Comment les festivals peuvent-ils soutenir la carrière des films qu’ils sélectionnent ?

Table-ronde au festival Manarat, Tunisie, 4 juillet 2019

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« Au-delà du tremplin » : une table-ronde a réuni un grand nombre d’éminents représentants de festivals concernés par les cinématographies méditerranéennes durant la deuxième édition du festival tunisien Manarat, dont l’ambition est d’impulser une collaboration plus intense entre les institutions et les professionnels du cinéma tout autour de la Méditerranée. Six intervenants avaient été conviés à préparer une introduction au sujet tandis que six autres panélistes étaient appelés à réagir à ces interventions en apportant également leur expérience, sous la modération d’Olivier Barlet. La salle était ensuite invitée à un échange.

 

Cette table-ronde partait d’une constatation : la prolifération des multiplexes réduit le nombre de salles engagées en faveur du cinéma d’auteur, lequel manque d’écrans dans la plupart des pays. N’émergent dès lors que les quelques films qui ont le privilège d’être primés. C’est ainsi que nombre de films d’Afrique ou du Moyen-Orient n’ont pas la carrière internationale qu’ils méritent. Au niveau des spectateurs, les blockbusters qui envahissent les écrans du monde entier formatent la perception et réduisent l’esprit critique ou d’analyse…

Un terme coince, que l’on entend souvent aujourd’hui : « film de festival », des films soupçonnés de n’être faits que pour cette niche culturelle et non pour toucher le grand public. Catherine Bizern, qui dirige le Festival international du film documentaire (Cinémas du réel, Paris, qui a eu sa 41ème édition du 15 au 24 mars 2019), s’est élevée contre le fait de l’utiliser dans la communication de la table-ronde : « Ce terme me déplaît : il est apparu en France à un moment donné en relation avec la question qui revient comme un serpent de mer de savoir si trop de films étaient faits qui ne trouvent pas leur place en salles. C’est un problème soulevé par les gros qui ne veulent pas laisser leur place aux petits films. C’est donc le terme de l’ennemi, qui rejette la faute sur les auteurs et les festivals alors que c’est le marché qui détermine les portes des salles. Ce n’est donc pas un terme à reprendre. »

Cela étant posé, il est clair qu’organiser un festival n’est pas une sinécure : le nez dans le guidon toute l’année, et bien souvent confrontés aux restrictions budgétaires, les festivals ont du mal à innover pour soutenir les films « au-delà du tremplin » d’ailleurs non-négligeable qu’ils leur offrent durant l’événement. Tous ceux qui étaient représentés à cette table-ronde en ont pourtant le souci.

Certains sont déjà actifs à ce niveau. C’est ainsi qu’en plus des prix spéciaux, nombre de films profitent des actions parallèles de soutien à l’industrie : les marchés du film, les bourses d’aide au développement, à la production ou à la finition, les laboratoires de soutien professionnel aux projets, etc.

Les ciné-clubs durant l’année sont également un soutien efficace à la visibilité des films qui ne profitent pas ou peu de diffusion commerciale. C’est une dominante pour Azza El Husseiny, directrice du Festival du film africain de Louxor (Egypte), qui aura sa 9ème édition du 13 au 19 mars 2020 : « Quand nous étions étudiants nous fréquentions un ciné-club très réputé au 36 Rue Sherif, le « Film Club ». Nous y avons découvert les cinémas du monde, surtout occidental. Ce club publiait un journal hebdomadaire, avec des analyses autour des films présentés : une contribution importante à la diffusion d’une culture critique. Bien que diplômée de l’Institut supérieur du cinéma, m’a formation s’est surtout déroulée en dehors de l’Institut. Et je dois dire que le critique Samir Farid avait largement contribué à notre ouverture vers d’autres horizons en nous invitant à voir les films projetés dans les différents centres culturels étrangers au Caire. La Fondation des Jeunes artistes indépendants (qui organise et gère le Festival) avait lancé le projet Nawafez (qui veut dire fenêtre) de soutien aux ciné-clubs en collaboration avec le ministère égyptien de la Jeunesse dans 25 villes égyptiennes. Ce projet n’a malheureusement duré que deux ans, malgré tous nos efforts. La première année, il s’agissait de projections et discussions avec un critique après le film. La deuxième, nous avons introduit les ateliers qui motivaient les jeunes provinciaux à découvrir leurs talents et à les développer. Nous voulions produire des courts métrages la troisième année, mais le projet s’est malheureusement arrêté. Il ne s’agissait pas de désespérer : nous avons créé au Caire en 2017 le Club du cinéma africain en coopération avec le Fonds de Développement Culturel. Les projections ont lieu au Hangar sur le terrain de l’Opéra. Petit à petit, des ramifications ont pu émerger à Alexandrie et récemment à Louxor pour que les projections continuent tout au long de l’année. Les films primés au LAFF y sont projetés, mais aussi les films que nous voulons soutenir. Un critique de cinéma anime un débat autour du film. »

