Clap de fin pour le musée Dapper… en France

Le musée Dapper n’est plus en France, vive le musée Dapper sur le continent africain ! Le célèbre lieu d’exposition du XVIe arrondissement de Paris ferme ses portes le 18 juin. Afriscope retrace un bout de son histoire, trois décennies après son ouverture.

« Notre but étant atteint en France, nous allons oeuvrer là où notre engagement trouvera désormais un véritable écho. Ainsi, conformément au souhait de Michel Leveau, nous allons amplifier nos activités au Sénégal et en initier d’autres, ailleurs, en Afrique et dans la Caraïbe. »
C’est par ces mots que la nouvelle est tombée. À la faveur d ’un communiqué de presse, le musée Dapper annonce la fermeture de ses portes le 18 juin sur Chefs d’oeuvre d’Afrique, l’exposition en cours. Soit presque trente ans après son installation parisienne, à un moment où l’offre culturelle concernant les arts d’Afrique et de la Caraïbe dans la capitale a beaucoup évolué, comme le souligne ce même communiqué. Situé rue Paul Valéry, dans le XVIe arrondissement depuis l’an 2000, l’institution est l’émanation de la fondation Dapper, co-créée en 1983 par Christiane Falgayrettes-Leveau et Michel Leveau, décédé en décembre 2012, à Amsterdam. Dapper a été choisi en hommage à Olfert Dapper, gentilhomme néerlandais, qui sans y être allé, avait proposé sa Description de l’Afrique au XVIIe siècle.

Une fondation privée mal-aimée depuis le début

Dès son implantation, le musée, a posé problème à l’administration française. Comme le rappelle La Croix(1), L’achat des oeuvres est particulièrement scruté, tel que, en 1990, celui des oeuvres de la collection du comte Baudoin de Grunne, parmi lesquelles on trouve des statuettes en terre cuite de Djenné au Mali ou des sculptures Nok du Nigeria, extraites du sol des deux pays dans les années 1970, sans que cela soit légal. Christiane Falgayrettes-Leveau s’est défendue, par le passé, en disant avoir le sentiment de payer pour tous les musées ayant des pratiques similaires, mais qui n’étaient pas attaqués à l’époque. Un débat sur l’acquisition des oeuvres d’art qui fait toujours rage en France… En atteste les démarches actuelles du Bénin, réclamant la restitution d’oeuvres d’art au musée du Quai Branly. en 1993, l’ICOM – le Conseil International des Musées – enfonce le clou et refuse de renouveler son adhésion car le musée n’aurait pas « rendu public l’inventaire de ses collections ».

Un lieu de célébrations des créations afrodescendantes

La presse elle-même cependant le reconnaît ; la proposition du musée était jusque-là inédite. Dapper fait le pari de proposer des oeuvres à voir pour leur valeur esthétique en soi, loin des projets ethnographiques. Dans le même temps, le lieu se transforme en un véritable creuset de la création contemporaine afrodescendante. Des expositions, des livres édités par la maison d’édition. Et de nombreux. se.s artistes qui proposent, performent, travaillent rue Paul Valéry. La romancière Léonora Miano y a organisé les premières éditions de son festival Mahogany notamment, Gerty Dambury y a répété et créé des pièces de théâtre, telle que Trames. Le journaliste Marc Cheb-Sun y a tenu plusieurs lancements de sa revue D’ailleurs et d’ici. sur sa page facebook il écrivait, à l’annonce de la fermeture du musée : « C’est un lieu précieux. un lieu d’art non pas « premier » mais africain, un lieu de transmission et de rayonnement. Il nous manque déjà, il manquera à Paris, il manquera à la culture ». Ce qu’affifirme aussi une habituée du lieu, côté public. « On trouve des musées sur toutes les thématiques, même les plus ridicules, note Bilguissa Diallo, ancienne journaliste. Que les gestionnaires du musée n’aient pas eu accès visiblement à des aides qui auraient permis son maintien, en dit long. » De nombreuses questions restent en suspens. Qui viendra se nicher dans la place laissée vacante par le musée ? À l’heure où nous écrivons, la direction n’a toujours pas précisé sous quelle forme il réapparaîtrait, en terres africaines.

  1. Citation publiée sur lacroix.fr du 19 mai 2017.
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