Aflam et la diffusion des cinémas arabes

Le contexte géographique et historique

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L’appellation « cinémas arabes » souligne une communauté de langue des pays concernés, ceci malgré des différences entre les dialectes pratiqués au Maghreb ou au Proche-Orient et la présence d’autres identités linguistiques. Du Moyen-Orient à la pointe occidentale de l’Afrique du Nord, ces pays sont répartis sur deux continents avec des histoires et des sensibilités culturelles très différentes, ce qui explique la diversité et la richesse de leurs cinémas.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des films projetés, salles et télévision confondues, sont américains, français ou européens et les populations d’origine arabe en Europe n’ont accès ni au patrimoine cinématographique, ni à la création actuelle de leur pays. Quant aux cinéphiles et autres publics européens, ils restent, de ce fait, largement privés d’une part majeure de l’histoire du 7e art depuis son origine.
Ce n’est qu’à partir des années 1990, et avec la création de la Biennale des cinémas arabes de l’Institut du monde arabe en 1992, que ces cinémas, leur histoire et leur actualité, ont commencé à bénéficier en France et en Europe de l’audience et de la reconnaissance qu’ils méritaient. Cette Biennale a ainsi longtemps été, à Paris, la première et la seule vitrine de ces cinémas en Europe. Sa disparition en 2006 a laissé un grand vide.
Association régie par la loi de 1901, Aflam-diffusion des cinémas arabes n’est pas née par hasard à Marseille, ville méditerranéenne où existe un important public potentiel.Marseille occupe une place à part dans l’espace méditerranéen : ville multiculturelle nourrie des apports de migrations successives de toutes origines, pont entre l’Afrique, l’Orient et l’Occident, elle est devenue l’un des pôles de la Méditerranée arabe ; elle est considérée comme l’une des capitales « arabes » de l’Europe. Sur la base de ce constat, il nous semble pertinent de vouloir faire de Marseille une plate-forme pour la création, la diffusion et la distribution des cinémas arabes – autant du côté des films produits et réalisés dans les pays arabes que du côté des films de cinéastes d’origine arabe : exilés, enfants de l’immigration ou des diasporas arabes en Europe et à travers le monde. L’affirmation de l’identité arabe de Marseille à travers le vecteur très accessible du cinéma pourrait devenir l’expression d’une constituante majeure, et bien sûr non exclusive, de son caractère méditerranéen, une source d’enrichissement réciproque pour les populations qui s’y côtoient.
Le cinéma au service de la culture, pour tous les publics
Aflam, pluriel du mot « film » en arabe, a été créé en 2002 pour développer la connaissance et l’accès aux cinématographies des pays arabes. L’association a d’abord été partenaire de l’IMA pour la décentralisation de la Biennale des cinémas arabes à Marseille de 2002 à 2006.
Donner une visibilité et un espace aux cinémas méconnus du Maghreb et du Proche-Orient, encourager les échanges autour des films réalisés, favoriser une réappropriation et une meilleure connaissance des cultures arabes à travers l’image et le cinéma, tels sont les objectifs d’Aflam depuis sa création. Ce travail a été mené avec la préoccupation constante de s’adresser à tous les publics, sans créer de ghettos.
Une action particulière a été menée vers les publics qui, pour des raisons diverses, n’ont accès aux films que par la télévision : public populaire et public des « émigrés ». Qu’il s’agisse d’émigrés ou de français issus de l’émigration, ils se trouvent dans une position paradoxale : ils conservent des liens avec les cultures de leurs pays d’origine, mais ils vivent dans des quartiers où les cinémas sont rares, pour ne pas dire inexistants. La réception des chaînes des pays arabes par la parabole ne leur donne accès que très partiellement au patrimoine et à la création cinématographiques de leurs pays. Aflam a donc noué des liens avec diverses associations travaillant dans les quartiers ou au sein de ces populations.
Mais Aflam travaille depuis le début à réunir dans une même salle public issu de l’émigration, public populaire, amateurs de cinéma, honnêtes hommes (et femmes) s’intéressant au cinéma.