Initiative récente cofondée par Leila Aoudj, programmatrice aux Rencontres cinématographiques de Bejaia (Algérie), qui aura sa 17ème édition du 21 au 26 septembre 2019, dans un pays sans industrie cinématographique à proprement parler, un réseau entre l’Algérie et la Tunisie qui regroupe 24 ciné-clubs, 12 dans chaque pays, en partenariat avec la Fédération des ciné-clubs tunisiens : « Nous avons eu une première rencontre de tous ces acteurs à Hammamet et en aurons une autre en Algérie au mois d’octobre. Le but est d’avoir en 2020 une programmation basée sur les films que nous voulons soutenir. » « L’absence d’exploitation en Algérie rend la chose urgente », ajoute-t-elle, non sans remarquer que du coup, « on n’obéit pas à des règles commerciales strictes, ce qui est en soi un avantage ! Une grande créativité sort de l’absence d’exploitation. » Hanna Attalah, qui anime les Palestine Cinema Days dont la 6ème édition se déroulera du 2 au 9 octobre 2019, relève aussi l’absence de cinémas en Palestine. « Il est cependant possible d’organiser des manifestations, notamment thématiques, dit-il, reprenant également l’expérience des ciné-clubs.

« J’ai commencé par un ciné-club et ma motivation n’a jamais changé : voir ce qu’on ne peut pas voir », témoigne Maria Teresa D’Arcangelo, du Festival Cinema e done, de films de femmes de Florence (Italie) qui aura sa 41ème édition en novembre 2019. « Le fascisme avait créé Venise et Cinecitta pour promouvoir son idéologie, avec beaucoup d’efficacité. Dans les années 80, la généralisation de la télévision a capté les spectateurs. La réponse du cinéma italien fut la comédie engagée, sociologique et politique, avec un grand succès qui se délita dans les années 2000. Les festivals ont eux-mêmes évolué. Leur multiplication a correspondu au développement du terrorisme en Italie, où l’on hésitait à sortir le soir. Ils nous ont aidés à vivre. On mange au festival, on y fait des ateliers, on y forme les élèves, c’est très vivant… » C’est aussi là que se réfléchit le monde : « Aujourd’hui, le cinéma est plus intéressant que la politique italienne, ajoute-t-elle : c’est là qu’on trouve les problèmes réels. Les grands critiques ont disparu. La formation au cinéma dans les écoles reste également trop limitée. Il faudrait partager nos expériences et agir collectivement. En Toscane, les festivals sont en rapport entre eux au sein d’une structure collective et nous avons aussi un cinéma où nous travaillons toute l’année. Les femmes ont maintenant davantage de responsabilités, notamment à la télévision, mais elle reste un outil individuel de vision des images. Le festival sert à voir les films en collectivité. »

Autre piste pour aider les films à mieux circuler, l’invitation des programmateurs des autres festivals et des professionnels : « Nous avons tous à cœur d’accueillir des professionnels : distributeurs, exploitants, plateformes internet, lesquelles sont des lieux nouveaux où les spectateurs découvrent également les films », relève Catherine Bizern. « Je crois que la crise du cinéma dépend largement de la lâcheté des distributeurs », répond Teresa Cavina, qui officie aux Venice Days (Italie) et au Festival d’El Gouna (Egypte) dont la 3ème édition est prévue du 19 au 27 septembre 2019. « Je lance ce défi car il m’arrive souvent que les distributeurs arabes me disent que si un film va en festivals et encore plus s’il y est primé, le public ne suivra pas. Du coup, ils n’achètent pas le film pour le sortir en salle mais pour revenir vers nous et nous le faire payer avant de le vendre aux télévisions ou VOD. Ils ne sont heureusement pas tous comme ça et j’en connais deux qui collaborent étroitement avec les festivals, lesquels doivent improviser tous les rôles : producteur, vendeur, etc. C’est avec les gens de la profession qu’il faut travailler. On peut tout faire : notre lab, les invitations de distributeurs et vendeurs, etc. mais si la profession ne suit pas, on est condamnés à faire circuler les films dans les festivals, souvent un bien petit réseau. Et il faut le faire pour que le film ait ses chances, en invitant les programmateurs de festivals. »

