Amistad

De Steven Spilberg

Toujours la vieille rengaine !
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Amistad est affligeant, non seulement par son contenu mais par la certitude que l’on acquiert en le voyant que ce film va faire un tabac dans le monde entier, colportant une fois de plus l’illusion que les Etats-Unis sont la patrie des idéaux de liberté !
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la révolte des esclaves n’est qu’un prétexte ramassé à une dizaine de minutes en début de film. Bien sûr tournée durant un orage, les images de l’émeute sont édifiantes : lumière ramenée à des éclairs dramatiques dans la nuit, perspectives sur les corps musclés jouant sur les représentations du Noir primitif et violent… Le reste des 2 h 35 est consacré aux différents procès menés par les abolitionnistes pour libérer ces Noirs et les renvoyer en Afrique (l’hypocrisie de l’époque interdisait la traite transatlantique et ne tolérait que le commerce des esclaves des Caraïbes). Le happy end final s’appuie sur le triomphe de la liberté plaidée à la barre de la Cour suprême par un ancien président des Etats-Unis lui-même. Amistad est ainsi l’Independance day de la traite négrière !
Pourtant, les essais de communication entre les Noirs et les Américains sont révélateurs de la position de supériorité sans cesse adoptée par le Blanc dans le récit. C’est lui qui est le médiateur, comme dans tout film hollywoodien qui se respecte. Le Blanc cherche à communiquer avec le Noir qui se méfie et finit par trouver un traducteur d’origine Mende. Le Noir ne parle ainsi que par une traduction simultanée orchestrée par la générosité du Blanc. A la fin du film, une scène lacrymogène fait dire au Noir thank you et le Blanc réussit à sortir aussi une expression africaine…
Lorsque les esclaves de l’Amistad peuvent enfin retourner comme E.T. dans leur pays, ils sont drapés de blanc, êtres immaculés et irréels : ils appartiennent déjà de nouveau à l’Afrique immémoriale, image blanche de l’Afrique immuable et figée que l’on pourra facilement exotiser.
 » Nous nous étions engagés à faire preuve d’un maximum d’authenticité  » a déclaré Steven Spielberg. C’est réussi : Amistad est une anthologie des idées reçues sur le Noir et l’esclavage. Centrer le récit sur la révolte des esclaves pouvait faire penser que l’on aborde enfin le sujet du point de vue des Noirs. Mais le scénario du film va à l’inverse, faisant l’apologie de la croisade morale livrée par les abolitionnistes, jusqu’à présenter page par page au Noir les images d’une Bible illustrant la souffrance du Christ… Sont niés comme toujours les intérêts économiques et politiques qui ont finalement permis l’abolition au bout de quatre siècles de tortures.
La morale triomphe, qui vient chasser la mauvaise conscience puisqu’elle est supposée définitivement tourner une page sombre de l’histoire, ce que l’abolition confirmera, certes seulement un siècle après… Dernier avatar du regard occidental sur l’Afrique, mauvais cadeau fait à la commémoration de l’abolition, Amistad, sous couvert d’authenticité, perpétue le même vieux rapport hégémonique et paternaliste où l’idéal de liberté américain dont on connaît pourtant la triste réalité est à nouveau posé comme modèle universel.

///Article N° : 320

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