Barcelo s’éprend de la terre

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C’est au pays Dogon où il a installé un atelier depuis une dizaine d’années que Miquel Barceló s’est initié à la céramique en 1995. Depuis, il a réalisé plus de cent cinquante céramiques entre le Mali, Majorque et la France. Une tempête de sable l’empêchant de peindre serait à l’origine de son entrée en céramique. Loin de se laisser submerger par les aléas climatiques, il a pris la terre à bout de bras et l’a façonnée, triturée jusqu’à ce qu’elle traduise son immense capacité créatrice.

Quoi de plus logique pour un artiste aussi prolixe et curieux que Barceló que de s’initier à la céramique dans une région où pétrir la terre relève de l’acte quotidien, que ce soit pour construire des cases où fabriquer des objets utilitaires ! D’autant plus que non loin de lui, son ami Amahiguere Dolo, lorsqu’il est en territoire Dogon, travaille la céramique pour ne pas contrarier la tradition qui lui interdit de sculpter chez lui. C’est ainsi que Barceló s’initie aux techniques et aux matériaux locaux, travaillant la terre, exploitant les trous de termites, utilisant des pigments tels que le kaolin et même la poussière qui peut servir de glacis. Surgissent alors de la terre africaine ses premières terres cuites : Pinochio mort, Two Torsos, ou encore Tête d’Amo, fragilisées par un mode de cuisson à 400 degrés.
Par la suite, l’artiste qui vit entre l’Europe et l’Afrique s’essayera à d’autres techniques avec le céramiste Jeroni Ginard à Majorque ainsi que dans l’atelier d’Armelle et Hugo Jakubec près d’Angers. C’est avec ces derniers qu’il réalisera ses immenses céramiques travaillées de l’intérieur, comme ses tableaux au sein desquels un corps de femme vient parfois imprimer ses formes. Les céramiques de Barceló suintent d’ailleurs du plaisir qu’a pris l’artiste à les réaliser. Plaisir de mettre l’œuvre en danger sous le surpoids de l’argile qui s’est parfois effondrée au cours de ces longs mois de travail. Plaisir de pénétrer l’œuvre pour lui faire violence en la cabossant avec des crânes d’animaux. Plaisir enfin de la malaxer, de la caresser et d’y inscrire ces effleurements d’artiste qui évoquent la sensualité qu’il y a à toucher la terre.
De ses céramiques, le peintre dit qu’elles sont une forme « d’excroissance de sa peinture ». Les thèmes récurrents dans son œuvre picturale reviennent dans ces figures de terre où ils semblent revisités. Le monde animal et végétal s’inscrit dans ses masques, ses plats, ou ses énormes vases. Certains s’enroulent dans l’argile, d’autres en surgissent ou semblent s’y fossiliser. La mort, la fuite du temps hantent certaines figures d’où émane une force de vie telle qu’on s’attend à voir les poissons s’échapper de la coupe, mûrir les fruits ou vibrer les corps.
Magistrale démonstration de l’impertinence du talent.

///Article N° : 1664

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Les images de l'article
oeuvre de Miquel Barcelo © D.R.
oeuvre de Miquel Barcelo © Kohen De Waal




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