à propos des Aventures de Dada 1er

Entretien de Sylvie Chalaye avec Marième Faye et Patricia Gomis

Limoges, septembre 1998
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Vous proposez un spectacle de clowns, or ce type de spectacle n’existe pas vraiment dans la culture africaine.
Marième Faye : En effet, j’ai 24 ans et je n’ai encore jamais vu de clown à Dakar. Nous sommes les premiers.
Qu’est-ce qui vous a amené à tenter l’expérience d’un spectacle de clowns africains ?
Patricia Gomis : On avait choisi de faire du théâtre pour rire. On a commencé par monter des farces comme Les Fourberies de Scapin de Molière. Et l’idée d’utiliser les nez rouges nous est venue après un stage de clown.
Qu’est-ce que vous avez emprunté à la technique des clowns anglais ?
Patricia Gomis : Je ne crois pas qu’on ait vraiment utilisé la technique des clowns telle qu’elle se pratique au cirque. Nous, nous n’avions jamais vu de spectacle de clowns, en dehors du cirque à la télé. Au bout d’un mois de stage, on ne peut pas créer un clown ; un personnage de clown, c’est tout une vie ! D’ailleurs on voit rarement de jeunes clowns.
Marième Faye : C’est l’humour africain qu’on mélange avec le nez rouge, le regard vif et les mimiques du clown. Mais si vous enlevez le nez rouge, il vous restent des farceurs, des comiques qui utilisent leurs techniques de comédien.
Qu’entendez-vous par humour africain ?
Patricia Gomis : Dans notre spectacle, les Africains et les Européens ne rigolent pas aux mêmes endroits. Et à Dakar, il y a des choses qui font rire les Sénégalais et qui ne font pas rire les étrangers et les expatriés. On a des expressions typiquement africaines, des petits mots drôles qui ne veulent pas dire grand chose mais dont l’humour repose sur la complicité avec le public. Cassoulet par exemple a une façon très particulière de prononcer en utilisant les accents de sa langue Peul.
Marième Faye : Les Africains rigolent aussi beaucoup d’eux-mêmes, ils aiment la dérision. Et il y a d’ailleurs un peu de moquerie dans notre spectacle.
Est-ce le sujet, cette bagarre entre le pays propre et le pays des saletés ?
Patricia Gomis. Bien sûr, il ne s’agit pas de faire de la morale, nous ne sommes pas des éducateurs, mais c’est un clin d’oeil pour inciter la jeunesse à respecter son environnement.
Vous êtes des femmes et les clowns au féminin sont plutôt rares. Mais on dit aussi que l’humour est plutôt dévolu au femmes en Afrique.
Patricia Gomis : C’est une question d’organisation familiale. A la maison ce sont toujours les mères qui mettent l’ambiance et dédramatisent les situations, car les hommes africains aiment à jouer les chefs ; le père à une autorité à faire respecter dans sa maison et il n’entend pas faire le pitre.
Marième Faye : Les femmes sont aussi peut-être plus exubérantes, elles se mettent en colère, se chamaillent. Et la femme africaine en colère est d’ailleurs chez nous un cliché comique.
En tant que femmes africaines est-ce difficile de faire du théâtre ?
Patricia Gomis : Les comédiennes sont en général très mal considérées. Elle n’ont pas bonne réputation. On les prend pour des filles de mauvaise vie. Mais il faut être têtue. Une femme qui fait du théâtre en Afrique milite nécessairement pour une certaine libération.
Marième Faye : Et il y a de plus en plus de femmes à Dakar qui ont envie de faire du théâtre ou du cinéma et qui se donnent les moyens de le faire.

///Article N° : 530

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