Cinemawon : les cinéastes prennent le maquis

Cinemawon s’inspire de la pratique du marronnage pour promouvoir les oeuvres cinématographiques marginalisées par le système de distribution de l’industrie.
Le jeune collectif de professionnels du cinéma s’engage à faire découvrir les productions de la Caraïbe, de l’Amérique latine, d’Afrique et de l’Océan Indien.

Créée en juin dernier, l’association Cinemawon a organisé sa troisième séance de projections à Paris le 22 octobre dernier, au cinéma La Clef. L’occasion de valoriser des cinéastes indépendants en diffusant quatre courts-métrages.
La structure a pour concept d’être une alternative de diffusion pour faire (re)découvrir un cinéma d’auteur issu de la Caraïbe, de l’Amérique latine, d’Afrique et de l’Océan Indien. Cinemawon est la contraction des mots cinéma et mawonaj, tiré du marronnage. Pour les fondateurs, le mawonaj était « un acte de résistance pour tout esclave visant à s’affranchir du système et à créer un nouvel environnement où il serait libre, souverain et autosuffisant« .
Le collectif explique s’être concentré sur la question de la distribution qui selon eux, s’avèrent très problématique pour ces auteurs-là. « Une fois les films réalisés, ils disposent de très peu de relais pour les faire exister et rencontrer leur public. C’est justement pour proposer un relais supplémentaire que nous avons créé Cinemawon« , justifient les membres de l’association.
Lors de la fameuse soirée parisienne à La Clef, les films projetés ont été réalisés en Martinique, au Cameroun, en Guyane et en France métropolitaine et ont mis en évidence des auteurs avec une sensibilité différente. El Negro, du Martiniquais Yann Privat explore la question du racisme ordinaire en confrontant l’interrogatoire d’un adolescent dans un commissariat de police et l’entretien d’embauche d’une nounou.
Le Guyanais Marvin Ngan Yamb a choisi lui de mettre en scène l’histoire d’un jeune guyanais paumé redoublant d’efforts pour séduire une fille. Les organisateurs ressortent satisfaits de cette première dans la capitale. Les deux précédentes sessions s’étaient tenues à Lakaza, en Guadeloupe. Elles avaient attiré près de 300 personnes grâce au bouche à-oreille.
L’association espère proposer au public des nouveaux imaginaires en valorisant ces auteurs alternatifs en passant par les canaux modernes de diffusion : « les imaginaires et les attentes du public sont énormément conditionnés par l’hégémonie des productions hollywoodiennes. Fort de ces observations et en prenant en compte les nouvelles tendances de consommation du cinéma, nous avons décidé d’aller à la rencontre des spectateurs et proposer un cinéma attentif à sa pertinence et au propos qu’il porte. » Par conséquent, le collectif propose sur son site Internet des films en libre accès streaming. Quand on demande aux membres de se présenter, ils préfèrent rester discrets, dans le but « de ne pas personnaliser l’initiative« . Ils se présentent comme réalisateurs, monteurs, producteurs ou encore marketeurs et ont à leur actif des documentaires et courts métrages qu’ils ont écrits, réalisés et même auto-distribués. On sait néanmoins que le réalisateur sénégalo-martiniquais Wally Fall en fait partie. Il est le Lauréat du Prix du meilleur documentaire caribéen des Rencontres Cinéma Martinique pour son film Ceew Mi – L’Horizon n’appartient à personne, sur l’élection présidentielle de 2012 au Sénégal. Le reportage a été mis en libre accès sur la plateforme du collectif. Cinémawon espère se développer en 2017 avec des projections en Afrique, en Guyane ou à la Réunion.

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