« Il y a trois styles de festivals, remarque Nejib Ayed, qui dirige les Journées Cinématographiques de Carthage (Tunisie) dont la 30ème édition se déroulera du 26 octobre au 2 novembre 2019 : les grands festivals historiques qui restent militants, les festivals véritablement tremplins pour les films et les pique-assiette, ces festivals sangsue qui font de la venue des cinéastes un fond de commerce. Sembène Ousmane disait : « je vaux plus qu’un billet d’avion et un séjour dans un hôtel ». C’est malheureusement la majorité des festivals. Certains sont créés par des hommes d’affaires, des villes ou des Etats qui cherchent à soutenir leur image de la marque. Les films sont cannibalisés par des festivals qui n’en ont rien à faire mais cherchent à briller en ayant des premières. Les JCC n’ont pas forcément besoin de premières, l’important est de montrer des films magnifiques à notre public. Nous sommes le meilleur tremplin en Tunisie qui a maintenant une cinquantaine de salles, et peut-être dans notre petite région, mais pas pour le reste du monde. On voit maintenant des films faire plus de 350 000 spectateurs en Tunisie. Les JCC, avec 200 000 billets vendus en 8 jours, y sont pour quelque chose. »

Faut-il avoir des premières pour renforcer la dimension événementielle du festival et fidéliser le public ? Fatma Cherif, déléguée générale du Festival international des films arabes de Gabes, devenu Gabes Cinema Fen dont la dernière édition a eu lieu du 12 au 18 avril 2019, a vu au festival de Cannes la concurrence des festivals de films arabes pour avoir ceux qui sont à Cannes. Même situation en Espagne selon Eduardo Guillot de la Mostra de Valencia – Cinema del Mediterrani (Espagne). Créé en 1980, le festival a dû s’arrêter durant six ans du fait de l’arrêt du soutien de la ville avant de pouvoir reprendre à la faveur d’un passage à gauche de la municipalité en 2018 (la prochaine édition se déroulera du 24 octobre au 3 novembre 2019). « En Espagne, c’est la jungle, une vraie guerre entre les festivals car ils veulent tous les mêmes films », dit-il. « Si vous avez l’argent, vous avez les meilleurs films ! »

« Il faut arrêter de vouloir chacun la première mondiale des films du monde entier, dit Catherine Bizern. Personnellement, en dehors des films français, peu m’importe si le film présenté est déjà allé ailleurs, au contraire. En revanche, au niveau des films français, je demande une programmation inédite car je veux mobiliser les professionnels, justement pour donner une chance aux films. Ils peuvent cependant aller faire leur première internationale ailleurs. » « Il est bien sûr intéressant d’avoir des premières, mais nous primons la qualité artistique et la thématique », confirme Azza El Husseiny. De même, « Les premières ne sont pas un problème : nous pouvons en avoir beaucoup étant donné le peu d’intérêt pour les films ! » lance Ginella Vocca, du Festival Medfilm Rome (Italie) qui aura sa 25ème édition du 8 au 17 novembre 2019, en évoquant la difficulté de percer pour les films du Sud en Italie : « la diffusion des films méditerranéens – et pas seulement maghrébins – n’existe pas en Italie : on peut faire tout ce qu’on peut pour rendre visible les films et en inviter les équipes, il est difficile de servir la carrière du film. » Medfilm, festival méditerranéen, est un festival politique vu les problèmes actuels de compréhension entre les deux rives : « Nous sommes dans une logique de résistance. C’est une grosse charge mais le public est nombreux ! »

