Dady Dady USA

De Pierre Hodgson

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C’est l’anti-Moore. Ici, aucun sensationnel. Aucune mise en avant. Ni ironie, ni provocation. Et, sans doute, la volonté de manipuler le moins possible le spectateur. Une idée de fond pourtant : la résistance existe, discrète, quotidienne, et elle a un visage, elle a une voix.
C’est fort de cette conviction, ou au départ de cette intuition léguée par son père journaliste avec lequel il dialogue avec passion durant le film, que Pierre Hodgson rencontre ceux qu’il appelle des « dissidents » dans une Amérique peu connue, loin des clichés, celle des Etats du Sud, celle des travailleurs noirs. Ceux de « Black Workers for Justice » par exemple, qui se battent pour la reconnaissance de syndicats noirs que l’on cherche à entraver. Hodgson leur laisse le temps de se livrer, eux qui ont toute une vie militante à raconter. Ils le font avec peine parfois, sans grande rhétorique, et mieux vaut ne pas avoir de retard de sommeil car Hodgson ne nous fait pas le cadeau de changements de plans. Caméra fixe, il épure pour se concentrer sur cette captation d’une parole ainsi érigée en monument historique. Ces gens simples sont des héros qui ont traversé le passé et nous révèlent le présent. Celui d’une Amérique injuste et qui s’embourbe dans l’apathie mais qui a encore sa capacité de débat.
« Je suis un lien dans la chaîne et elle ne sera pas brisée par moi ! » disent l’un après l’autre les participants d’une réunion de « Black Workers for Justice » qui se tiennent par la main pour prier ensemble. Héritiers des radicaux des années 60, de Malcolm X à Carmichael, ils partagent cette détermination mais aussi la désillusion des années Bush. Ils voudraient être le « maillon fort » mais ont surtout, conscients de leur faiblesse, la lucidité des derniers combattants : ils savent encore que les doigts d’une main sont fragiles, pas le poing.
Les échanges avec le père, spécialiste des Etats-Unis dont les articles remplissent des albums entiers, ramènent à la parole tranquille de l’analyse enrichie d’autoanalyse tandis que cette femme d’origine juive allemande qui lutte de toute sa vie contre la peine de mort insiste sur la nécessité de cette parole quel qu’en soit le risque : combattre les mots qui mentent avec des mots d’expérience des gens simples, avec des mots de vie. Comme Faulkner qui suggérait que les méchants ne sont pas ceux que l’on croit, ni d’ailleurs les héros.
C’est ce que tente ce film sans concessions, mais il le fait dans un dispositif de cinéma (interviews en plan-séquences / travelings en voiture sur les quartiers déshérités déjà vus si souvent) si minimaliste que le spectateur doit mobiliser une véritable énergie pour le suivre. Si vous avez donc ce courage, ce documentaire vaut le détour car ces héros des temps modernes que l’on ne voit jamais à la télé ont justement tant à nous dire.

///Article N° : 3971

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