Boulot ? Boulot. – chronique kinoise

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« Et toutes ces têtes, tu ne les prends pas ? »
C’est le chauffeur du taxi-bus qui râle après son « receveur », un jeune homme qui fait office d’aboyeur de destinations, vendeur et contrôleur de tickets, rétroviseur en plein embouteillage, des fois « roulage » c’est-à-dire agent de circulation mais uniquement pour son chauffeur et son véhicule.
Il s’agit d’un minibus Volkswagen, que le Kinois appelle communément « Kombi ».
Je dois faire un micro baladeur à la place Victoire en marge du meeting de l’un des nombreux partis d’opposition, le PDC.
Les sièges du constructeur allemand n’existent plus, trois rangées de bancs en métal bois les remplacent, la quatrième étant juste une barre de bois posée sur le moteur à l’arrière, vers le coffre. C’est cela le « Kombi ». Quatre rangées de bancs pour 11 « têtes » payantes.
Le « receveur », lui, se place toujours au bord de la deuxième rangée pour pouvoir manipuler comme il faut l’ouverture et la fermeture de la porte coulissante du minibus, et être sûr que chaque personne qui descend du « Kombi » a payé son ticket ou a exhibé une carte.
Ce sont les détenteurs de cartes que les Kombi évitent le plus, comme la peste !
Ils sont Fonctionnaires de l’état, Policiers ou Militaires, Journalistes surtout de l’audiovisuel et de la chaîne nationale, la RTNC – Radio télévision nationale congolaise
Tous ces gens bénéficient, grâce à l’État, de la gratuité du transport en commun, même si les transporteurs, eux, sont des privés !
C’est cela qui énerve Makambo, le chauffeur du minibus.
Licencié en langues, ancien professeur de français à l’Athénée de la Victoire, il est obligé pour nourrir sa famille, de faire chauffeur de Kombi pour son oncle.
Il a tellement écrit des lettres de demande d’emploi sans suites.
C’est son quatrième « j’ai l’honneur » qui l’a décidé à troquer la craie pour le Kombi.
Ce poste de directeur de cabinet était pour lui sans aucun doute, il le méritait beaucoup plus que le frère de la belle-soeur du cousin de la 4e « bureau » du ministre de la Culture…
Il a donc fait sa lettre, « J’ai l’honneur de solliciter auprès de votre autorité et bla-bla-bla ».
Son interview est un jeu d’enfant pour la tête qu’il est, et le chef du personnel ne sait pas cacher sa satisfaction après un tel entretien
Makambo va donc déjà trinquer pour ce nouvel emploi, puis démissionne de son poste de « professeur de français » à l’Athénée de la Victoire, trop content que pour une fois les choses se passent normalement dans un ministère.
Pendant ce temps, le ministre, lui, se fait mettre à genoux, lacérer, fouetter par sa 4e « bureau », une jeunette de 17 ans qui le tourne en ridicule comme un clown à deux balles !
C’est leur fantasme à tous les deux.
Elle réussit à lui vendre l’idée de prendre son « tonton » pour Direcab afin que les secrets de famille soient bien gardés, et hop !
Entre un ami, un frère, sa femme, sa maîtresse et un inconnu, le choix est clair, non ?
Makambo a donc plié son beau diplôme en quatre, l’a glissé sous son oreiller et conduit depuis six mois le Kombi de son oncle de patron.
Il lui arrive souvent de croiser quelques-unes de ses anciennes élèves, qui ne cachent pas leur étonnement à le voir là derrière le volant de ce Kombi, alors pour ne pas perdre de sa fierté ni répondre à trop de questions, il leur offre toujours leur course.
« Et toutes ces têtes, tu ne les vois pas ? Redemande-t-il à son receveur
Prends-moi toutes ces écolières, ces mamans commerçantes, ces « tantines » bien habillées, les femmes au moins paient toujours leurs courses.
Quand tu passes devant les hommes, s’il te plaît, ne donne pas notre destination. »
Et c’est monnaie courante !
Les Kombi aboient rarement leurs destination et trajet devant un groupe d’hommes.
Parce que même quand elles sont journalistes par exemple et donc exemptes de payer le transport, les femmes sont souvent gênées de brandir leur carte et de ne rien donner devant les gens, et il faut dire que les receveurs les charrient tellement qu’elles finissent toujours par payer leur ticket.
Le receveur de Makambo est un as en la matière et un fin dragueur.
Ils habitent dans le même quartier.
Le petit était déjà receveur quand Makambo va donner ses cours tous les matins à l’Athénée de la Victoire, ses parents ne pouvant lui payer sa scolarité.
Aujourd’hui ils sont « collègues » de service dans ce Congo uni, fort et prospère.
Vivement les élections !
Vivement les bonnes personnes à la place qu’il faut.

///Article N° : 7370

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