Créé en 2014 et remis traditionnellement dans le cadre des Zébrures de Limoges, le festival francophone des écritures à la scène, le prix RFI Théâtre a pour vocation de faire émerger de jeunes voix dramatiques du Sud.
Le dimanche 27 septembre 2026, la Camerounaise Hermine Yollo, née dans une famille de comédiens, comédienne elle-même, directrice de la Compagnie Ngoti et dramaturge est récompensée pour son texte Ima Maryam : le jugement de Marie.
Une voix sort de l’obscurité profonde. Une femme en scène, sous une douche de lumière, des prières qui chuintent, se murmurent, forment une longue chaîne, des prières apprises depuis longtemps et qui finissent par se vider de leur sens d’avoir été trop souvent répétées. C’est une femme simple, une simple humaine prénommée Maryam. Elle aurait mis au monde un fils, qui n’avait rien d’unique, né d’un homme qui avait tout d’un humain et ce fils serait devenu un Dieu pas si catholique que ça… C’est ainsi à une sorte de réécriture des Évangiles que se prête Hermine Yollo dans sa pièce et pour redonner la parole aux femmes, dans des textes saints où elles l’ont si peu, elle fait apparaître, en concurrence avec son premier personnage, deux autres Marie : Maryam, l’Entité-dite-Marie et Marie-sage-comme-une-image. Il n’échappe à personne que la vérité de la première pourrait faire s’effondrer le mythe des deux autres et c’est bien sûr là que résident tout l’intérêt et toute l’irrévérence du texte. La petite et la grande histoire, celle que l’on situe à hauteur d’humain et l’autre, celle avec sa Grande Hache, se déchirent pour faire entendre chacune sa version des faits. Revisitant les étapes de sa vie, Marie voit défiler devant elle celles de son époux Yowsef, qui l’a sauvée de la lapidation, de ses parents, qui l’ont protégée et lui ont accordé leur confiance et de son fils aîné Yeshou. Dans le balancement d’un refrain hésitant « oui et non », de petites retouches sont apportées au texte initial, lui donnant par-ci un peu plus de féminin, par là un petit supplément d’humanité. La violence n’y est plus passée sous silence mais dénoncée et il ne s’agit peut-être pas, comme on pourrait le croire, d’effacer la parole sacrée, mais plutôt de la refonder.
On en entendra en tout cas de nouveau parler, puisque Ima Maryam, le jugement de Marie fera en juillet 2027 au festival d’Avignon l’ouverture du cycle de lectures RFI Ça va, ça va le monde ! Ce sera l’occasion de le découvrir dans son intégralité.
Annie Ferret,le 27 septembre 2026.


