A la genèse des luttes immigrées

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À partir de collectifs engagés pour la libération de la Palestine, est né dans les années 1970 un mouvement défendant une lutte fédératrice, celle de l’antiracisme. Retour sur l’histoire du Mouvement des travailleurs arabes (MTA), entre France et Moyen-Orient.

Le mois de septembre 1970, ce « septembre noir », annonce les prémices du Mouvement des travailleurs arabes. Suite au massacre des Palestiniens en Jordanie, un Comité de soutien à la révolution palestinienne se forme à Paris, sous l’impulsion du militant Saïd Bouziri. Implanté à la Cité universitaire internationale, ce comité est composé de partisans d’extrême gauche, de maoïstes, de trotskistes, d’étudiants maghrébins et moyen-orientaux, syriens, libanais et égyptiens. Ce noyau de jeunes militants arabes entame un travail de soutien à la cause palestinienne à travers des débats et des projections de films en investissant les cafés, foyers, hôtels et marchés.
De la Palestine aux ouvriers
Ils s’approchent des usines et rencontrent des travailleurs immigrés victimes d’inégalités. Aussi, devant le racisme qui s’ancrait dans certaines banlieues ouvrières, le mouvement prend conscience qu’il faut agir. De ce premier contact naît une véritable union entre étudiants et travailleurs immigrés autour de la question palestinienne et de la lutte pour les droits des immigrés en France. Saïd Bouziri, ancien président de l’association Génériques, avait ce souvenir du grand meeting de soutien aux Palestiniens, organisé en février 1971. Des travailleurs immigrés de toute la région parisienne ont afflué : « Pour la première fois une majorité de travailleurs étrangers se réunissaient pour dire leur soutien à une cause externe (« la révolution palestinienne ») et en même temps exprimer leur engagement dans des luttes pour l’amélioration des conditions de travail et de vie ici en France. » [1]
Rassembler
Combattant sur deux fronts, les comités de soutien à la Palestine sont dissous pour devenir en avril 1971 les « comités Palestine ». Un an et demi plus tard, le Mouvement des travailleurs arabes leur succède. Tissant des liens avec le mouvement syndical, des intellectuels français et parfois l’Église, le mouvement s’attèle à défendre la lutte antiraciste. La grève générale de septembre 1973, vive réaction à une vague de crimes racistes à Marseille, marque un point d’orgue dans la mobilisation des ouvriers arabes. La lutte pour la libération de la Palestine devient un catalyseur pour la libération du travailleur immigré en France et ailleurs. Le mouvement se dissout de lui-même à la fin des années 1970 et ses revendications résonnent encore, de 1976 à 1986, à travers le journal Sans Frontière, et plus largement dans l’action militante de son fondateur Saïd Bouziri.

Génériques en bref

Créée en 1987, Génériques est une association spécialisée dans l’histoire et la mémoire de l’immigration, la sauvegarde, la préservation et l’inventaire des archives de l’immigration en France et en Europe. Saïd Bouziri a présidé l’association jusqu’à son décès en 2009. www.generiques.org

Notes

[1] Saïd Bouziri, « Itinéraire d’un militant dans l’immigration », Migrance n°25, 2005, p.37///Article N° : 12567

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