« Les Impatientes » de Djaili Amadou Amal

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L’autrice camerounaise Djaili Amadou Amal vient de remporter le prix Goncourt des lycéens pour son roman Les Impatientes. En août dernier, Célia Sadaï avait présenté le livre lors de la chronique d’Africultures sur TV5 Monde.

De quoi ça parle ?

C’est l’histoire de trois femmes : Ramla, Hindou et Safira, qui vivent au Nord du Cameroun, dans une communauté peule et musulmane. Et ces trois femmes, qui vont raconter tour à tour leur histoire, elles sont piégées par la coutume peule et la religion musulmane qui leur assigne une place bien précise : celle de se soumettre et d’appartenir à un époux polygame qu’elles n’ont pas choisi. Et comme dans un conte cruel, elles n’ont aucune issue, si ce n’est la patience, munyal en peul. Le roman s’ouvre et se ferme sur la même injonction, inlassablement répétée, à accepter leur sort avec patience. Or, ces femmes sont des Impatientes.

Ces femmes impatientes vont-elles se révolter ?

Elles tentent de se révolter, mais personne ne les écoute. C’est assez frappant : il n’y a aucun dialogue possible dans le roman. Tous les personnages qui les entourent les exhortent à rester patientes, à accepter silencieusement la volonté d’Allah. Mais toutes ne vont pas se résigner.
Ramla, qu’on a arrachée à ses études et à son fiancé pour la marier à un associé de son père, elle va s’enfuir. Et c’est sa co-épouse Safira qui la pousse dehors. Le personnage de Safira est particulièrement intéressant. C’est la première épouse et elle est obsédée par l’idée de mettre dehors sa nouvelle co-épouse et transformer ainsi son destin. Elle va s’acharner sur elle au point de lui provoquer une fausse couche.

Djaili Amadou Amal brise les tabous du mariage forcé et de la polygamie. Pourquoi, à votre avis ?

Alors, au début du roman il y a un avertissement qui nous dit c’est une fiction inspirée de faits réels. Or, on sait que Djaili Amadou Amal a elle aussi été mariée de force. Ce roman, c’est donc aussi un témoignage, et ça rend la lecture d’autant plus bouleversante. Quand le personnage de Hindou est battue et violée par un mari drogué et alcoolique, et qu’elle en perd la tête, on se demande ce que l’auteure a pu vivre. Et on se dit que Djaili Amadou Amal a beaucoup de courage de faire parler la douleur de ces femmes.

Célia Sadaï

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