Editorial

Le défi

Lire hors-ligne :

 » Sans choc, il ne peut y avoir d’art. Si une forme esthétique n’est pas capable de dérouter le spectateur, et ne bouleverse pas sa façon de penser, ce n’est pas une forme artistique pour aujourd’hui « .
Antoni Tàpies,La pratique de l’Art, Gallimard, coll. Folio, p.52

A l’origine la haine, le racisme, l’exclusion, la violence. Au fond, la difficulté de trouver sa place dans une société en déroute qui ne sait plus accueillir sa jeunesse. « Nous sommes les morts vivants errant dans un pays impossible », scandent les Moonlights Girls d’Alger. Un écho puissant leur répond, qui déferle des townships du Cap aux banlieues de Paris, des quartiers pauvres de Dakar ou Douala… A défaut de vivre, au moins le crier : la fureur de dire. A défaut de posséder, au moins le jouer : la manie des marques. A défaut d’être intégrés, au moins le vivre ensemble : le métissage.
Le mouvement hip-hop a ses valeurs, ses intégrismes et ses recherches, son underground et sa récupération commerciale. Dans sa volonté de témoigner, il se fait prophétique, parfois même d’une radicale religiosité. Dans ses franges, sa radicalité dérive vers le sexisme et la violence. Mais il reste avant tout un défi, à soi-même comme à la société, qu’exprime l’improvisation des mots. La parole est résistance, révolte, responsabilité, affirmation de sa subjectivité.
Le danger est le repli sur soi, sur son ethnie, son identité. Mais ce radicalisme provient de l’exclusion. Au fond, la revendication est claire, celle de voir la société s’adapter aux mutations du monde moderne, reconnaître sa multiculturalité, être plus égalitaire. C’est une morale de dignité que scande le chanté-parlé des rappeurs de tous bords, contre l’auto-destruction et pour un monde plus juste. Une morale en forme de défi : musical, gestuel, mais aussi existentiel et culturel.
L’Afrique le vit comme toujours dans l’ambivalence : mimétisme stérile ou affirmation de ses racines pour un syncrétisme vivant. C’est ainsi que des mélanges fructueux se font, non dans une soupe style worldmusic mais dans l’affirmation et l’intégration de ses propres rythmes et mélopées, de sa propre langue. De ses gestes aussi, et la danse hip-hop s’enrichit de l’apport africain.
Les lieux sont rares qui osent programmer le hip-hop. Les Rencontres des cultures urbaines de la Villette en sont devenues un centre. Il nous semblait ainsi naturel de s’associer à elles pour ce dossier.

///Article N° : 986

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire