Zoos Humains : une histoire taboue

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Avec le spectacle Z.H. (Zoos Humains), la chorégraphe de hip-hop Bintou Dembélé revient sur une page de l’histoire dont notre société actuelle est héritière. En 1931, à l’occasion de l’exposition universelle, la France a montré des Africains des colonies comme des animaux.

« Le film Vénus noire d’Abdellatif Kéchiche m’avait choqué, ainsi que d’autres comme Man to man, Elephant-man etc. J’ai eu le sentiment que quelque chose m’échappait « . La chorégraphe Bintou Dembélé a alors envie de mieux connaître son histoire car elle a le sentiment que cela l’aidera à comprendre le fonctionnement de notre société actuelle. Elle rencontre des chercheurs, se documente et découvre le documentaire Zoos Humains réalisé par Pascal Blanchard et Eric Deroo sur la construction de la figure du « sauvage ». Ce film la renvoie brutalement aux questions identitaires qu’elle se pose. « Je ne connaissais pas cette histoire, ou peutêtre inconsciemment, précise-t-elle. Il y a des choses que l’on vit aujourd’hui qui sont l’héritage de ces zoos humains, le regard sur l’autre par exemple ».
Transmission
Bintou écrit donc Z.H. alias Zoos Humains pour poser son regard sur cette histoire et combler l’ignorance qui règne à ce sujet. « Je suis une héritière de cette époque, une femme d’origine sénégalaise. Je peux avoir mon point de vue sur la question. » Étant née en France, elle se rend compte qu’elle a besoin de repères. Besoin de connaître toute la vérité sur cette histoire encore taboue. « Raison de plus pour que je puisse mettre mon nez dans cette affaire » lance-t-elle d’un air déterminé. D’après elle, c’est cette histoire qui a donné naissance au racisme ordinaire, particulièrement dans le milieu du spectacle vivant. « Cela a influencé le regard que les Occidentaux portaient sur l’autre » ajoute-elle.
Une enfant du hip-hop
Bintou Dembélé fait partie de la première génération du hip-hop en France. Elle s’est construite autour de cette culture. « Je connais mieux la culture hip-hop que les traditions sénégalaises » affirme-t-elle. Et évidemment elle utilise ce langage corporel dans Z.H. pour questionner notamment la notion d’étranger. Sur scène elle a fait appel à six danseurs qui évoluent dans le monde du battle et non des créations chorégraphiques. Âgés de vingt-six à trente-deux ans, ces danseurs doivent faire place à « un autre style d’approche » avec le public. Bintou Dembélé veut montrer que le corps ne ment pas. Les danseurs laissent transparaître leur histoire et leurs origines à travers leurs gestes. Ce rendez-vous avec le corps permet d’exprimer des images. À travers son spectacle, la chorégraphe Bintou Dembélé met en lumière des témoignages et dénonce le mécanisme de l’imagerie coloniale pour briser les représentations racistes véhiculées à cette époque.

Où et quand ?

Au théâtre Antoine Vitez à Ivry-sur-Seine, du 21 mars au 7 avril 2013. 1, rue Simon Dereure 94200 Ivry-sur-Seine.

www.theatredivryantoinevitez…///Article N° : 12565

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