con, ni pour un idiot et encore moins pour un imbécile, on continue d’en parler dans les rues et dans les maisons kinoises.
J’ai passé cette  » fête  » d’indépendance loin de mon quartier de Bandal. J’étais vers l’université de Kin, le fameux Lovanium de nos pères.
L’avion que j’ai pris pour rentrer a Kinshasa une semaine avant le 30 juin était vide de monde. J’aurais eu des excédents de bagages que ce serait passé. Ça a été le plus reposant de tous mes voyages avec de l’espace en vrac pour piquer un somme éternel. Et le personnel de la compagnie était encore plus aimable que de coutume, de la gentillesse exposant infini !
J’ai pensé en souriant toute seule que ces sept ou huit heures de vol ressemblaient un peu aux dernières joies d’un condamné a mort, d’un candidat a la peine capitale :  » Avé César, celle qui va mourir te salue « .
A l’atterrissage, je retrouve l’odeur de ma ville, les mêmes tracasseries, qui tendent d’ailleurs à s’effriter – ça bosse dis donc les douanes congolaises -, à la sortie de l’aéroport et dans la grande  » Chine populaire  » kinoise, la commune de N’Djili, je retrouve les bruits de la ville, et je dis merde à haute voix à tous les diseurs de malheur qui peuplent le monde…
La semaine passe vite. Les riches qui n’ont pas eu de visa pour se barrer font des provisions en cascade, sous le regard ironique des pauvres, et les expats,  » paniqueurs «  ne pouvant quitter leurs postes, maudissent leurs supérieurs, le ciel et la terre pour le  » carnage  » qui va venir.
Les autres expats, les  » habitués  » du Congo – il y en avait avec moi dans l’avion du retour au bercail -, gardent le même sourire que le reste de la population et observent.
Je monte donc à Righini avant la  » fête nationale  » congolaise.
Vers minuit douze le 30, j’entends des rafales qui ressemblent à des coups de feu. Il n’y a pas d’électricité. C’est la nouvelle tendance de Kin et ça ne pardonne aucun quartier, aussi résidentiel qu’il soit…
Je m’y attendais, je suis équipée : une radio à piles, un téléphone crédité pour des appels, des numéros précis pour des infos. L’animateur sent bien qu’il doit rassurer tous et tout et nous apprend qu’un feu d’artifices était prévu à partir de minuit une minute dans des sites bien déterminés notamment la gare centrale en ville, vers l’aéroport et puis dans différents camps militaires.
Par contre, c’est bien de coups de feu qui me réveillent vers 8h le matin.
Je m’installe sur le balcon de la maison d’où j’ai une vue excellente des camions remplis d’étudiants, chantant et scandant des choses que je ne peux pas répéter…
J’arrive également à me faufiler chez les voisins qui ont une énième ligne de courant et peuvent brancher leur télévision. La débrouille à Kin c’est quelque chose !
Une chaîne, celle qui a été suspendue par la  » haute autorité des médias  » pour Dieu sait quelle raison, balance des images brutes de la manif avec le titre  » no comment « .
Ils n’ont dit que pendant trois jours que c’était un 30 juin tranquille et calme. Puis ils sont vite passés à autre chose, car il paraît que…
Oui, ici, la rumeur c’est quelque chose aussi. Donc il paraît que les hélicoptères qui sillonnaient la ville ce jour-là appartiennent à des  » amis du 1 + 4 « , et ces amis possèdent toutes les images de comment ça s’est passé : le monde qui a réussi a se mobiliser malgré les bouclages, les militaires qui ont tiré, ceux qui ont fait des descentes dans certaines chaînes qui balançaient ces images  » brutes  » pour  » embarquer  » certains journalistes et directeurs de programmation. Certaines scènes ont été vues par le tout Kin qui avait du courant, on a tout entendu en direct vu que les images en soi étaient du live. Et avec ces images des amis, ils ont compris qu’ils feraient mieux de se taire et de continuer leur bilan télévisé de deux ans de gestion collégiale, 1 + 4…
Leurs militaires ont tiré sur de pauvres gens qui ne demandaient qu’à manifester le plus pacifiquement possible. Pour dire leur ras-le-bol sur cette invention congolaise du 1 + 4, un président et quatre vice-présidents. Pour dire leur ras-le-bol sur deux ans de gestion durant lesquels il y a toujours des tueries, des viols et des vols à l’Est pour ne citer que là, et pas un semblant d’organisation d’élections libres et transparentes. Pour dire leur ras-le-bol à des gens qui les prennent pour les derniers des idiots.
 » Il n’y a eu que cinq morts sur… « , oui ? Sur combien de Congolais ? En 1960 on était 14 millions de Congolais, aujourd’hui on est à plus de 60 millions mais personne ne sait avec précisions combien… On est sur les recensements, on va le savoir bientôt ! Jésus aussi revient bientôt et les chrétiens l’attendent toujours depuis…
Ils pensent que c’est eux les vainqueurs puisque  » le peuple n’a pas suivi et ne s’est pas laissé manipuler « . Je suis en train de me demander vainqueur de quoi ? Et qu’est-ce que le peuple devait suivre ? Y a-t-il manipulation sur une personne qui revendique ses droits et des choses très basiques comme avoir un salaire décent pour prendre soin de sa famille et sauver ses enfants ? A-t-on besoin de se laisser manipuler pour des choses, on peut appeler ça injustices, qu’on vit au quotidien ? C’est qui qu’on veut à tout prix faire passer pour des cons, quand on sait qu’un fonctionnaire de l’Etat ne totalisera jamais en cinq ans le salaire mensuel des présidents, sénateurs et ministres de cette République… ?
Moi, ils me fatiguent tous  » sans exception « , et ceux qui pensent que le pouvoir leur appartient, et ces autres-là qui croient que le mot peuple sonne mieux dans leur vocabulaire qu’ailleurs !
Leurs militaires ont fait n’importe quoi. Des bavures ! Ça n’a pas empêché les gens de sortir manifester. Alors ils ont tiré à bout portant sur la population. Une maman, un jeune garçon, un bébé. Ces morts-là ne comptent pas pour eux…
Ils disent être choqués que les militaires aient utilisé de vraies balles. Mais il en a toujours été ainsi ici. Ils ont obéi à des ordres, alors puisque des têtes sont en train de tomber, les têtes des boucs émissaires, qu’on trouve celle de l’instigateur de qui est parti l’ordre de tirer.
Ce n’est pas juste.
C’est scandaleux.
J’en ai marre de vivre ici. J’en ai marre de voir ça. J’en ai marre de me taire. J’en ai marre d’être prise pour une idiote…

///Article N° : 3877

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© Bibish Mumbu




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