Jean d’Amérique : « Je suis pour une exhibition de la poésie dans nos sociétés »

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Poète, auteur du très beau recueil Nul chemin dans la peau que saignante étreinte, Jean d’Amérique organise, avec le collectif Loque Urbaine, un festival international de poésie à Port-au-Prince, Transe Poétique, du 18 au 21 septembre. Une levée de fond participative a été lancée pour le soutenir. 

Jean d’Amérique, vous êtes poète, et organisez avec le collectif Loque Urbaine un festival de poésie à Port-au-Prince en septembre prochain. Comment est né ce projet ? Ce collectif ? Qui en sont les membres ?

Haïti a la réputation d’être une « terre de poètes », expression peut-être trop facile mais on peut difficilement y contester la place majeure accordée à la poésie. Écrire de la poésie est sans doute l’un des rêves les plus courants dans ce pays. Chez nous, je crois qu’il y a plus d’aspirants poètes que d’ONG.

Je viens de cette fièvre-là, et à un moment donné j’ai voulu créer un événement pour faire écho à cette situation. Voilà comment est née l’idée de Transe Poétique, premier festival international de poésie contemporaine à voir le jour à Port-au-Prince. J’ai rassemblé autour de ce projet des gens animés par le même intérêt, et nous avons créé Loque Urbaine comme structure pour justifier cette folie – l’amour de la poésie – face aux institutions…

Je m’occupe de la direction artistique, Marie Monfils fait la communication et Jean Gesner Dorval se charge de l’administration : nous formons le noyau. Il y a d’autres personnes qui aiment le projet et qui nous donnent un coup de main de temps en temps.

Comment passe-t-on de la nécessité de l’écriture à celle de l’occupation de l’espace public par un tel événement ?

La poésie est une arme, il faut la tenir, il faut tirer, pour qu’elle reste vivante. Loin d’une prétention de régulariser, je crois qu’il est important de créer des espaces pour donner à l’entendre, la vivre. Je suis pour une exhibition de la poésie dans nos sociétés, car j’ai envie qu’elle prenne un peu plus de place, toute la place. Cet événement peut être une belle occasion de m’approcher de ce genre d’action. C’est la première fois que je fais un autre travail que celui d’écrire et de lire.

Maintenant j’ai peut-être une réponse à ceux et celles qui me demandent ce que je fais à part être poète : je travaille pour la poésie.

Lire aussi sur le dernier recueil de Jean d’Amérique : Tresser des colliers de ciel et de sang

La thématique de cette première édition est une citation de Jean Pierre Siméon : « La poésie sauvera le monde ». Ce poète est l’invité d’honneur de cette édition. Il est l’auteur notamment de La poésie sauvera le monde  et  Politique de la beauté. Que peut la poésie selon vous dans l’état du monde actuel ? Vous écrivez dans votre éditorial : 

« Il n’est nul doute, sommes-nous persuadés, que l’état si désolant du monde actuel est le résultat d’un manque de poésie. Nous croyons en ce que celle-ci peut apporter de lumineux à la vie, à l’humanité. Nous articulons ce festival comme une grande campagne pour inviter le monde à une quête de beauté absolue que nous croyons ultime, fondamentale. »

La perspective du capital économique a froissé nos yeux. On regarde strictement l’être humain d’après l’épaisseur de son portefeuille, à partir d’une calculatrice on diagnostique un pays pauvre ou riche. Il n’y a pas plus inquiétant qu’un tel paradigme. Nous sommes à un moment où il s’avère urgent de commencer à penser le monde à partir de son capital poétique. La poésie est notre dernière chance. Quand on a la poésie, on ne devient pas Donald Trump, on ne devient pas Jovenel Moïse.

« La poésie est une arme, il faut la tenir, il faut tirer, pour qu’elle reste vivante. »

Vous êtes haïtien, actuellement installé en France. Comment s’est imposée la nécessité d’organiser ce festival à Port-au-Prince ? 

Aujourd’hui je suis en France, un peu en Belgique aussi, d’abord parce que j’y suis régulièrement sollicité dans des lieux/événements de poésie. Cela me fait toujours penser au triste fait qu’il n’existe en Haïti ni lieu ni événement de grande envergure dédié à la poésie. Avant tout, mettre en place ce festival à Port-au-Prince répond tout simplement à ce manque.

Pouvez-vous nous parler de la programmation de cette première édition ?

La démarche de ce festival consiste à créer des rencontres avec des poètes et des acteurs pour la poésie, mais aussi évoquer la poésie à travers différentes disciplines artistiques : théâtre, photographie, musique, cinéma… Une façon de montrer qu’elle n’habite pas que les pages.

Il y aura deux dramaturges, un metteur en scène, une performeuse, un artiste visuel, une comédienne, un éditeur de poésie et près d’une dizaine de poètes. Nous avons annoncé la présence de Jean-Pierre Siméon, puis celle de la poète Lisette Lombé. Nous dévoilerons au fur et à mesure la liste des autres invité.e.s. La programmation sera publiée en août.

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