KiLLT – Les Règles du jeu, un dispositif pour transmettre le plaisir des mots

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Le concept de KiLLT – Ki Lira Le Texte ? - est imaginé par Olivier Letellier, directeur des Tréteaux de France, avec la collaboration de Camille Laouénan. Pas tout à fait du théâtre ni même un spectacle participatif, mais plutôt un dispositif qui peut être une expérience ludique et agréable pour les adultes et un formidable outil pédagogique d’aide à la lecture pour les enfants.

Le principe est le suivant : le lieu est défini à l’avance, suffisamment vaste pour que la scénographie puisse s’y déployer. Le comédien ou la comédienne se fait guide et devient une sorte de nocher qui permet à un petit groupe (idéalement une quinzaine de personnes) de traverser un texte. Pas vraiment un jeu théâtral, mais un véritable jeu de société et un travail préalable colossal pour réduire le texte à un format qui lui permettra de « tenir » en quarante-cinq minutes ou une heure, couper des scènes, en recomposer certaines autres, trouver pour chacune d’elles une idée et une scénographie, un déplacement dans l’espace, un lieu d’écriture, une manière de faire circuler la parole et distribuer ensuite chaque réplique sur cette variété de supports : panonceaux, feuilles déroulées, dépliées, réduites en boule, tissus, brique (!), affiches ou même au feutre sur la peau du comédien. Le tout rédigé en deux polices bien distinctes : un gris clair, moins lisible et dont la fonction est de s’effacer, puisque ce sont les répliques prises en charge par le « guide », des caractères en gras qui seront lus individuellement (ou collectivement, quand ils deviennent très gros) par l’ensemble des participants à tour de rôle. À la fin, on sort ému et heureux comme d’une lecture savoureuse ou d’une pièce de théâtre qui nous a pris aux tripes et on a presque l’impression de s’être fait de nouveaux amis.

Ici, le texte est de Yann Verburgh, la scénographie textuelle de Malte Martin, l’univers sonore d’Antoine Prost et la mise en scène d’Olivier Letellier, sauf que, pour corser encore le jeu, dans le cadre des Francophonies de Limoges, la pièce de Yann Verburgh, Les Règles du jeu, a été adaptée dans une version bilingue français-créole par Lolita Tergémina et Jean-Laurent Faubourg. Les deux comédiens qui se relaient pour faire traverser le texte, Chloé Lavaud-Almar et Nans Gourgousse assument en grande partie les dialogues en créole, mais le public, on l’aura compris, très actif, se prend au fur et à mesure à comprendre de mieux en mieux une langue qu’il ne connaît pas et à l’articuler joyeusement et à voix haute à l’adresse de ses camarades.

Dans la plus vieille ville des Pays-des-Guerres, deux enfants se rencontrent dans un paysage dévasté : Oldo et Nama. Ensemble, ils jouent. Mais à quoi peut-on bien jouer dans un monde réduit à néant, où la mort règne sans partage ? Un monde où les petites filles pour survivre ont intérêt à se cacher sous un costume de garçon ? À la guerre encore ? À la mort toujours recommencée ? Peu à peu, un miracle se produit, une forme d’apaisement les gagne, l’imagination peut tout et Nama et Oldo se laissent transformer par leurs jeux, ils se font bâtisseurs d’une ville nouvelle à laquelle ils donnent toutes les couleurs. Plus tard, devenus adultes, après qu’Oldo a été enrôlé comme enfant-soldat et alors que Nama a suivi des études d’architecture en souvenir de leurs jeux passés, leurs routes se croisent de nouveau à un check point. Un fusil entre eux deux. Nama, les bras ballants, le canon pointé sur la poitrine. De l’autre côté de ce fusil, les yeux endurcis et sombres, Oldo. Ce n’est plus un jeu, c’est la mort en vrai qui revient se glisser entre eux. La ville imaginaire qui a existé autrefois dans leurs têtes sera-t-elle un souvenir suffisant pour les sauver ?

« Quand nous avons imaginé KiLLT – Li Lira Le Texte – avec Camille Laouénan, nous sommes partis d’un constat simple et puissant, écrit Olivier Letellier : la lecture, surtout chez les jeunes, reste trop souvent un acte solitaire, scolaire, parfois douloureux. Alors que lire peut être un geste collectif, incarné, joyeux, actif. »

Le moins que l’on puisse dire après avoir vécu l’exercice, c’est que ça marche et que cela donne envie de dire à toutes les classes : tentez le coup, faites entrer un KiLLT dans vos écoles, dans vos collèges, laissez-vous emporter par cette expérience de lecture, parce que si l’on donne le plaisir d’un seul texte, si le fusil d’Oldo épargne un seul être, c’est déjà un pari gagné et une petite guerre qui recule.

© Christophe Pean 2026

Annie Ferret, le 27 septembre 2026.

En savoir plus sur le dispositif : www.treteauxdefrance.com/actualites-home/les-transmissions-du-dispositif-killt-comment-ca-se-passe 


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