Faire connaître les cinémas arabes, c’est diversifier et enrichir pour tous les publics l’offre de cinéma. Il s’agit d’élargir l’offre de cinéma à l’heure où la quasi-totalité des films projetés, salles et télévision confondues, sont américains et français. Il s’agit d’ouvrir une fenêtre. Pas pour faire de la simple information. La visée d’Aflam se distingue aussi de celle qui se répand dans les médias, où les films sont utilisés comme de purs et simples auxiliaires d’un discours politique, historique, sociologique… Il y a de toute façon ici des béances : la diffusion du cinéma en France a pu s’ouvrir aux cinémas asiatiques, mais elle continue à ignorer superbement l’Afrique et le Moyen-Orient. La cinéphilie ne remplit pas ici son rôle. C’est l’ouverture, donc le fond, qui est en question. Témoignages de cultures, outils d’échanges interculturels, œuvres artistiques, les films ne doivent pas être confondus avec leurs contenus. Aflam, qui construit des dossiers pour chacun des films programmés, est attentive au fait que les pays ont des histoires et des cultures diverses, sans la connaissance desquelles la découverte des films n’a pas tout son sens.
Sans négliger les genres populaires du cinéma, le travail de sélection effectué par Aflam pour ses cycles thématiques ou par pays a privilégié la défense du cinéma d’auteur, la promotion des jeunes cinéastes, et enfin, la connaissance du patrimoine cinématographique de chacun des pays. Aux cycles consacrés à un pays, un thème, Aflam envisage donc d’ajouter des cycles consacrés à des genres cinématographiques, des cycles transversaux : la comédie dans les cinémas arabes, par exemple, la comédie musicale, le mélodrame, la fresque historique, sans oublier le documentaire, le film d’archives. L’enjeu est de ne pas perdre de vue, au nom de la promotion de problématiques et d’artistes, les modes de réception et de production du cinéma. Si les films ne doivent pas être confondus avec leur fond, ils ne doivent pas non plus être sublimés comme de purs objets esthétiques. Toute la difficulté est de tenir compte des deux aspects sans tomber dans ce qui peut constituer deux écueils. Spectacle, grand art populaire, à l’instar de ce que fut au XIXe siècle chez nous le mélodrame, le cinéma a ses racines dans le théâtre, la littérature, même si ce n’est que la littérature orale, le conte.
Des manifestations diverses mais régulières
Les programmations d’Aflam depuis 2002 représentent la projection de plus de trois cents films (longs et courts-métrages de fiction, documentaires) à Marseille et dans plusieurs villes de la Région, des ciné-débats (Alcazar) ; des ciné-musiques (Théâtre Toursky, Cité de la Musique, l’Intermédiaire, le Nomad café), des expositions photos, des interventions sur site à la demande d’associations et centres sociaux et culturels…
Aflam a développé des cycles de projections et des rendez-vous réguliers qui ont peu à peu fidéliser un public à Marseille et dans la région PACA. Un rendez-vous annuel lui est proposé : Écrans des nouveaux cinémas arabes, occasion de découvrir des films récents, témoins du devenir de la production et de la création dans les pays arabes. Des manifestations ponctuelles sont organisées. Des panoramas de la production cinématographique d’un pays : Cinéma(s) de Tunisie en 2005, Cinéma(s) de Syrie en 2006, Cinéma(s) du Maroc en 2007, Cinéma(s) de Palestine en 2008, Cinémas d’Algérie en 2009, Cinéma(s) du Liban en 2010. Des cycles thématiques : en 2007 Colonisations et indépendances dans les cinémas arabes, en 2009 Migrations et Exils.
Aflam a aussi été, depuis 2008, en partenariat avec l’IMA et la Régie culturelle régionale, le relais des Nuits de la Caravane du cinéma euro-arabe.
Le succès grandissant des manifestations organisées depuis 2002 (entre 1000 et 4000 spectateurs selon les cas), a apporté la preuve de l’intérêt des publics ainsi que des opérateurs culturels relais à Marseille, dans le département des Bouches-du-Rhône et sur l’ensemble de la région PACA.
