A Love Supreme

D'Emmanuel Dongala

Mise en scène : Luc Clémentin
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Coltrane ressuscite au Tarmac

 » J.C. est mort.  » Le spectacle commence par un impact, une note autrement plus percutante que si le conteur avait utilisé le véritable surnom du jazzman,  » Trane « . Car il y a l’avant et l’après J.C. Pour un soir, les artistes du Tarmac nous offrent un John Coltrane ressuscité par les évocations profondes d’Adama Adepoju, le saxophone endiablé de Sébastien Jarousse, la contrebasse enjouée de Jean-Daniel Botta et les baguettes infernales d’Olivier Robin. Il ne s’agit pas d’imitation mais bien d’inspiration, et pas seulement pulmonaire.
Méconnu du grand public, John Coltrane fait pourtant partie des plus grands. Spike Lee, fan absolu, lui-même fils de jazzman, lui a fait une place de choix dans plusieurs de ses films. C’est le jazz militant de Malcolm X, le jazz mélancolique de Mo’ Better Blues. Ce dernier devait d’abord s’intituler A Love Supreme, comme le merveilleux texte d’Emmanuel Dongala, comme le morceau clé de la carrière de Coltrane, celui qui lui a pris tout un pan de sa trop courte vie, celui qu’Adama Adepoju évoque avec la passion la plus totale, chef-d’œuvre qui ambitionne l’absolu, l’expression de la beauté, de l’amour, de la vérité.
John Coltrane, adulé par ses amis militants, ne vit que pour l’art. Il souffre ; il caresse ce rêve de perfection qu’il ambitionne sans jamais atteindre. Son idéal est-il plus pur que celui d’une Amérique juste et égalitaire ? Son ami regrette d’avoir voulu exploiter l’art du jazzman à des fins politiques. Est-ce rabaisser un chef-d’œuvre que de lui faire épouser une cause ? A Love Supreme répond par sa scénographie qui juxtapose des photos des Black Panthers, Malcolm X, Jessie Owens, Dizzy Gillespie, Jackie Gleason et bien d’autres musiciens, mais aussi Gandhi ou l’anonyme étudiant face au char de la place Tienanmen. L’énigmatique Billie Holiday veille sur la scène, le regard souligné par un discret faisceau de lumière, un autre se pose sur le doigt de Malcolm X. Aucune dissonance, un contexte, une vision globale de l’aspiration humaine à laquelle le jazz donne toute sa cohérence. A l’énergie poétique des partitions improbables répondent des images engagées dans l’histoire et dans l’art.
Le conteur est un visiteur africain, ami de John Coltrane, observateur extérieur dont les impressions sont enrichies de son expérience du colonialisme. L’accent africain d’Adama Adepoju évoque la musicalité de l’accent noir américain et le lointain et indélébile lien entre les continents frères. Autre mélange, celui du texte et de la musique, est également réussi, le premier laissant volontiers la vedette à la seconde qui l’épaule en retour tout au long du spectacle. La scène est restreinte, la salle comble, le spectacle statique, et pourtant on se laisse emporter par les harmonieuses dissonances du génie improvisé, l’efficacité rythmique du texte et les multiples vagabondages que le décor offre à l’oeil avisé.

A Love Supreme, d’Emmanuel Dongala
Mise en scène Luc Clémentin
Avec Adama Adepoju – conteur
Sébastien Jarousse saxophone ténor et soprano
Jean-Daniel Botta contrebasse
et Olivier Robin batterie
Site Web : http://www.letarmac.fr/core.php?rub=spectacles&page=saison&cid=ASHOW43e76098dec47///Article N° : 5860

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Les images de l'article
© Eric Legrand





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