« Il faut aussi arrêter avec la dichotomie cinéma commercial / cinéma créatif« , s’écrie Teresa Cavina. « S’il n’y avait pas Ben Hur ou Cléopâtre, Fellini n’aurait jamais pu faire ses grands films : les producteurs étaient en mesure de les financer, et le professionnalisme des techniciens et décorateurs était au plus haut. Si le cinéma commercial se porte bien, il y a de la place pour le cinéma créatif. Les multiplexes passaient les deux, sans oublier les films de genre créatifs ! » « Nous n’essayons pas de changer les films mais il ne faut pas créer un ghetto avec les films « art et essai, dit Eduardo Guillot. L’objectif est le grand public ». « Nous essayons de faire du LAFF un festival pour tous publics, en projetant aussi des films populaires à Louxor et à Qena, la ville la plus proche de Louxor – un équilibre à trouver », renchérit Azza El Husseiny.

Mais alors, « De quels films parle-t-on ? », reprend Leila Aoudj : « Je comprends le rejet de l’appellation « film de festival » mais on assiste à une certaine uniformisation, même dans le cinéma d’auteur, ce qui nous amène à chercher les voies originales qui s’en détachent. »

« Toute l’année, nous travaillons sur l’éducation par l’image, et développons des rapports avec les médiathèques qui constituent un réseau de proximité pour le public », dit Jackie Buet, du festival de films de femmes de Créteil (France) qui a tenu sa 41ème édition du 22 au 30 mars 2019. « Notre festival se situe dans une maison de la Culture en banlieue, non dans une salle de cinéma mais dans un lieu où les arts contemporains sont défendus pour le plus large public. C’est une démarche politique, centrée sur les femmes qui ont encore dans le cinéma une visibilité complexe. La résonance que donne un festival, ce sont des talents, des noms, des œuvres. Inscrire dans l’histoire du cinéma la place des femmes, cela supposait de constituer des archives ».

Le public ? Leila Aoudj invite aussi à l’écouter : « On parle d’éducation du public à l’image mais le public nous éduque aussi. On essaye d’aménager notre programmation et d’accompagner correctement les films. » La pratique culturelle change, à laquelle s’adaptent les festivals. « C’est un vrai moment d’accueil du public, dit Catherine Bizern. Les gens aiment les événements et la multiplication des festivals est bienvenue pour la circulation des films car les auteurs y trouvent un public nombreux et y rencontrent les spectateurs. Encore faut-il faire attention aux bulldozers : « Quand on a voulu faire un grand festival à Turin, on a éliminé les petits festivals de la région ! », rappelle Maria Teresa D’Arcangelo.

« Il va nous falloir travailler sérieusement à mieux nous connaître et collaborer car la prochaine plateforme Europe Créative va davantage orienter ses aides sur les questions de réseaux que sur une aide singulière, a noté Catherine Bizern. Il nous faut réfléchir aux possibilités que cela ouvre pour y répondre intelligemment ! » « L’idée du réseau des festivals, c’est une très bonne idée et je l’avais lancée lors de la réunion des directeurs de festivals en mars dernier lors du Festival de Louxor », renchérit Azza El Husseiny. « L’obstacle principal pour certains était le poids relatif de chaque festival ».

Reprenant une remarque de Hanna Attalah, Fatma Cherif insista sur la différence entre les programmateurs locaux et les programmateurs internationaux : « On est dans une uniformisation du regard. Quand on voit que les films ne sont validés que par les festivals importants au Nord, ce qui leur ouvre un vendeur international, des distributeurs, etc., cela veut dire que le regard des locaux ne peut pas exister. Les festivals locaux, qui cherchent à construire un public et une cinéphilie, doivent être dans une multiplicité de regards. Il ne faudrait pas qu’on sélectionne en commun des films qui vont circuler partout : au contraire, on peut se donner des cartes blanches les uns les autres, ce qui préserve cette différence des regards. » Une pratique déjà mise en place à Bejaïa, a noté Leila Aoudj.