Par ailleurs, depuis 2002, les programmations d’Aflam l’ont fait connaître et identifier dans son domaine comme un partenaire de premier plan par les professionnels du cinéma (producteurs, réalisateurs, distributeurs), en France et dans les pays arabes. Les membres d’Aflam sont ainsi régulièrement invités aux rencontres et festivals de cinémas arabes ou méditerranéens.
Sollicitée par des salles de la région ayant une vocation culturelle, par des associations, des festivals, en région ou à l’étranger, Aflam propose enfin des films dont elle accompagne la projection ; elle participe à des tables rondes… On retiendra « Alger/Marseille, villes en miroir » (avec la Cinémathèque de Marseille) en 2003, « Hollywood sur Nil, la comédie musicale égyptienne » (à l’Institut de l’Image à Aix-en-Provence) en 2007. Après avoir réalisé à Alger en novembre 2008 la programmation Ayyam Aflam, Marseille, l’autre rive… avec l’association algérienne Chrysalide, Aflam a décentralisé une partie de sa programmation Écrans des nouveaux cinémas arabes à Tunis en 2009. L’association a aussi accompagné la présentation à Beyrouth du film Nahla (Farouk Belloufa, Algérie, 1979), qui, quoique tourné au Liban, n’y avait jamais été projeté.
Soucieuse d’étendre ses partenariats et son rayonnement, Aflam s’est récemment associée à la Cinémathèque de Tanger. Un cycle de projections intitulé « Tanger rêvée » a eu lieu à Marseille du 27 mai au 4 juin 2010 (une quinzaine de films), préfiguration du cycle beaucoup plus vaste qui aura lieu à Tanger en 2011. Le but était de montrer quelle(s) image(s) le cinéma a donné de cette ville devenue mythique pour des artistes et écrivains occidentaux. Les représentations de Tanger dans les cinémas arabes ont donc été mises en regard de celles des cinémas occidentaux : plusieurs ont été aussi projetés. Deux tables rondes ont été organisées, l’une à la Bibliothèque Départementale, l’autre à la Bibliothèque de l’Alcazar. La première avait pour sujet la place de Tanger dans l’histoire, l’art et la littérature, la seconde ses représentations cinématographiques.
L’association développe, enfin, des relations avec les collèges et lycées, aux élèves desquels sont réservées des séances pendant les cycles qui ont lieu aux Variétés. Une information et une documentation sont à cette fin données aux professeurs.
Récapitulatif des manifestations organisées par Aflam
2002 Biennale des Cinémas arabes à Marseille (en partenariat avec l’IMA-Paris)
2003 Alger/Marseille, villes en miroir (en partenariat avec la Cinémathèque de Marseille)
2004 Biennale des Cinémas arabes à Marseille (en partenariat avec l’IMA-Paris)
2005 Écrans des nouveaux cinémas arabes
Cinéma(s) de Tunisie
2006 Cinéma(s) de Syrie
Biennale des Cinémas arabes à Marseille (en partenariat avec l’IMA-Paris)
2007 Colonisations et indépendances dans les cinémas arabes
Hollywood sur Nil, la comédie musicale égyptienne (en partenariat avec l’Institut de l’image à Aix-en-Provence)
Écrans des nouveaux cinémas arabes
Cinéma(s) du Maroc
2008 Les Nuits de la Caravane du cinéma euro-arabe (avec l’IMA et la Régie culturelle régionale)
Cinéma(s) de Palestine
Ayyam Aflam, Marseille, l’autre rive… (à Alger, en partenariat avec l’association algérienne Chrysalide)
2009 Migrations et exils,
Écrans des nouveaux cinémas arabes et sa Caravane (en partenariat avec la Régie culturelle régionale),
Cinéma(s) d’Algérie à Marseille et en Région.
2010 Tanger rêvée (à Marseille en partenariat avec la Cinémathèque de Tanger)
Cinéma(s) du Liban à Marseille et en Région.

///Article N° : 11179

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