Chambre 1408

De Mikael Håfström

Si le diable existe…
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Mike Enslin (John Cusack) ne croit pas aux fantômes. Mais il écrit des romans d’épouvante situés dans ces hôtels et autres lieux dits hantés qu’il visite sans jamais parvenir à détecter la présence du moindre poltergeist. Il ne croit pas non plus en Dieu, ou plutôt il n’y croit plus depuis la mort de sa petite fille. Mais faut-il ainsi renoncer au monde des esprits après la maladie mortelle d’un enfant ? Il lui faudra bien des preuves pour renier sa mécréance.
Le gérant de l’hôtel a beau le mettre en garde, Mike Eslin veut séjourner dans la chambre 1408 du Dolphin, et ce malgré les 56 décès qui se sont produits derrière la porte close. Distingué, professionnel, persuasif, Olin, le gérant incarné par Samuel L. Jackson, semble sincèrement souhaiter éviter le pire. Car s’il n’adopte aucune des célèbres mimiques de Mantan Moreland qui faisait des yeux ronds et prenait ses jambes à son cou à la mention d’un fantôme, Olin croit fermement dans les pouvoirs maléfiques de la chambre 1408, au point qu’on se demande s’il n’en tirerait pas lui-même les ficelles. Après tout, c’est le principe de base observé par Mike Eslin au cours de ses pérégrinations : les chambres hantées font augmenter la fréquentation des lieux. Il est donc dans l’intérêt d’Olin de convaincre Mike que les rumeurs sont fondées. Rien n’y fait, Mike exige d’être mis à l’épreuve. Il incarne la logique, le discernement, la transparence tandis qu’Olin est du côté du mystère, de l’occulte, de la superstition. Mais la chambre va bientôt avoir raison des doutes de Mike qui devra faire face à ses propres démons.
Cette fable fantastique peine à convaincre tant les ficelles du psycho-frissons sont épaisses. Pourquoi risquer sa vie pour atteindre la chambre voisine par le parapet extérieur alors que les murs se fissurent de sang et que les fenêtres se referment sans prévenir ? Le pouvoir de la chambre ne sera-t-il pas décuplé au bord du précipice ? Comment croire que la vision de sa fille est réelle alors qu’il voit des morts depuis un moment déjà ? Malgré les excellents effets spéciaux et les vraies larmes de John Cusack, attendrissant en quadra cynique en prise à des crises d’hystérie, le film ne remplit pas son objectif principal : à partir du moment où les décisions de Mike peuvent toujours être contrecarrées (la chambre peut tout faire), il est difficile de souhaiter qu’il résiste ou d’avoir peur avec lui.
Si l’on arrive par chance à être pris par l’intrigue, c’est sans doute parce qu’on cherche les origines du pouvoir de la chambre. Le personnage d’Olin est en cela central, il canalise les peurs de Mike sans qu’on sache jamais quel est son rôle réél. Les épreuves que Mike endure sont-elles simplement le fruit de coïncidences auxquelles s’ajoute le délire de son imagination, ou est-il en présence de manifestations surnaturelles ? La fin, dont on sait qu’elle a été maintes fois remaniée, a la mauvaise idée de répondre à cette question. Décidément, il eut mieux fallu refuser d’entrer dans cette chambre 1408, à l’instar de l’électricien peureux qui disparaît sans attendre son pourboire.

///Article N° : 7220

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