« Il serait tentant de faire quelque chose entre le festival et la distribution, en étant créatifs et en créant des événements, par exemple une semaine thématique, a proposé Teresa Cavina. Il faut arrêter de se regarder le nombril ! Depuis le début des années 2000, le marché est en crise. Fortissimo a fait faillite en 2016 après 20 ans de distribution indépendante dans le monde entier. Et nous n’avons pas de propositions alternatives. »

« On n’a pas beaucoup parlé de décentralisation« , a remarqué Mokhtar Laajimi, directeur du Festival du Cinéma Tunisien, « les Césars à la tunisienne » dont la deuxième édition s’est tenue du 10 au 15 juin à la Cité de la Culture de Tunis. « La vocation de ce festival est de voyager à l’intérieur du pays avec un « best-of » : les jeunes en ont vraiment besoin car les ciné-clubs ne jouent plus le rôle qu’ils ont eu. » Pour Nejib Ayed, « la décentralisation est impérative et nécessaire ». Les JCC la pratiquent depuis longtemps, « mais de façon trop expéditive avec une caravane avec films et réalisateurs : il faudrait le faire de façon plus constructive. Nous sommes un pays en déficit de festivals qui permettent à des films d’être vus dans un cadre événementiel qui renforce leur importance auprès du public. Les JCC tentent donc de créer des noyaux de festivals avec des moyens techniques corrects. Il faut que la société civile et les autorités locales prennent le relais, ce qui n’est pas toujours gagné : il y a maintenant trois festivals sur les huit villes sur lesquelles nous avons travaillé. »

« Il ne faut pas seulement des festivals, a répondu Dora Bouchoucha, directrice du festival Manarat, car une fois le festival terminé, l’énergie retombe. Il faut de petites salles de cinéma polyvalentes où les jeunes peuvent aller le week-end, qui soient aussi disponibles pour l’éducation à l’image des élèves. Le festival est un tremplin mais il faut que les films soient montrés toute l’année : c’est comme ça qu’on construit un public ». Fatma Cherif a rappelé que le festival de Gabès créait sa salle de cinéma pour assurer cette continuité. Il est vrai que l’enjeu aujourd’hui est que la salle de cinéma soit un lieu vivant, c’est-à-dire un festival permanent !

« Certaines télévisions peuvent être un allié des festivals », a noté Zina Berrahal (TV5 Monde) qui a développé de nombreux partenariats avec des festivals dans les pays du Maghreb. Acquisitions de films porteurs des valeurs de la francophonie, valorisation des festivals, prix permettant de faire circuler les films, soutien aux jeunes créateurs à travers les courts métrages : nombreuses sont les actions et les prises de risque ! « Un réseau des festivals culturels de la Méditerranée est indispensable », a-t-elle ajouté. « N’oubliez pas les médias car ils prolongent la visibilité des films autant que des festivals ».

« Il nous faut lutter contre l’exceptionnel et faire entrer les films du Sud dans la normalité », s’est écrié Eduardo Guillot, insistant sur le rôle de la presse pour qu’ils ne soient pas réduits à une vision exotique. Pour Teresa Cavina, la presse européenne n’est pas sérieuse. « Elle a descendu Yomeddine en le ramenant à du néoréalisme italien, sans savoir que celui-ci travaillait énormément ses scénarios. La critique devrait regarder avec les yeux plutôt que de penser à ce qu’ils vont manger après la projection, leur principal problème à Cannes ! » Le critique égyptien Ahmed Shawki s’est élevé contre ce jugement à l’emporte pièce, insistant sur l’importance de la presse pour la compréhension des films et Eduardo Guillot a enchaîné en rappelant que les bons critiques sont essentiels mais devenus rares. « Les journaux prescripteurs ont de moins en moins de place pour parler des films », a noté Catherine Bizern. « Les blogs les remplacent sans avoir forcément les connaissances nécessaires mais un travail se fait aussi dans les festivals pour former les jeunes à la critique, notamment à Locarno. Ce qui est important est de parler avec la presse pour leur expliquer notre démarche et nos choix, notamment notre position vis-à-vis de la question des premières et pourquoi nous montrons tel ou tel film ».

« Nous avons la chance de ne pas travailler avec la pression des exclusivités », a conclu Dora Bouchoucha. « Nous montrons les films au grand public sur les plages et pas seulement aux cinéphiles ». « Si nous avons fait cette table-ronde, a-t-elle ajouté, c’est que des films sont balayés par la loi du marché alors qu’ils sont de grande qualité. »

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