ADN, de Maïwenn

Les tourments de Nedjma

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En sortie le 28 octobre 2020 dans les salles françaises, le dernier film de Maïwenn a subi le nouveau confinement mais devrait reprendre le chemin des salles lorsqu’elles rouvriront.
Actrice et réalisatrice célèbre, Maïwenn revient avec ADN une nouvelle fois sur ses origines. Elle y tient le rôle de Neige, confrontée au décès de son grand-père algérien Emir, ancien militant communiste, auteur d’une thèse sur les immigrés de Gennevilliers, qui vivait en maison de retraite. Il l’a élevée et l’a protégée de la toxicité de ses parents. Même si le film n’est pas autobiographique, il puise dans la biographie de Maïwenn qui a déclaré que ses parents la maltraitaient et la battaient. Elle a notamment repris ce vécu douloureux sur le mode documentaire dans son premier long métrage en 2006 : Pardonnez-moi, histoire d’une révolte contre un père violent.
Neige aurait pu s’y appeler Nedjma et s’attache d’ailleurs dans le film au livre de Kateb Yacine : son bouillonnement fait écho aux ambivalences de Nedjma, à sa complexité à fleur de peau. Mais aussi parce que les tensions à l’œuvre dans la famille de Neige sont à l’image d’une identité tourmentée et composite.
Ne nous attardons pas sur le pathos que développe si volontiers le cinéma de Maïwenn et qui dérange d’entrée. Une fois ce début de film passé, un humour caustique et des scènes explosives viennent torpiller ses résurgences lacrymogènes. L’excellent Louis Garrel amène un salutaire vent d’ironie dans le rôle de François, l’ex-partenaire de Neige. Le choix du bois du cercueil et de la couleur du capiton offre un moment d’anthologie où nombre de familles se reconnaîtront. La comédie dynamite la tragédie et le carnaval des sentiments prend le dessus. Une large place laissée à l’improvisation préserve la spontanéité, que renforcent la caméra portée et des gros plans dérobés.

Caroline et Françoise, les deux filles du défunt (Fanny Ardant et Caroline Chaniolleau), sont à fleur de peau, hystériques, mais c’est entre Neige et son frère Ali (Florent Lacger) que se joue un conflit d’une brûlante actualité : le rite funéraire du grand-père doit-il être religieux ou non ? Neige s’accroche à ses dernières années et donc à une dimension culturelle, Ali veut privilégier ses années de lutte et sa foi laïque. Comment donc présenter Emir ? Quel hommage lui rendre ? Que retenir de sa vie ? L’arrivée du père de Neige, un serpent nommé Pierre (Alain Françon), ajoute à ces questions une tendance glaçante également bien présente dans notre société…
Ce maelström nous emporte de crise en crise et le film ne manque pas de tension. Il reste cependant centré sur le deuil de Neige, son émotion, sa perte. Son osmose avec le grand-père est totale, ce qui la ramène à l’Histoire franco-algérienne qu’elle étudie fiévreusement, et en Algérie où elle découvre les manifestations du hirak. C’est là qu’est son ADN. Ce faisant, elle nous interroge sur nos parents et grands-parents, ce qu’ils nous ont transmis, ce que nous savons ou ne savons pas d’eux. Et si cet ADN a des racines étrangères, comment cette diversité a-t-elle mûri dans la société française, que lui a-t-elle apportée, comment est-elle reconnue ?
En tablant sur l’émotion face aux rejets à l’œuvre aujourd’hui, Maïwenn cherche à sortir des formules pour ouvrir la porte à la compréhension du ressenti.

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