Bordeaux, le commerce atlantique et l’esclavage

Les nouvelles salles permanentes du musée d'Aquitaine

Lire hors-ligne :

Le musée d’Aquitaine a entrepris la rénovation des salles permanentes en 2009 avec l’ouverture de nouveaux espaces consacrés principalement au XVIe siècle et intitulés « Bordeaux, le commerce atlantique et l’esclavage. »

Rénover un musée d’histoire ne consiste pas seulement à moderniser sa muséographie. Il faut aussi intégrer l’évolution de la recherche historique et présenter les connaissances les plus récentes. On sait aussi que « l’histoire est fille de son temps » et qu’elle doit répondre à ce qu’il est convenu d’appeler « la demande sociale ». Le rôle des musées d’histoire consiste alors à s’appuyer sur la recherche universitaire pour éclairer les débats contemporains.
Or depuis une dizaine d’années, les questions de l’esclavage et de la traite des Noirs qui alimentent les controverses dans tous les ports de la façade atlantique de l’Europe et donnent souvent lieu à des interprétations erronées. Le choix d’étudier cette période à partir de cette question de la traite des Noirs et de l’esclavage correspond donc à la demande de connaissances dans ce domaine.
Mémoire et histoire
Ce sujet est d’autant plus important à expliquer qu’il fait l’objet d’enjeux qui dépassent largement les seules préoccupations historiques car la traite négrière et l’esclavage sont au cœur de débats et les musées d’histoire se trouvent pris au piège des affrontements mémoriels. Sur cette question, la mémoire des Européens n’est pas celle des Africains qui n’est pas celle des Antillais. Pourtant, c’est une même histoire, qui a forgé ces mémoires différentes. C’est pourquoi, le parti pris du musée a été clairement affirmé de présenter un discours historique qui a été élaboré en associant des historiens de sensibilités différentes mais tous spécialistes de cette période. Il est clair aujourd’hui que cette exposition fait état du savoir historique sur cette question pour ce qui concerne Bordeaux et l’Aquitaine. Pour confronter les différentes mémoires, elle propose aussi de décentrer le regard pour aller voir comment, cette histoire a été vécue en Afrique et aux Antilles, ce que permet la collection Châtillon. Chaque fois que cela a été possible, on a aussi essayé de donner le point de vue des esclaves à partir de documents d’archives ou de textes de témoignages.
Bordeaux au XVIIIe siècle, la fierté d’une ville de pierre
Le premier espace témoigne de la place privilégiée de la ville de Bordeaux au XVIIIe siècle dans le royaume de France par son poids politique et l’importance de ses transformations architecturales encore visibles de nos jours. Cette salle conduit le visiteur à se poser cette question : d’où Bordeaux tire-t-elle cette extraordinaire prospérité au XVIIIe siècle ? La réponse est « de son ouverture au grand commerce atlantique » qui est expliqué dans les salles suivantes.
Bordeaux porte océane, commerce en droiture et traite des Noirs
Le deuxième espace illustre les modes et les enjeux du commerce atlantique qui se décline à Bordeaux notamment par la pratique du commerce en droiture et l’accentuation du commerce triangulaire qui fit de Bordeaux le deuxième port négrier de France. Avec 480 expéditions recensées et la déportation de 120 000 à 150 000 personnes, Bordeaux devient à la fin du siècle le second port négrier de France. Un livre interactif permet au visiteur d’appréhender à travers les sources d’archives l’ensemble des informations relatives à ces expéditions.
Les collections présentées relatent également les conditions et les modalités de la traite des captifs auprès des marchands africains en rompant au passage un grand nombre de préjugés sur les questions des complicités africaines et de la nature des pacotilles, elles montrent aussi toutes les étapes d’une campagne de traite.
L’Eldorado des Aquitains
Le troisième espace met en perspective l’organisation et le fonctionnement du système esclavagiste dans les « isles à sucre » et en particulier à Saint-Domingue. L’île de Saint-Domingue occupe une place privilégiée en raison de ses liens économiques très étroits avec l’Aquitaine et Bordeaux. Cette salle explique aussi que la majorité des blancs qui contrôlaient les plantations à Saint-Domingue était originaire d’Aquitaine. Bordeaux s’est donc trouvé au cœur du système esclavagiste.
Héritages
Enfin, le dernier espace qui présente les combats pour l’abolition s’intéresse aussi aux conséquences de cette tragédie dans les sociétés contemporaines. Il montre aussi que les actions violentes et insurrectionnelles des esclaves ont largement contribué à l’abolition.
Cet espace fait également le point sur la question des héritages à travers les questions du métissage, des préjugés raciaux mais montre aussi que de cette histoire douloureuse sont nées des cultures à valeur universelles comme les littératures créoles ou les musiques (jazz, blues etc.). L’exposition s’achève sur la présentation d’un immense mur d’images représentant les portraits de Bordelais d’origine africaine et antillaise qui participent à la vie sociale, économique, associative et politique de la ville symbolise le chemin parcouru.

///Article N° : 11537

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire