Buena Vista Social Club

De Wim Wenders

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L’émotion. Pas de celle qui fait pleurer mais de celle qui fait vibrer. Car ces vieux musiciens cubains ont la sérénité de leur musique et qu’il s’en dégage une extraordinaire puissance. De ces musiciens magnifiques comme de leur magnifique musique. Réalisé à l’occasion de l’enregistrement (sous la houlette de Ry Cooder qui avait enregistré Talking Tombouctou avec Ali Farka Touré) du premier disque d’Ibrahim Ferrer, une jeune chanteur de 72 ans, le film mêle habilement trois lieux et trois moments (Cuba, le concert d’Amsterdam et celui de New York) auxquels correspondent trois images tournées par trois chefs opérateurs différents. Il en résulte une légèreté et une spontanéité rares, à la mesure de Wim Wenders, un des grands noms du cinéma mondial dont la fibre documentaire (Nick’s Movie, Tokyo Gâ) a toujours été du grand cru. On reste bien loin du vidéo-clip standard : le mouvement n’est jamais vain et s’y ajoute une impressionnante profondeur. En quelques images et quelques entretiens faisant apparaître leur modestie et leur générosité, les musiciens sont campés avant d’apparaître en concert dans tout leur talent. Et c’est dès lors le respect que leur porte le réalisateur qui permet l’émotion. Comment oublier la douceur de cette caméra tournant autour d’Ibrahim Ferrer et d’Orlanda Portuondo en train de chanter face à face Silencio, un boléro triste, dans les légendaires studios Egrem de La Havane. Ils chantent qu’il vaut mieux taire leurs tourments pour ne pas faner les fleurs… Les vagues qui se brisent en de larges écumes sur le front de mer, image récurrente, rappellent l’insolente mais douloureuse insularité cubaine face à l’embargo américain. Mais que font ces vieux musiciens devant la standing ovation du Carnegie Hall de New York ? Tel le dernier pied de nez d’une culture fabuleuse aux menaces de nivellement d’une inexorable américanisation, ils tendent le drapeau cubain !

1h40, avec Compay Segundo (guitare), Ibrahim Ferrer (voix), Ibrahim Ferrer (voix), Rubén Gonzáles (piano), Manuel  » Guajiro  » Mirabal Vasquez (trompette), Omara Portuondo (voix), Barbaro Alberto Torres Delgado  » Barbarito Torres  » (laud), Manuel Licea  » Puntillita  » (chant), Eliades Ochoa (guitare), Orlando Lopez Vergara  » Cachaito  » (contrebasse), Ry Cooder (guitare). Lire l’article de Maya Roy sur les développements récents de la musique cubaine dans Africultures n°17 (Cuba l’africaine). ///Article N° : 968

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