Cleansing

De la compagnie Gàara (Kenya)

Chorégraphe : Opiyo Okach
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Initialement, Opiyo Okach (29 ans), le chorégraphe de « Cleansing », est un mime renommé au Kenya. Faustin Linyekula et Affrah Tanemberger (25 et 21 ans), les deux autres membres de la compagnie Gaara, créée en 1996, viennent respectivement du théâtre et de la danse contemporaine. Revendiquant une expression au carrefour de ces trois univers, ce trio inclassable propose une danse d’une fraîcheur et d’une simplicité inhabituelles. Présentée pour la première fois à Nairobi, en 1997, « Cleansing » (« Nettoyage » en anglais) explore le spectre des images de nettoyage : de la tâche ménagère banale au rite de purification en passant par l’idéologie monstrueuse de nettoyage ethnique. Vêtus de velours rouge sang, jouant l’épure à l’extrême, les trois danseurs au crâne rasé et à la beauté altière, nous offrent au début de la pièce une danse délicate et fluide, sur un doux swing jazzy de Dargo Raimondi. Chacun à genoux devant une large coupe remplie d’eau, ils théâtralisent le rituel purificatoire des ablutions. Leur gestuelle est lente et harmonieuse, atemporelle. L’esthétique minimaliste de la chorégraphie comme du décor (dont le seul élément, hormis les trois coupes, est un échafaudage en tubes chromés, au fond de la scène) lui donne un saisissant relief. Puis la continuité des mouvements se brise : les gestes s’accélèrent, deviennent saccadés. Ils s’échappent du cadre convenu pour basculer dans une pantomime teintée d’humour. Haussements de sourcils, bouches qui imitent la respiration d’un poisson, légers tapotements sur les mains, la danse de Gaara excelle dans l’étincelle du détail, dans le mélange subtil des contraires : la spiritualité et la légèreté, la gravité et la dérision. De longues plages de silence, où s’écoute la respiration ample et synchrone des danseurs, soulignent encore la sobriété des lignes dans l’espace vide. Une tension de plus en plus vive s’empare du trio, jusqu’à son point culminant : lorsque l’un des danseurs, perdu au milieu d’un duo effréné, tombe mécaniquement à la renverse, une quinzaine de fois. Le bruit sourd du choc du corps avec le sol résonne en écho.
On retrouve jusque dans la chute de la pièce l’esprit paradoxal de Gaara. Debout, côte à côte, les danseurs tiennent chacun leur coupe dans leurs mains. Après l’avoir lentement levée vers le ciel à la manière d’une offrande qu’on bénit, ils la retourne soudain. Brusquement, l’eau les asperge, entre rituel et douche écossaise. « Cleansing » se clôt sur les sourires étonnés du public. On n’a pu voir à Abidjan qu’un extrait de cette première création composée en triptyque (en l’occurrence la partie placée sous le signe de la couleur rouge ; les deux autres étant consacrées aux couleurs blanche et noire), mais elle s’est imposée comme l’une des plus inventives présentées dans le cadre de cette édition du Masa.
« Cleansing » (qui a obtenu le 3ème prix du concours chorégraphique interafricain à Luanda, en 1998) témoigne d’une véritable recherche sur l’expressivité du corps tout entier et sur son rapport à l’espace.
Subtil mélange de force et de fragilité, de spiritualité et de dérision, la danse métisse de Gaara (nom d’une clochette traditionnelle chez les Luo du Kenya) s’aventure avec bonheur par-delà les habituelles classifications.

///Article N° : 820

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